Plate-forme antidiscriminations : «Touche pas à mon pote» sauce Macron

Le président lance ce vendredi son offensive contre les discriminations en tout genre.

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 Le 4 décembre, Emmanuel Macron avait annoncé la création d’une plate-forme antidiscriminations, lors d’une interview au média en ligne Brut.
Le 4 décembre, Emmanuel Macron avait annoncé la création d’une plate-forme antidiscriminations, lors d’une interview au média en ligne Brut.  LP/Olivier Corsan

C'est un terrain sur lequel Emmanuel Macron, accaparé par la crise sanitaire, se montrait peu présent. En lançant ce vendredi 12 février une plateforme antidiscriminations sur Internet, une application sur téléphone, un numéro dédié (le 3928), une campagne de communication et en allouant 3,5 millions d'euros par an pour faire tourner un « service public de signalement des discriminations », le président espère marquer les esprits. Accusé par une frange de sa majorité de délaisser le volet social, il contre-attaque. Et ce, en plein examen du projet de loi sur le séparatisme à l'Assemblée nationale. Comme un message en direction de la jeunesse et d'une partie de la gauche.

Tout a commencé en décembre dernier. « Quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé, avait lâché le chef de l'Etat devant les caméras du média Brut. Et encore plus quand on est un garçon. On est identifié comme étant un facteur de risques, de problèmes : c'est insoutenable. » D'où l'idée que « les gens puissent dénoncer de manière très simple, unique et nationale » un contrôle au faciès ou des discriminations à l'embauche, au logement, à la promotion dans l'entreprise, etc. Parallèlement, le président avait promis de lancer un sondage géant sur les atteintes à l'égalité, une idée encore dans les cartons. Cette prise de parole intervenait en plein débat sur les violences policières.

Il reparle à Julien Dray

Ce jour-là, Emmanuel Macron avait salué le travail contre les inégalités de deux associations : SOS-Racisme, pourtant en perte de vitesse, et la Licra. Des références inhabituelles dans la bouche d'Emmanuel Macron. Opportunisme ou nouvelles convictions? « Il met un coup de projecteur sur des structures profondément universalistes », souligne un acteur du dossier. « Avant, Emmanuel Macron regardait avec attention le modèle anglo-saxon, maintenant, il a évolué, il ne fait plus de concessions », renchérit le socialiste Julien Dray. Le cofondateur de SOS-Racisme est resté proche du chef de l'Etat. « Ils se reparlent comme à la bonne époque, à deux heures du mat », avance un ami.

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Concrètement, la nouvelle plate-forme mettra les victimes en contact avec des juristes et des téléconseillers. Certaines demandes feront l'objet de médiations, d'autres de procédures civiles, voire de plaintes au pénal. « L'objectif est de parvenir à capter davantage de signalements de victimes sur des critères larges : logements, emplois, handicap, genre, origines, lieux de résidence », souligne-t-on à l'Elysée. L'exécutif en a confié le pilotage à la Défenseure des droits, Claire Hédon.

Nommée à la tête de cette institution indépendante en juillet dernier, à un poste irrévocable pour six ans, elle se voit attribuer un dossier exposé, qui suscite la réprobation des syndicats de policiers. Une aubaine pour l'ancienne patronne d'ATD-Quart monde, qui doit imprimer sa marque après le mandat très médiatique de Jacques Toubon. « Ce ne sera pas un gadget, ni des grands principes abstraits, mais un vrai outil », assure Mario Stasi, le président de la Licra, qui a travaillé à l'élaboration de la plate-forme avec le ministère de l'Egalité des chances d'Elisabeth Moreno.

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Ironie de l'histoire, le chef de l'Etat avait pointé les dérives d'une société devenue « victimaire et émotionnelle » dans son interview à l'Express, à la fin de l'année. « Nous assistons à une forme de primat de la victime », constatait-il, avec un brin de perplexité. A quatorze mois de la présidentielle, plus aucune voix ne semble pourtant devoir être négligée.