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Pour Jean Castex, le vrai baptême du feu, c’est maintenant

Fini l’époque du remaniement où la surprise de son arrivée avait suffi à le rendre sympathique aux yeux des Français. Maintenant c’est la rentrée, en pleine crise sanitaire et économique. Les paroles doivent laisser place aux actes. C’est le défi du Premier ministre.

 Le Premier ministre Jean Castex n’a pas l’intention d’abandonner son discours tourné vers les territoires.
Le Premier ministre Jean Castex n’a pas l’intention d’abandonner son discours tourné vers les territoires. AFP

L'état de grâce aura-t-il été de courte durée pour Jean Castex? Deux mois après sa nomination surprise, un été où il a multiplié les déplacements pour promouvoir la parole gouvernementale sur le terrain, et des premiers sondages très flatteurs, les nuages commencent à apparaître depuis peu sur le ciel du Matignon.

« Il aborde un virage serré. Les Français vont maintenant attendre en cette rentrée très anxiogène des actes, plutôt que des paroles et des grandes déclarations. Vu le contexte, ça ne va pas être une partie de plaisir pour lui », redoute un membre du gouvernement, pas surpris par la dégringolade enregistrée par le successeur d'Edouard Philippe dans le dernier baromètre Ifop pour le JDD : sept points de moins en un mois, pour tomber à 48 % de Français satisfaits, et 46 % qui désapprouvent son action (un chiffre en hausse de six points).

Une pile de dossiers sensibles

Et le pire est peut-être à venir alors que les dossiers sensibles sont légion en ce moment : reprise significative de l'épidémie, grosses inquiétudes sur l'organisation de la rentrée scolaire, obligation du port du masque à compter du 1 er septembre dans les entreprises, menaces de plans sociaux, multiplication de faits divers ces dernières semaines, jusqu'aux violences urbaines après la défaite du PSG. La liste est longue pour celui qui fera sa rentrée médiatique ce mercredi avec une interview sur France Inter, puis un discours en début d'après-midi devant le Medef. Avant une conférence de presse consacrée ce jeudi aux mesures de prévention sanitaires contre le Covid.

Cette rentrée, le nouveau Premier ministre l'avait imaginée un peu différemment : à l'offensive sur le terrain économique, avec la présentation du plan de relance de 100 milliards d'euros qui était initialement prévue mardi. Et un plan média au cordeau pour en assurer le service après-vente et montrer l'image d'un exécutif à l'initiative face à la crise. Mais Emmanuel Macron a finalement décidé de repousser cette présentation d'une semaine, « alors que Castex était plutôt favorable à son maintien », raconte un conseiller, qui parle « de petit revers » pour le locataire de Matignon.

«Le risque pour lui, c'est de ne pas avoir d'identité»

Dans la majorité, certains commencent aussi à s'interroger sur son style. « Je l'apprécie énormément, mais je suis assez réservé sur cette idée de territoires qu'il évoque en permanence. On est encore dans une nation, pas dans un territoire », cingle un poids lourd de l'exécutif, sans ignorer la tâche ardue de ce Premier ministre que personne ne connaissait il y a encore quelques semaines : « Il arrive au milieu du quinquennat, en pleine crise. A la moindre angoisse des Français, il va prendre ça dans les sondages. Et puis pour rentrer dans l'esprit de nos compatriotes, ça prend au moins dix ans… sauf pour Macron ».

Une stratège de la macronie décrypte le phénomène autrement : « Il n'a pour le moment pas réussi à personnaliser son action. Quand il est en déplacement, au fond, on n'en retient pas grand-chose, on ne sait pas vraiment quels sont ses angles, ses vraies priorités. Et le risque pour lui, c'est de ne pas avoir d'identité. A mon sens, les Français n'ont pas encore rencontré Jean Castex ».

L'intéressé se montre sûr de lui

Le principal intéressé, lui, n'a cure de ces remarques. Les sondages en baisse ? Aucun commentaire fait-on savoir. En privé, il se montre même sûr de lui, satisfait de ses premières semaines à Matignon. « De toute façon, il s'était mis dans la tête qu'il en prendrait plein la figure. Du coup, partant de là, cela lui facilite l'exercice », remarque son entourage qui ajoute qu'il « s'attend, par principe, au pire, donc il n'est pas perturbé psychologiquement » par les péripéties.

Et Jean Castex n'entend pas non plus en finir avec son discours tourné vers les territoires. Selon nos informations, il a même l'intention d'effectuer prochainement, et à raison d'une fois par mois, une rencontre avec les acteurs publics et privés d'un territoire donné — et pourquoi pas des Français tirés au sort — pour parler transition écologique et vérifier l'exécution des mesures écolos du plan de relance. Comme une sorte de grand débat national revisité version Castex. Et un bon moyen, peut-être, d'imprimer sa marque.