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Présidentielle 2022 : à droite, le moment Xavier Bertrand ?

Alors que les élus LR ne croient plus à une candidature de François Baroin en 2022, les regards se tournent de plus en plus vers le président des Hauts-de-France, qui incarne une droite sociale.

 Paris (XVe), samedi. Xavier Bertrand promet de « s’occuper des Français » avec des solutions concrètes et des mots simples.
Paris (XVe), samedi. Xavier Bertrand promet de « s’occuper des Français » avec des solutions concrètes et des mots simples. LP/Arnaud Journois

Xavier Bertrand a le SMS facile. « Dès que je le cite dans une émission, il m'en envoie un, il est au taquet! » glisse un cadre des Républicains. « A chaque anniversaire, il me textote, comme Laurent Wauquiez quand il était à la tête du parti », abonde un autre. Mais depuis que l'hypothèse d'une candidature Baroin à la présidentielle semble s'éloigner – le maire de Troyes est d'ailleurs en « discussions avancées » pour prendre la direction générale de la banque Morgan Stanley –, ce sont plutôt les élus LR qui envoient des messages à l'élu picard. « J'en reçois beaucoup. On sent très bien le moment Bertrand », se réjouit le sénateur du Pas-de-Calais, Jean-François Rapin, qui coordonne les réseaux de l'ancien ministre de la Santé à la chambre haute.

« La nature a horreur du vide », observe le patron des députés LR Damien Abad. A l'entendre, le président des Hauts-de-France, qui a claqué la porte du parti en décembre 2017, « coche beaucoup de cases », notamment celle d'incarner une « droite sociale, populaire, proche des gens ». « Finalement, le petit gros, le petit assureur qui fait cric-cric avec ses semelles dans les couloirs de l'Assemblée, on a fini de le moquer ! se réjouit son compagnon de route Christophe Coulon, à la tête de la majorité régionale. Son volontarisme a pris le dessus et la caste politique se tourne vers lui. »

«C'est lui qui a le plus faim»

Même la sarkozyste Rachida Dati semble sous le charme : « Il a compris ce que voulait la France », a-t-elle lâché récemment. L'ancienne garde des Sceaux qui entretient elle-même l'ambiguïté sur sa propre candidature, le concède : c'est Xavier Bertrand qui, aujourd'hui, « a le plus faim ». Son régime? Il s'appuie sur un appétit féroce et une ambition assumée. Et se compose plus prosaïquement de « deux tranches de jambon avalées dans son van pour se caler avant les apéros et ne pas être tenté », rigole son entourage.

Depuis qu'il a été élu président de région en 2015 face au RN, Xavier Bertrand parcourt 11 000 km par mois dans la « bétaillère », sa Peugeot Traveller noire transformée en bureau roulant. Comme président de région et comme futur candidat, il promet de « s'occuper des Français » avec des solutions concrètes et des mots simples. « Ce n'est pas parce qu'il utilise depuis un an 300 mots de vocabulaire maximum qu'il peut gagner… » grince un camp rival.

Des propos qui claquent délibérément dans le débat public aussi, comme lorsqu'il évoque un « assassinat prémédité » après la fermeture annoncée de Bridgestone à Béthune (Pas-de-Calais). Prime de pouvoir d'achat, location de voiture pour deux euros par jour, aide à la garde d'enfant pour parents isolés… Xavier Bertrand fait de sa région la vitrine de son action. Il sait qu'une réélection dans les Hauts-de-France est la condition sine qua non à tout rêve élyséen. « Il lui faut gagner proprement, sans avoir eu besoin des voix de ceux qu'il prétend combattre après », met en garde le secrétaire général de LR, Aurélien Pradié, en allusion à un éventuel accord avec LREM.

Muscler le jeu

Mais Xavier Bertrand n'attend pas cette échéance pour avancer ses pions. « Il va accélérer son discours contradictoire vis-à-vis de Macron », glisse un fidèle. Sa curiosité au début du quinquennat, mêlée de bienveillance, pour un président de la République qui avait mené une campagne hors parti, est bel et bien finie. Il espère élargir le cercle de parlementaires, aujourd'hui une dizaine, auprès desquels il prend le pouls du pays.

D'ici la fin de l'année, son think-tank de la Manufacture devrait compter une antenne dans chaque département. Suffisant pour muscler son jeu ? « Ce n'est pas une armature assez solide pour élaborer un programme présidentiel ou une pensée pour le pays », regrette un député qui lui est pourtant proche. Un élu qui a participé à une réunion le 7 août à Lumio (Haute-Corse) a été déçu : « Il n'y avait pas de fond, c'était le café du commerce. » Xavier Bertrand peut aussi compter sur son vaste réseau d'anciens collaborateurs ministériels pour l'alimenter en notes, rétorque son entourage.

Le 30 septembre, il rencontrera le patron de LR, Christian Jacob, avec qui les relations n'ont pas toujours été faciles. Ils évoqueront le soutien de LR aux régionales mais aussi les modalités du futur processus pour départager les candidats à la présidentielle. Après avoir renoncé à participer à la primaire de 2016 — le paysage était obstrué par la présence de cadors comme Sarkozy, Juppé et Fillon —, Xavier Bertrand compte désormais sur sa « dynamique », qui reste à confirmer dans les sondages, pour s'imposer au parti. Bertrand, nouveau candidat naturel de la droite? Ce serait oublier que ses rivaux probables, Valérie Pécresse ou Bruno Retailleau, ne s'effaceront pas si facilement. Et que dans les rangs LR, son image de mauvais camarade lui colle à la peau. « Quand Usain Bolt court un 100 m, coupe court un intime, vous croyez qu'il regarde les autres couloirs? »