AbonnésPolitique

Patriat, Castaner : ces fidèles de Macron défiés au Parlement

Au Sénat ou à l’Assemblée nationale, le candidat réputé le plus proche d’Emmanuel Macron ne semble plus assuré de l’emporter à la présidence du groupe LREM. Signe d’une défiance vis-à-vis du sommet de l’Etat ?

 François Patriat, candidat sortant à la présidence du groupe LREM au Sénat ce jeudi, est l’homme d’Emmanuel Macron, comme Christophe Castaner dimanche à l’Assemblée.
François Patriat, candidat sortant à la présidence du groupe LREM au Sénat ce jeudi, est l’homme d’Emmanuel Macron, comme Christophe Castaner dimanche à l’Assemblée. LP/Olivier Corsan et Arnaud Journois

Il y a trois ans, François Patriat était désigné par acclamation, sans le moindre vote. Cette fois, rien ne dit que le sénateur remporte la présidence du groupe LREM au Sénat, renouvelé pour moitié dimanche dernier. Car un deuxième candidat, Julien Bargeton, se présente au scrutin prévu ce jeudi. « Ça va se jouer à une ou deux voix près », glisse l'un des votants.

Début septembre, à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner a dû passer par un second tour accroché pour être élu président du groupe majoritaire (seulement 25 voix d'avance sur 265 votes exprimés). Or, l'ancien ministre de l'Intérieur et François Patriat, qui ont rallié Emmanuel Macron dès 2016, sont des fidèles inconditionnels du chef de l'Etat.

Derrière ces tambouilles internes, des parlementaires disent vouloir dénoncer un scrutin joué à l'avance plutôt qu'exprimer un malaise vis-à-vis de Macron en personne. Le système vertical plutôt que l'homme, en somme. « Nous sommes un petit groupe (NDLR : une vingtaine de membres), et on est tous fidèles à Emmanuel Macron », résume le sénateur de Guyane Georges Patient, encore incertain sur son vote.

« On a grandi, c'est sain politiquement d'avoir à choisir entre plusieurs candidats », renchérit Sonia Krimi. Début septembre, la députée de la Manche a voté pour sa collègue Aurore Bergé, « plus jeune et avec des méthodes différentes ». Tout en reconnaissant la légitimité de Christophe Castaner dans les urnes, elle souligne que « s'il avait été élu à main levée, cela aurait créé de très grosses fissures au sein du groupe ».

Plusieurs élus reprochaient à mots couverts à Castaner, nommé au gouvernement dès 2017, de ne pas avoir eu les mains dans le cambouis de la vie interne parlementaire ces trois dernières années. « Quand un ancien ministre se présente pour présider le groupe, bien sûr que cela peut créer des interrogations », souligne le député Bruno Studer.

«Est-on sûr que Bargeton connaît le cul des vaches ?»

Du côté du Sénat, il y a trois ans, « il y avait un sentiment général que la présidence revenait à François Patriat qui était à l'origine du groupe », pointe Georges Patient. Depuis, certains élus se disent déçus et appellent à du « sang neuf ». Que François Patriat soit un fidèle d'Emmanuel Macron (qui l'a d'ailleurs félicité pour sa réélection surprise dimanche) ne lui conférerait, au mieux, aucun avantage.

« Il a présidé le groupe avec ses défauts et ses qualités. On a travaillé un peu à l'ancienne et on n'a pas réussi à faire entendre suffisamment notre voix », regrette un sénateur. « Il y a une expression démocratique et je m'en réjouis », évacue de son côté François Patriat, précisant qu'il reconnaîtra « évidemment » sa défaite si elle se produit.

Au Sénat, chambre représentant les territoires, un élu met d'ailleurs en garde : « Julien Bargeton aussi a ses défauts. Il est élu à Paris et j'en entends déjà certains qui disent : Est-on sûr qu'il connaît le cul des vaches ? » Reste que l'actuel porte-parole des sénateurs LREM n'a, lui non plus, rien d'un « frondeur » contre Macron…