Présidentielle 2022 : que faire de la dette Covid ?

La rembourser rapidement, plus tard, ou l’annuler ? La question du remboursement de la dette liée à la crise sanitaire sera l’un des enjeux du scrutin.

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 L’exécutif assure que les contribuables ne paieront pas pour la dette Covid. Au sein des partis, beaucoup prône un étalement du remboursement sur un temps long.
L’exécutif assure que les contribuables ne paieront pas pour la dette Covid. Au sein des partis, beaucoup prône un étalement du remboursement sur un temps long. LP/Arnaud Journois

Ce n'est plus un sujet tabou. Le remboursement de la dette est désormais sur la table. Un dossier lourd de conséquences depuis que le « quoi qu'il en coûte » d'Emmanuel Macron, adopté sans barguigner par tous les partis, avoisine les 150 milliards d'euros de dépenses et devrait faire bondir la dette à 122,4% du PIB, cette année. Soit le double de ce qu'autorisent les accords de Maastricht, signés il y a près de trente ans.

Seulement voilà ! Ce consensus sur la dette comme amortisseur économique, social, voire politique, cache de profondes divisions entre et au sein des partis. Et les discussions sur le sujet seront au cœur des débats de la prochaine présidentielle. Pour l'exécutif, fidèle à son credo européen, le remboursement est inévitable. « La dette, on la paiera », martèle en petit comité Jean Castex. Pour Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, « il en va de la crédibilité de la France vis-à-vis de ses partenaires européens et de celle du gouvernement, à quelques mois de l'élection présidentielle. »

Présidentielle 2022 : que faire de la dette Covid ?

Mais si la France doit honorer ses engagements, qui paiera? L'exécutif l'assure : ce ne seront pas les contribuables. Mais les « grandes entreprises internationales (…) qui, aujourd'hui, ne sont pas assez sollicitées et qui vont payer progressivement cette dette par la fiscalité européenne que nous allons bâtir », a notamment expliqué en juillet dernier Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat appelle de ses vœux une taxe sur le plastique non recyclé, une autre sur les géants du numérique ainsi qu'une « taxe carbone ». Le remboursement découlera aussi de la relance économique et de ses retombées fiscales, des économies d'argent public et des réformes structurelles…

A droite, l'orthodoxie financière est défendue aussi bien par Gérard Larcher, président du Sénat, qu'Eric Woerth, patron de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, ou Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs républicains. « C'est un leurre de faire croire qu'on peut effacer la dette d'un trait de plume », prévient Valérie Pécresse, la présidente ex-LR de la région Ile-de-France. Xavier Bertrand, à la tête des Hauts-de-France, ne se prononce pas encore.

Pour eux, le train de vie de l'Etat et des administrations devra être mis à la diète. « Le poids de la dette nous oblige à baisser la dépense publique en luttant enfin vraiment contre tous les gaspillages et à engager des réformes, comme celle des retraites », confie Valérie Pécresse.

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Autre option évoquée par des personnalités de tous bords : un remboursement étalé sur plusieurs années. Etonnamment, même une partie de la droite y est favorable. Marqués par le rejet du projet trop rigoriste de François Fillon en 2017, Aurélien Pradié, le numéro 3 de LR, soutenu par François Baroin, ex-ministre de l'Economie, ou encore Guillaume Peltier, vice-président délégué, estiment que la dette Covid est « une dette de guerre » et qu'il faut donc l'isoler des comptes publics afin qu'elle devienne… perpétuelle.

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« La dette Covid doit être circonscrite, isolée, qu'on se donne dix ans pour se redresser avant de commencer à la rembourser sur une période longue (…), peut-être trente ou cinquante ans », prévient François Bayrou. Et le patron du Modem d'« imaginer » aussi une contribution des plus riches.

Marine Le Pen et le Rassemblement national, jusqu'à peu pourfendeurs de l'Union européenne, s'écartent de leur ligne eurosceptique. « Annuler la dette entraînerait une perte de confiance importante, s'inquiète Jordan Bardella, eurodéputé et deuxième vice-président du RN. Pour éviter que la dette Covid ne pèse comme un fardeau sur la reprise, nous sommes favorables à un étalement de celle-ci sur une très longue période. »

A gauche, Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, en marche pour une candidature en 2022, prône aussi un « remboursement étalé dans le temps », accompagné d'une taxe sur les gagnants de la crise pandémique ! Comme les marchands en ligne, les grandes surfaces alimentaires ou… les pharmaciens. En revanche, au parti on réfléchit encore… « Olivier Faure travaille avec des économistes et fera connaître sa position dans les prochaines semaines », confie l'entourage du premier secrétaire.

« Cela revient à une dette perpétuelle et donc à un non-remboursement. Ceux qui préconisent cette solution médiane avancent masqués », s'étrangle un élu de droite. Une partie de la gauche, pourtant, assume. De crainte qu'un remboursement n'entraîne une politique d'austérité et une fièvre fiscale.

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Pour le Parti communiste comme pour La France insoumise, fondamentalement opposée aux contraintes financières de l'UE, la solution est « simple ». « Il faut annuler ces titres de dettes publiques, affirme Jean-Luc Mélenchon. Il n'en coûtera pas un euro à qui que ce soit. Personne ne serait spolié. »

Anciens ministres socialistes, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, plaident également pour l'effacement. « Les banques centrales savent que cette dette ne sera jamais remboursée, estime l'ancien candidat à la présidentielle. Mais ces banques, poursuit-il, conservent ces créances pour obtenir des Etats des réformes structurelles comme la baisse du nombre de fonctionnaires ou la réduction des dépenses sociales. »

Chez les écologistes, la dette Covid « n'est pas un problème » et le débat sur son remboursement n'est « aujourd'hui pas le sujet vu la faiblesse des taux d'intérêt », insiste l'eurodéputé EELV Yannick Jadot. Pour Eric Piolle, l'autre candidat probable dans la course l'Elysée, cette dette, « que ce soit en l'effaçant ou en la transformant en dette perpétuelle, il faut la mobiliser, notamment au niveau européen, pour assurer la transition écologique », martèle le maire de Grenoble. Les Français, eux sondage après sondage, n'en démordent pas : une majorité d'entre eux craignent à la fois des hausses d'impôt et des coupes dans les services publics…