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Présidentielle 2022 : Marine Le Pen veut (à nouveau) arrondir son image

La candidate à la présidentielle veut incarner une opposition plus républicaine à Macron tout en affichant une plus grande proximité avec les Français.

 Le 6 octobre, Marine Le Pen a remis à Gérald Darmanin sa réponse à l’allocution d’Emmanuel Macron sur le séparatisme.
Le 6 octobre, Marine Le Pen a remis à Gérald Darmanin sa réponse à l’allocution d’Emmanuel Macron sur le séparatisme. AFP/Ludovic Marin

Le document de neuf pages s'intitule : « Séparatisme : la réponse républicaine du Rassemblement national au discours d'Emmanuel Macron du 2 octobre 2020 ». Le 6 octobre dernier, Marine Le Pen l'a remis en mains propres à Gérald Darmanin qui la recevait place Beauvau. Tout en rappelant les insuffisances, à ses yeux, du projet de loi sur le séparatisme, par exemple sur l'immigration, elle reconnaît dans cette note que « le président de la République a eu le mérite de désigner expressément, et à juste titre, la menace islamiste ».

Le matin, sur RTL, la présidente du RN allait même jusqu'à saluer « quelques intuitions » à Emmanuel Macron. Une modération dans son opposition qui tranche avec celle du patron de LR Christian Jacob qui, lui, a sulfaté le projet présidentiel, en se disant choqué notamment par l'apprentissage de l'arabe.

Après avoir appelé les Français mi-septembre à « respecter les consignes sanitaires », en se tenant éloignée du mouvement anti-masques, la candidate à la fonction suprême a décidé de jouer sa partition d'opposante numéro 1 allegro ma non troppo. Loin des caméras, elle a rencontré le 29 septembre le nouveau commissaire au Plan François Bayrou. Elle lui a exposé sa vision sur les enjeux stratégiques des 30 années à venir et notamment les bouleversements qu'aura l'intelligence artificielle dans le monde du travail, les relocalisations, la reconstruction des filières et même l'exploitation gazière dans le canal du Mozambique! « Le RN joue son rôle de parti d'opposition. Nous sommes constructifs et essayons de faire avancer nos idées », assure tranquillement Philippe Olivier, conseiller et beau-frère de la cheffe RN.

Plus présidentiable que Jean-Luc Mélenchon

Respectable, Marine Le Pen ? Il ne lui a pas échappé que selon un récent sondage Ifop, seuls 35 % des Français estiment qu'elle a « la stature d'une présidente de la République ». Un taux faible, mais qui a quand même bondi de 8 points depuis septembre 2017 et qui surclasse le « tribunicien » Jean-Luc Mélenchon qui a dégringolé à 22 %. Alors, sans rien céder sur le fond de son discours, elle a décidé de jouer à fond le jeu des institutions. Une stratégie que l'intéressée présente comme une véritable mutation personnelle. « Je subis incontestablement un processus. Plus je me rapproche de l'hypothèse d'une victoire, plus j'endosse le costume et me mets dans la peau de la future présidente de la République », assure-t-elle.

Celle qui réfléchit à voix haute à abandonner son poste de présidente de parti pour s'afficher au-dessus de la mêlée a décidé en cette rentrée de moins intervenir dans les médias et de mieux séquencer ses prises de parole. Une communication plus sélective et qui privilégie les formats plus longs et plus intimistes. En témoigne sa participation au rendez-vous de Ruth Elkrief le 19 septembre dernier sur BFMTV au cours de laquelle la présidente du RN a pu longuement revenir, tout sourire, sur sa « vie de femme », son amour des chats ou du jardinage. « Son image de femme-tronc derrière un pupitre, on l'a cassée avec cette émission », se réjouit son équipe qui a fourni quelques photos privées, diffusées à l'antenne.

«Les gens qui me craignent le font de bonne foi»

De quoi rassurer les Français dont, toujours selon l'Ifop, 60 % assurent qu'elle les « inquiète ». Un trait de caractère pas très porteur pour une présidentielle et qui n'est attribué « qu'à » 54 % à Jean-Luc Mélenchon. En 2016, elle avait déjà lancé une campagne de communication autour de la « France apaisée » pour décrisper son image. En vain.

« Les gens qui me détestent ou me craignent le font de bonne foi. Ils sont convaincus de ce qu'ils ont entendu à mon sujet », confie Marine Le Pen qui pointent du doigt la responsabilité des médias. « J'ai toujours été dans le poste. On m'y a vue jeune fille, à 5 ans, à 15 ans, à 25 ans, à 35 ans, etc. Je suis probablement la femme politique que les Français pensent le mieux connaître et qu'ils connaissent le moins bien. » Pour accéder à l'Elysée, Le Pen veut dévoiler Marine, « la femme, ce qu'elle peut penser d'autre que l'immigration et l'économie », dit-elle d'elle-même. Alors « dès qu'on me donnera la possibilité de le faire, je le ferai ! » s'exclame-t-elle.

Dans son entourage, certains la poussent même à poser en photo avec ses trois enfants. « La plupart des Français ne savent même pas qu'elle en a ! » s'étrangle un conseiller. Montrer mes enfants est ma seule limite, ils ont le droit à une vie qui ne soit pas liée à la mienne », réagit la mère de famille qui a aussi été la fille de Jean-Marie Le Pen. « Sauf s'ils le souhaitent… » entrouvre-t-elle néanmoins la porte. « Elle gagne à être mieux connue, réagit un élu RN. C'est dur pour elle d'être complètement caricaturée tout le temps. Mais pour changer son image, ça serait quand même plus simple de s'appeler madame Dupont que Le Pen… »