Présidentielle 2022 : le gouvernement favorable au vote anticipé

A la surprise générale, l’exécutif a déposé un amendement rendant possible le vote par anticipation pour améliorer la participation à la présidentielle. Mais le Sénat est réservé.

 Avec cet amendement proposé par le gouvernement, si un électeur le souhaite, il lui serait alors possible de voter dans les six jours précédant chacun des deux tours.
Avec cet amendement proposé par le gouvernement, si un électeur le souhaite, il lui serait alors possible de voter dans les six jours précédant chacun des deux tours. AFP/Thierry Zoccolan

Si les parlementaires l'adoptaient, ce serait un changement historique. Le gouvernement a déposé ce mardi un amendement rendant possible le vote « par anticipation » pour la présidentielle. Concrètement, l'exécutif propose qu'une urne électronique soit installée dans chaque chef-lieu de département. Si un électeur le souhaite, il lui serait alors possible de voter dans les six jours précédant chacun des deux tours et pas forcément dans sa commune d'origine.

Plus simple pour les gens en vacances ou en déplacement loin de chez eux. « Ce dispositif sécurisé répond à un besoin et trouvera très certainement son public », souligne-t-on au ministère de l'Intérieur. Est-ce une façon pour le gouvernement d'anticiper que la France sera toujours en situation épidémique au printemps 2022? En tout cas, cet amendement doit permettre de doper la participation. Le dépouillement aurait lieu le dimanche même du scrutin.

Si ce texte a surpris, c'est que l'exécutif a toujours refusé de modifier les règles de vote, en dépit du contexte sanitaire et des exemples venus de l'étranger, comme les images des récents scrutins aux Etats-Unis ou au Portugal, où le vote anticipé a connu un franc succès. Mais attention : cette proposition de dernière minute est loin de faire l'unanimité au Sénat, où beaucoup d'élus sont tombés de leur chaise en voyant débarquer cet amendement. « On ne comprend pas pourquoi cette idée arrive maintenant, pourquoi comme ça, s'étonne Hervé Marseille, président du groupe Union centriste au Sénat. Cet amendement est un ovni. Il arrive comme un cheveu sur la soupe, sans aucune concertation, sans étude d'impact. Au moins, sur le vote par correspondance, il y avait eu un débat! »

«Tout cela est bricolé et improvisé !»

Plusieurs sénateurs ressortent d'ailleurs des arguments déjà entendus, en ce qui concerne toute forme de vote anticipé : tous les électeurs ne voteront pas en ayant le même niveau d'information, si une partie d'entre eux glisse son bulletin dans l'urne avant la fin officielle de la campagne électorale. « Tout cela est bricolé et improvisé ! », enfonce de son côté le sénateur socialiste de Paris Rémi Féraud. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas fait état de ce nouvel amendement lors de l'examen du texte à l'Assemblée, il y a quelques semaines ? « Il nous a fallu un peu de temps pour mûrir la réflexion », justifie-t-on, place Beauvau.

Majoritaire dans la chambre haute, la droite est persuadée qu'il s'agit là d'une mesure destinée à peser sur le cours de la prochaine présidentielle. Et promet de tuer cette initiative dans l'œuf, qui sera examinée en séance publique ce jeudi. « Le Sénat s'opposera à toute manœuvre politicienne qui dénaturerait ce rendez-vous essentiel de notre démocratie », a ainsi tweeté le patron des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau, particulièrement remonté. « On va s'y opposer à fond », confie-t-on au groupe LR, expliquant que cette disposition « favorise le vote urbain » — il serait donc plutôt en faveur de la majorité présidentielle — et « crée une rupture d'égalité » avec un électorat rural, dont la participation ne serait pas ici encouragée. « Il y a toujours des arrière-pensées politiques dans une loi électorale, mais là, la ficelle est grosse… »