Présidentielle : la main tendue de Vallaud-Belkacem à Mélenchon dérange

Pour favoriser l’union de la gauche en 2022, l’ancienne ministre de François Hollande appelle «à tout tenter pour faire s’asseoir autour de la table» le leader des Insoumis. Une proposition loin de plaire à tous les socialistes.

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 Pressentie pour prendre la tête de la liste socialiste aux régionales en Auvergne - Rhône-Alpes, Najat Vallaud-Belkacem dénonce la division «suicidiare» de son camp.
Pressentie pour prendre la tête de la liste socialiste aux régionales en Auvergne - Rhône-Alpes, Najat Vallaud-Belkacem dénonce la division «suicidiare» de son camp. AFP/Jeff Pachoud

C'est une main tendue qui risque de faire grincer des dents. Najat Vallaud-Belkacem, probable tête de liste PS dans la région Auvergne - Rhône-Alpes, est sortie du bois ce dimanche pour lancer un appel à l'union des gauches, France insoumise comprise. « Je voudrais que ces élections (NDLR : régionales) soient le laboratoire de l'union » de la gauche pour la présidentielle, affirme dans Le Journal du dimanche celle qui est aujourd'hui directrice France de l'ONG ONE. Dans la perspective de 2022, « notre responsabilité, c'est de construire une coalition. (…) Il faut tout tenter pour faire s'asseoir autour de la table le leader de LFI, jusqu'ici seul candidat de gauche déclaré », a-t-elle insisté, tout en précisant que « la présidentielle ne fait pas partie de ses plans ». Et l'ancienne ministre de l'Education de François Hollande d'enfoncer le clou, en stigmatisant une division « suicidaire, « marque d'une gauche qui s'est embourgeoisée. »

La critique est d'autant plus étonnante et l'attaque violente que Najat Vallaud-Belkacem s'est toujours revendiquée d'une gauche modérée. Contrairement aux trois ex-ministres frondeurs de François Hollande, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou Aurélie Filippetti, partisans d'une politique plus radicale et soutiens d'une alliance avec les Insoumis. En décembre 2017, après la défaite de son camp à la présidentielle et aux législatives, Najat Vallaud-Belkacem, elle, s'engageait, encore pour « faire vivre la social-démocratie ». Social-démocratie que les Insoumis, notamment depuis 2014 et le virage, selon eux, « sociolibéral » de François Hollande et de Manuel Valls, n'ont de cesse de fustiger en qualifiant ceux qui s'en réclament de « sociotraîtres »…

Divergences de fond

Dans ces conditions, la tentative de rapprochement de Najat Vallaud-Belkacem avec Jean-Luc Mélenchon risque vite de tourner court. D'abord, parce qu'elle ne relèverait que de la tactique électorale en vue des régionales. « Najat a besoin de toutes les voix au premier ou en tout cas au second tour, face à Laurent Wauquiez, le président sortant LR de la région », distille un élu EELV.

Surtout, elle se heurte à des incompatibilités de fond, tant au sein du PS que chez les Insoumis. Tenants d'une ligne réaliste, des personnalités encore influentes du Parti socialiste, comme son ancien patron, Jean-Christophe Cambadélis, ou l'ex-ministre Stéphane Le Foll, n'ont de cesse de souligner les profondes divergences entre leur ligne et celle de Mélenchon. Par exemple, sur la croissance et le productivisme, le souverainisme ou l'Europe.

Même Olivier Faure, pourtant en quête, depuis son élection à la tête du parti en avril 2018, du rassemblement le plus large possible, reste prudent vis-à-vis du chef de file des Insoumis. Notamment sur son engagement en matière de laïcité. « Je l'ai connu entièrement républicain, laïc convaincu et je veux croire qu'au fond de lui-même il l'est resté. Mais on ne peut pas maintenir cette ambiguïté (…) Il y a besoin au contraire de beaucoup de clarté de la part des dirigeants politiques », met en garde le député de Seine-et-Marne.

«Le seul leader incontournable de la gauche»

Chez les Insoumis, on est toujours prêt à tendre la main, mais de là à saisir celle des autres… « Pas question pour nous de changer de ligne politique. Actualiser le programme de Jean-Luc Mélenchon, oui, le changer non. Il reste un programme de rupture ! » prévient un proche du dirigeant de LFI. Sixième République, nouvelle organisation du partage des richesses, révision des traités européens.

« Le geste de Najat Vallaud Belkacem, nous le prenons volontiers en considération, confie un autre député Insoumis. Notre rejet de la hollandie était très fort il y a quatre ans car nous sortions d'un quinquennat qui avait fait le désespoir des électeurs de gauche. Ils se sentaient comme les cocus de l'histoire. Aujourd'hui, il nous faut battre Marine Le Pen et Macron. » Et cet élu, d'ajouter : « Le conflit avec le PS se pose un peu moins qu'en 2017, car ce parti est en chute libre. Aujourd'hui, Jean-Luc est le seul leader incontournable de la gauche. C'est naturel pour nous de réunir des personnalités venant de tous les courants de la gauche. Derrière Jean-Luc. »