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Présidentielle de 2022 : le PS s’écharpe sur l’idée d’une primaire

La volonté du numéro Un du PS, Olivier Faure, de se passer de primaire pour désigner le candidat à la présidentielle provoque une bronca d’une partie du parti.

 Pour Olivier Faure, la primaire n’est pas l’option la «plus efficace», car elle «ne favorise pas l’émergence d’un projet commun» et d’«une dynamique victorieuse».
Pour Olivier Faure, la primaire n’est pas l’option la «plus efficace», car elle «ne favorise pas l’émergence d’un projet commun» et d’«une dynamique victorieuse». LP/Olivier Corsan

Rien ne va plus au Parti socialiste! La volonté affichée d'Olivier Faure de se passer de primaire pour désigner le candidat à la présidentielle de 2022 provoque l'incompréhension voire la colère de certains cadres. « J'en ai ras le bol de ce tout à l'ego », affirmait, dans Le Parisien, le premier secrétaire du PS. Et d'expliquer que pour lui, cette méthode n'était pas la « plus efficace », car « la sélection simultanée du candidat et du projet ne favorise pas l'émergence d'un projet commun, condition d'une dynamique victorieuse ». Un pavé dans la mare pour une formation qui, depuis 2007, certes avec des fortunes très diverses, n'a cessé de procéder à des primaires pour engager sa marche vers l'Elysée.

Selon nos informations, la position du leader socialiste provoque une contre-offensive d'une partie du PS. « Nous sommes nombreux à ne pas comprendre pourquoi il prend une telle position de façon quasi unilatérale, nous confie un élu. On ne peut pas écarter des primaires a priori. Il faut en discuter d'abord ! Sinon ce serait un passage en force inacceptable ! »

Une cinquantaine de membres du Conseil national, sorte de parlement du parti, a ainsi décidé de se réunir, le 22 janvier, afin de travailler, avec l'aide de chercheurs de la Fondation Jean-Jaurès, sur le sujet. Pas question pour eux, de se faire voler cette décision clé.

Pour le moment, la direction du parti ne prévoit aucune réunion destinée à soumettre au vote des militants une renonciation à des primaires alors que les statuts le prévoient expressément. « Si Olivier Faure veut abandonner le système des primaires, il devra réformer les statuts et pour cela passer par un Congrès. Or, quand aura lieu ce congrès, nous n'en savons toujours rien! » s'exclame Philippe Doucet, ancien député. L'ancien maire d'Argenteuil (Val-d'Oise) qui avait pourtant soutenu Olivier Faure lors de son élection à la tête du PS en 2018, s'est rangé, depuis, aux côtés d' Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin (Rhône), dépositaire d'une motion concurrente à celle du premier secrétaire… en vue du prochain Congrès.

«Cela poussera certains d'entre nous à déposer plainte en justice»

« C'est vrai que les primaires de 2017 nous ont plus déchirés que rassemblés », reconnaît Doucet. Benoît Hamon, le candidat « sorti des urnes » socialistes, n'avait recueilli que 6 % des voix à la présidentielle… Mais, poursuit Doucet, « cela n'a pas été le cas en 2007 et 2011. Il faut analyser ces expériences passées. Les primaires de 2017 étaient certainement trop ouvertes. Il faut probablement revenir à un processus de désignation réservé aux militants, aux anciens adhérents et aux sympathisants. Cela doit se discuter et être déterminé par un vote. »

Certains cadres sont encore plus remontés. « Se passer d'une primaire montre bien la volonté d'Olivier Faure de tout verrouiller. Pour quelle raison si ce n'est imposer son propre candidat sans solliciter le vote des socialistes, c'est-à-dire Anne Hidalgo aujourd'hui, et demain, peut-être quelqu'un d'autre ? », souffle un membre du Conseil national. « Contrairement à lui, poursuit-il, nous estimons qu'un parti joue un rôle important au sein de nos institutions et qu'il est donc nécessaire que son fonctionnement soit le plus démocratique possible. » Et cet ancien élu d'avertir : « Passer par-dessus les primaires sans vote du Congrès poussera certains d'entre nous à déposer plainte en justice. Et, vu le piètre état du parti, ce sera la mort du PS. »