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Pour le patron des Républicains Christian Jacob, le plus dur reste à faire

Il y a un an, le député de Seine-et-Marne prenait la tête des Républicains. S’il a évité l’explosion du parti, et a même renoué avec les victoires électorales, le président de LR se retrouve sur la défensive après l’abandon de Baroin.

 Christian Jacob a réussi depuis un an à maintenir un équilibre précaire chez les Républicains.
Christian Jacob a réussi depuis un an à maintenir un équilibre précaire chez les Républicains. AFP/Stéphane de Sakutin

Un conseil stratégique en guise de gâteau d'anniversaire. C'est de façon studieuse que Christian Jacob, le président des Républicains, fêtera ce mardi sa première année à la tête du parti. Pour l'occasion, le patron s'offrira quand même quelques visuels sur les réseaux sociaux pour se réjouir des victoires de LR aux dernières municipales ainsi que d'avoir engagé un « travail de fond » sur les idées. L'élu de Seine-et-Marne peut surtout se féliciter d'être à la tête d'un parti qui existe encore. Car, lorsqu'il en est élu président le 13 octobre 2019, sa formation, traumatisée par sa déroute historique aux Européennes et délaissée quatre mois plus tôt par Valérie Pécresse, est sur le point d'exploser.

Choisi comme « plus petit dénominateur commun », Christian Jacob a réussi depuis un an à maintenir un équilibre précaire. « Il met de l'humain dans les relations, fait preuve de rondeur », reconnaît un stratège du parti. Véritable casque bleu de la droite, le sarko-chiraquien a réussi à déminer quelques situations explosives aux municipales, comme à Paris où il a aidé à imposer la candidature de Rachida Dati, et à Nice où Eric Ciotti ne s'est pas présenté en dissident face au maire sortant Christian Estrosi. « Enfin, là, c'est plus l'Ifop que Jacob le juge de paix! », se marre un conseiller, en référence aux sondages — mauvais pour le député Ciotti — réalisés avant le premier tour.

Avec le forfait de Baroin, le plan de Jacob s'effondre

Présentées comme un « moment de vérité entre le macronisme et le lepénisme d'un côté et nous de l'autre », les municipales ont été pour Christian Jacob l'occasion de renouer enfin avec des victoires, malgré quelques grosses déconvenues, comme à Marseille ou à Bordeaux, perdues par la droite. Les récentes sénatoriales ont permis de transformer l'essai. De quoi redonner un peu d'espoir pour les départementales et régionales de mars. Christian Jacob a même repris langue au cours des dernières semaines avec Valérie Pécresse et Xavier Bertrand qui avaient ostensiblement tourné le dos à LR alors présidé par Laurent Wauquiez.

Pour le patron des Républicains Christian Jacob, le plus dur reste à faire

Bref, tout irait (presque) bien à un — léger — détail près : la présidentielle. Car même s'il ne l'a jamais explicitement formulé en public, Christian Jacob a surtout voulu faire de son parti une rampe de lancement pour François Baroin. « Il a dit qu'il était neutre pour se faire élire à la tête du parti. Or, il ne l'était pas », observe, amer, un élu. Le maire de Troyes se dérobant, c'est tout l'édifice qui s'effondre. « Honnêtement, Jacob est venu uniquement pour mettre le parti au service de Baroin. Donc bon, son bilan est vite fait… », cingle un proche de Laurent Wauquiez.

Alors que Jacob avait explicitement promis la mise à mort de la primaire, inscrite encore aujourd'hui dans les statuts du parti, le voilà désormais contraint de travailler main dans la main dans les semaines à venir avec Gérard Larcher sur l'élaboration d'un « système de départage » de celui qui portera les couleurs de la droite en 2022. Le président de LR comptait bien reporter à mars tout début de discussion sur le sujet, le temps de voir émerger un « candidat naturel ». Mais le président du Sénat lui a tordu le bras jeudi dernier, lors d'un séminaire parlementaire.

«Le pauvre, il va devoir gérer l'explosion totale des ego»

« Il n'est pas idiot de savoir où l'on va avant de choisir le capitaine du bateau », justifie Christian Jacob qui préfère se concentrer sur le logiciel programmatique. Trois conventions nationales thématiques (travail-salaires, environnement, autorité de l'Etat) sont prévues d'ici un « Congrès des idées » calé au 5 novembre.

« Les conventions, c'est pour amuser la galerie. C'est pour dire à Bruno Retailleau (NDLR : le patron des sénateurs LR qui veut se présenter à la présidentielle) qu'on n'a pas le temps d'organiser la primaire », glisse un cadre LR. « On fabrique le yaourt sans connaître l'étiquette du pot. Mais le candidat à la présidentielle donne aussi sa saveur au yaourt! », observe le député Julien Aubert qui milite pour une accélération du calendrier.

« Le pauvre, il va devoir gérer l'explosion totale des ego… Il a certes réussi à provoquer un cessez-le-feu quand il est arrivé mais les armes reprennent, observe un stratège de la droite. Son enjeu désormais, c'est de savoir s'il restera dans l'histoire comme le premier président du parti à ne pas présenter de candidat à la présidentielle. »