Présidentielle : David Lisnard, maire de Cannes, veut compter pour 2022

Le maire (LR) de Cannes profite d’un engouement médiatico-politique pour avancer ses idées, et va verser ses propositions au débat pré-présidentiel.

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 David Lisnard, 51 ans,  attire l'attention des ténors de la droite.
David Lisnard, 51 ans, attire l'attention des ténors de la droite. AFP/Valery Hache

Le téléphone sonne. Le nom de David Lisnard, maire (LR) de Cannes, s'invite alors sur l'écran. Appel manqué. On rappelle, il décroche mais s'excuse : appel involontaire ou « de poche », comme on dit. La discussion s'engage, quand même. Et puis son téléphone l'avait peut-être deviné : en ce moment, l'élu de droite a très envie de parler. Voilà bien deux mois que les micros se tendent avec insistance vers ce maire inconnu du grand public. Une tribune remarquée sur l'obésité bureaucratique française publiée mi-novembre lui vaut les louanges des siens; pluie de coups de fil, une poignée d'articles et la machine s'enclenche : émergence d'une coqueluche politique.

L'intéressé savoure. Les aspirants présidentiables de la droite lui refont savoir tout le bien qu'ils pensent de lui, les médias en redemandent (pour l'instant). Alors Lisnard déroule : lui qu'on sent depuis un moment à l'étroit à Cannes, fait essaimer ses idées. « La bulle n'est pas retombée, j'en profite pour faire valoir mes opinions », confie l'intéressé, reconnaissant qu'il y a un côté « effet de mode dans le désert ». Comprendre : la droite n'a pas de leader officiel pour 2022, alors forcément, la nouveauté, ça attire. Lui l'assure : « Plein de gens viennent vers moi! » Plein? Des hauts fonctionnaires qui lui écrivent, des parlementaires, think-tanks, entrepreneurs ou encore cet économiste « moins à droite » que lui, dont on n'aura pas le nom. Ces derniers jours : une tribune avec une représentante des TPE sur la liberté de l'entrepreunariat – publiquement saluée par l'essayiste libéral proche de Macron, Mathieu Laine.

«Je ne suis pas un leader»

Lisnard, 52 ans, qui a « toujours eu plein d'idées », a décidé de bûcher un peu en amont de 2022. Il réfléchit à « un agenda de mesures » à verser au débat, « avec un modus operandi ». On traduit : un mini-programme politique, trois ou quatre grands sujets, et une méthode de gouvernement. Le tout rendu avant l'automne. Une façon de se placer, ou de se dire « et pourquoi pas moi » ? L'ex-porte-parole de François Fillon en 2017, qui se décrit comme un « héritier de la démocratie chrétienne, gaulliste et libéral », ne prétend officiellement pas au premier rôle. « Je ne suis pas un leader », nous confiait-il, il y a quelque temps. Mais il prend la lumière. Et joue aussi d'une position que lui décrit comme centrale, à droite.

Proche de Bruno Retailleau – il parle d'une « affinité intellectuelle » - mais moins fortement estampillé « Fillon »; également revendiqué par « LIBRES! », le mouvement de Valérie Pécresse, comme un de ses conseillers politiques. Il vient de cosigner une tribune sur le rôle des maires dans la crise avec Vincent Jeanbrun, lieutenant pécressiste. Il dit aussi avoir des liens avec Xavier Bertrand, et était également proche, alors à l'Association des maires de France, de François Baroin.

« Il est très structuré, mais il n'a pas la surface nécessaire (NDLR : pour prétendre à une élection présidentielle) », confie une cadre de LR. Contrairement aux poids lourds, il n'a ni été ministre, ni occupé de fonction nationale. « Il est assez bien câblé, avec une vraie ambition pour lui », observe-t-on dans l'entourage de Xavier Bertrand, actuellement le mieux virtuellement placé pour guider la droite vers 2022. Un député Les Républicains du Sud sourit, en disant que Lisnard a réussi son « déconfinement » - à savoir exister en dehors de Cannes. Jusqu'où?