Menu sans viande : Matignon intervient pour faire cesser la «cacophonie» au gouvernement

Alors que le gouvernement et la majorité se déchirent sur les menus uniques sans viande dans les cantines de Lyon, un rappel à l’ordre vient d’être envoyé par mail à l’ensemble des directeurs de cabinet des ministres.

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 Julien Denormandie et Gérald Darmanin, vent debout contre les menus uniques sans viande dans les cantines à Lyon, ont été contredits par Barbara Pompili.
Julien Denormandie et Gérald Darmanin, vent debout contre les menus uniques sans viande dans les cantines à Lyon, ont été contredits par Barbara Pompili. LP/Jean-Baptiste Quentin

Profond soupir de Roland Lescure, député et porte-parole de La République en marche (LREM), en songeant à la polémique sur l'instauration de menus uniques et sans viande dans les cantines lyonnaises pour respecter le protocole anti-Covid : « Cela me déprime un peu… Notre capacité collective à nous écharper sur des événements qui sont avant tout de la nature de l'incident est absolument inaltérable. » Trois jours de cacophonie gouvernementale, où l'on a vu les ministres Julien Denormandie (Agriculture) ou Gérald Darmanin (Intérieur) vent debout contre la mesure du maire EELV de Lyon Grégory Doucet (déjà prise par Gérard Collomb au printemps dernier), puis contredits publiquement par leur collègue Barbara Pompili (Transition écologique) quand Olivier Véran (Santé) jugeait qu'il n'y a pas matière à « polémiquer »…

En visite ce mardi dans une ferme de la Côte-d'Or, Emmanuel Macron n'a lui pas explicitement cité cette controverse, mais il a estimé que « le bon sens n'est pas interdit sur tous les débats d'actualité » et a appelé à éviter « les divisions idiotes ». Des messages directs ont néanmoins été passés en coulisses, par Matignon. « Moins nous alimentons les polémiques autoportées, mieux nous nous portons », a ainsi écrit le directeur de cabinet de Jean Castex, Nicolas Revel, dans un mail adressé lundi soir aux cabinets ministériels. Un message ferme, déplorant que « les expressions apparemment contradictoires d'un certain nombre de membres du gouvernement » alimentent « des polémiques sur des sujets périphériques doublées d'une forme de cacophonie ministérielle ».

«Calage en amont et alignement en aval»

« Lorsqu'un membre du gouvernement s'est exprimé, il n'est pas de bonne méthode que d'autres le contredisent », stipule-t-il encore, prônant ce credo : « Calage en amont et alignement en aval ». Un rappel à l'ordre opéré à la demande du Premier ministre, qui se réserve la possibilité de refaire passer le message en personne, à l'oral.

Mais le feu s'est entre-temps propagé à la majorité. Lundi dans la soirée, c'est le député LREM Jean-Baptiste Moreau, qui tance Barbara Pompili en ces termes : « Le pragmatisme comme l'amour de la science et la loyauté sont des concepts qui vous sont étrangers. » Un conseiller ministériel en reste estomaqué − « Ça part très, très fort ». Une sortie à laquelle ne se prive pas de répliquer aussitôt Hugues Renson, vice-président LREM de l'Assemblée nationale, estimant en défense de Pompili (avec laquelle il a cofondé le parti En Commun) que « le dogmatisme, c'est considérer qu'une femme est déloyale lorsqu'elle défend ses convictions ».

A leur suite, d'autres députés LREM font entendre leurs voix, prenant parti et alimentant la dissonance. Si bien que dans la soirée de mardi, leur président de groupe Christophe Castaner s'est lui aussi fendu d'un message : « Rappelons-nous juste que nous sommes un groupe, un collectif et que nos adversaires sont suffisamment vifs pour que nous consacrions toute notre énergie à convaincre et à additionner, jamais à se diviser et à s'opposer », écrit-il à ses troupes, ajoutant : « Veillons à mieux débattre, toujours, mais entre nous. »

Un révélateur des divisions de la majorité

Anecdotique ? Révélateur, aussi. « C'est une polémique au ras des pâquerettes, mais qui révèle les divisions au sein du gouvernement et de la majorité », observe un député LREM. Roland Lescure abonde : « Je ne suis pas sûr que les enfants de Lyon vont mourir d'anémie dans les jours qui viennent, pas sûr non plus que la mesure va beaucoup faire baisser les gaz à effet de serre. Tout le monde fait de la politique, y compris le maire de Lyon. Cela montre que la relation de la France à l'écologie n'est pas tout à fait simple et la nôtre non plus. »

Dans toutes les têtes, le prochain examen du texte porté par Barbara Pompili, issu de la Convention citoyenne pour le climat, déjà vivement critiqué par les associations et élus écologistes et facteur de divisions en interne. « La tension monte à l'approche du projet de loi Climat et résilience », admet un député LREM. Nul ne l'ignore au sein du gouvernement et de la majorité, l'exercice s'annonce délicat. « Je préférerais que, dans la perspective de l'examen du projet de loi, on arrive à se concentrer sur ce qui nous rassemble », plaide de son côté Roland Lescure. Un vœu pieux? Observant les escarmouches de ces derniers jours, un député LREM frémit d'avance : « Ce projet de loi va être un cauchemar… »