Présidentielle 2022 : Marine Le Pen face au mur de l’économie

La présidente du RN sait qu’elle doit gagner en crédibilité sur l’économie pour 2022. Elle consulte des experts et s’apprête à rendre publiques des propositions pour les PME.

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 En vue de l’élection présidentielle de 2022, la patronne du RN, Marine Le Pen, va formuler des propositions économiques sur les PME et sur la fiscalité.
En vue de l’élection présidentielle de 2022, la patronne du RN, Marine Le Pen, va formuler des propositions économiques sur les PME et sur la fiscalité. LP/Arnaud Journois

« Tout le monde croit que je suis une branque en économie! » Cette confidence de Marine Le Pen, glissée en janvier au Parisien, en dit long sur la lucidité de la présidente du RN sur le talent qui lui est prêté sur les questions économiques. En cause notamment : la persistance rétinienne de l'opinion publique sur son débat de l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron lors duquel elle avait notamment confondu deux dossiers industriels.

Dernière preuve en date que l'économie constitue, aux yeux de ses adversaires, son talon d'Achille, cette saillie de Gérald Darmanin lors du débat télévisé du 11 février : « Vous êtes très approximative sur les entreprises privées. […] Nous, nous faisons confiance aux entreprises, contrairement au FN qui est très étatiste. »

« Elle va bûcher le sujet parce qu'elle a conscience qu'on lui renvoie cela dans la figure, aussi bien du côté de Zemmour que de Macron », reconnaît son entourage. « Son enjeu, c'est la crédibilité. Il lui faut montrer qu'elle est en phase avec les préoccupations du monde économique », abonde un cadre RN selon lequel Marine Le Pen, adepte de « l'Etat-stratège » et du « patriotisme économique », a « construit son personnage politique en s'enfermant dans une image étatiste », loin du reaganisme longtemps porté par son père.

Le flou sur la sortie de l'euro

Pour amoindrir cette perception, la candidate RN devrait s'adresser davantage aux PME dans les mois qui viennent et moins exclusivement aux artisans et commerçants, électeurs traditionnels du RN. Marine Le Pen rencontrerait discrètement en ce moment des responsables de chambres économiques dans cette optique. Avant même la présentation de son programme présidentiel, la candidate RN devrait formuler des propositions nouvelles sur les PME justement et sur la fiscalité.

« A un moment, le FN ( NDLR : devenu RN ) a eu un programme que certains disaient proche de celui de Jean-Luc Mélenchon, souffle l'eurodéputé Thierry Mariani. Mais elle a déjà commencé à corriger cette image, notamment avec la question de la dette de la France, dont elle dit qu'il faut la rembourser. » Même si Marine Le Pen est bien plus souvent interrogée sur celle, aussi vertigineuse, de son propre parti … Pour l'heure, la seule évolution notable est celle sur la sortie de l'euro. Mais le message n'est pas vraiment passé dans l'opinion. Selon un sondage confidentiel réalisé en juillet dernier par la délégation RN au Parlement européen, 47 % des Français pensent encore que Marine Le Pen veut toujours le retour au franc et 21 % ne connaissent pas sa position…

Il faut dire que celle-ci reste floue. Si la présidente du RN martèle qu'elle ne constitue plus comme en 2017, une « priorité », elle n'a jamais totalement renoncé à l'idée. « Faute d'une forme politique définie et valide, même les réalisations économiques de l'UE, à commencer par la monnaie unique, mais aussi le marché européen, ne sont vraisemblablement pas viables en l'état », est-il écrit dans son manifeste européen de 2019.

« La question de l'euro sera un des sujets de la présidentielle, donc il faudra préciser notre position », reconnaît un élu. D'autant que « les contradictions économiques du RN s'aggravent avec l'abandon de la sortie de l'euro puisque cela remet en cause une grande partie de son programme ultra-dépensier », souligne le cadre bancaire Jean-Paul Tisserand, ancien membre du groupe d'experts du FN, Cap Eco, aujourd'hui dissous. Pour « remettre de l'ordre dans nos finances publiques », Marine Le Pen proposait en effet en 2017 de lutter contre la fraude sociale et fiscale et de mettre fin aux « mauvaises dépenses » liées à l'immigration et… à l'UE, dont elle ne veut plus sortir aujourd'hui.

La retraite à 60 ans

Pressée par certains d'évoluer sur la retraite à 60 ans pour séduire l'électorat de droite, la candidate du RN a jusqu'alors exclu de modifier cette proposition. « Maintenant que Bruno Le Maire reprend mon idée de fonds propres pour les entreprises et que LR fait un programme à gauche, je n'ai plus grand-chose à faire », glisse-t-elle au Parisien.

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Pas du genre à battre sa coulpe, Marine Le Pen enchaîne, bravache : « Je travaille mon projet présidentiel pour faire avancer le pays, pas pour convaincre les champions du monde de la dette, du chômage, de la désindustrialisation, de la pression fiscale que mon projet est meilleur que le leur. » « Elle n'a pas d'ossature qui permet d'avoir une vision économique de chef d'Etat », se désole l'ex-RN Bernard Monot, ancien animateur du Cap Eco, parti du RN, selon lequel la présidente du RN fonctionne sur ce sujet, comme sur les autres, « à l'intuition ».

« Elle ne bosse pas et elle n'est pas bien entourée, donc ça ne risque pas de rentrer », cingle un autre ancien expert du parti. Après de nombreux claquages de porte, le dernier en date étant l'énarque Jean Messiha, qui murmure économie à l'oreille de Marine Le Pen ? Les bons sondages aidant, plusieurs chefs d'entreprise se seraient récemment signalés auprès d'elle.

Mais en interne, c'est l'eurodéputé écolo-identitaire Hervé Juvin qui est le plus souvent cité. « Elle se tient à l'écart d'une conception de la politique qui se résume à être inspecteur des finances, fait valoir ce dernier. L'économie, c'est aussi l'aménagement du territoire, l'autonomie stratégique et les dérives du libre-échange. »

Autant de sujets brûlants avec la crise du Covid et sur lesquels, se persuade-t-il, Marine Le Pen a une voix qui peut porter. Un ex-RN prévient toutefois : « Les Français ont horreur des sachants… mais ils ne sont pas prêts à donner le pouvoir à quelqu'un d'autre. »