AbonnésPolitique

Nouvelle-Calédonie : cinq minutes pour comprendre le nouveau vote sur l’autodétermination

Un référendum sur l’indépendance du territoire français d’outre-mer se tient ce dimanche. Le deuxième en deux ans, mais il pourrait ne rien régler à court terme.

 Un partisan du « oui » à l’indépendance prépare des affiches de campagne lors d’un meeting, à Kone, le 28 septembre 2020.
Un partisan du « oui » à l’indépendance prépare des affiches de campagne lors d’un meeting, à Kone, le 28 septembre 2020. AFP/Theo Rouby

Deux ans presque jour pour jour après un premier vote, environ 180000 électeurs de Nouvelle-Calédonie sont rappelés aux urnes ce dimanche. L'enjeu? Rien de moins que l'indépendance totale de l'archipel français, qui dispose déjà de nombreuses prérogatives spécifiques. A l'approche du scrutin, le climat est devenu électrique entre partisans et opposants à l'indépendance totale. Voici nos réponses pour comprendre les enjeux.

Pourquoi vote-t-on en Nouvelle-Calédonie ?

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Telle est la question qui sera soumise au vote ce dimanche. Ce scrutin est la suite d'un long et compliqué processus, lancé en 1988 avec la signature des accords de Matignon qui prévoyait l'organisation d'un scrutin d'autodétermination dix ans plus tard. En 1998, l'accord de Nouméa a finalement reporté l'échéance aux vingt années suivantes.

Au fil des années 2000, l'Etat a délégué plusieurs compétences au territoire situé dans le Pacifique Sud, au large de l'Australie, à près de 17000 km de la métropole. C'est finalement le 4 novembre 2018 qu'a lieu le référendum. Le « non » à l'indépendance l'emporte… mais avec une avance moins grande qu'anticipée par les experts (56,7%). Les sondages avaient surtout sous-évalué la participation, exceptionnellement élevée (80,63%). Emmanuel Macron avait alors salué une « immense fierté que nous ayons passé ensemble cette étape historique ».

Nouvelle-Calédonie : cinq minutes pour comprendre le nouveau vote sur l’autodétermination

Comme le prévoit l'accord de Nouméa, si un tiers des élus du Congrès le demandent, un nouveau référendum peut être organisé dans les deux ans à venir. Une perche saisie par le camp indépendantiste, mené par le FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste), qui détient plus de la moitié des sièges. Voilà pourquoi on vote de nouveau ce dimanche 4 octobre 2020.

Dans quel contexte ce vote a-t-il lieu ?

Politiquement, la situation est très tendue sur place. Les loyalistes, qui souhaitent que le territoire reste français, rassemblés au sein d'une coalition de six partis, ont notamment été accusés d'utiliser le drapeau bleu blanc rouge pour faire campagne (ce qui est interdit par le code électoral). Ils ont aussi contesté l'exclusion du corps électoral d'une partie des électeurs non kanaks, ce qui est prévu dans l'accord de Nouméa.

« Le climat politique est devenu délétère et toxique depuis deux ans. Les deux camps politiques ne se parlent plus hormis par communiqués interposés ou par messages assassins sur les réseaux sociaux. Il y a eu une rupture totale du chemin de dialogue vanté par Emmanuel Macron », souligne Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique et spécialiste de géographie électorale, qui vit et travaille en Nouvelle-Calédonie.

Sur le plan sanitaire, l'archipel a la chance d'être le seul territoire français (et l'un des seuls au monde) quasiment épargné par le Covid-19. Il vit dans une sorte de « bulle sanitaire » avec des vols fortement limités ( au moins jusqu'au 27 mars 2021 ). Du coup, aucune interrogation sur le maintien du scrutin ne s'est posée tandis que presque personne ne porte de masque dans la rue.

Que se passera-t-il si… le « non » l'emporte ?

Un deuxième « non » consécutif, l'hypothèse la plus probable selon les experts (même si aucun sondage n'a été publié cette fois-ci), ne résoudrait pas forcément grand-chose à court terme. Car l'accord de Nouméa prévoit la possibilité d'organiser un troisième référendum. Tout dépendra du score des indépendantistes. S'ils se rapprochent de la barre des 50%, ils paraîtront en position de force. « Le non a de très fortes de chances de l'emporter à nouveau car, sur les trente dernières années, le camp indépendantiste n'a jamais remporté une élection. Mais un resserrement des résultats pourrait lui apporter une dynamique », pointe Pierre-Christophe Pantz.

Des affiches de campagne, à Kone, le 28 septembre. AFP/Theo Rouby
Des affiches de campagne, à Kone, le 28 septembre. AFP/Theo Rouby  

« Ce référendum ne doit pas être qu'une simple répétition. C'est un dossier compliqué qu'il faut suivre afin de ne pas se retrouver dans un nouveau corridor mortifère de deux ans », estime, de son côté, le député Philippe Dunoyer, membre du parti Calédonie ensemble. Partisan du « non » à l'indépendance, l'élu « regrette que le dossier calédonien, sensible, ne soit pas plus haut dans la pile de dossiers du gouvernement, même avant la crise du Covid ».

En cas de troisième « non », l'accord de Nouméa prévoit que « les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ». « Un troisième non ne réglerait rien », anticipe Philippe Dunoyer, qui siège au sein du groupe UDI et Indépendants.

Et si le « oui » l'emporte ?

Dans ce cas, la Nouvelle-Calédonie deviendra officiellement un territoire indépendant et souverain. Démarrera alors une période de transition durant laquelle l'Etat transférera, progressivement, les compétences régaliennes qu'il exerce toujours (sécurité, justice, etc).

« Aucun événement électoral ne peut mobiliser davantage qu'un référendum. L'augmentation des inscriptions aux bureaux de vote délocalisés et des procurations laisse présager une hausse de la participation. Et, si l'on regarde la répartition électorale de l'abstention en 2018, il est probable que cela profite aux indépendantistes », anticipe Pierre-Christophe Pantz.

Comment se positionnent les partis politiques nationaux ?

Dans l'ensemble, les principaux partis qui ont pris position sont en faveur du « non », et donc du rejet de l'indépendance pour la Nouvelle-Calédonie. C'est le cas des Républicains et du Rassemblement national, par exemple.

Du côté du gouvernement, Jean Castex a annoncé mardi qu'il recevrait « les acteurs politiques calédoniens au lendemain » du scrutin. Comme le prévoit l'accord de Nouméa, « l'Etat reste et restera impartial », a rappelé le Premier ministre, précisant qu'Emmanuel Macron devrait aussi s'exprimer.

Son prédécesseur, Edouard Philippe, s'était beaucoup engagé sur ce dossier lorsqu'il était à Matignon. Lors de la passation de pouvoir, le 3 juillet, il avait évoqué un « processus extraordinaire, fascinant, difficile, complexe, incertain encore ».