Un «débat préhistorique» : fracture au gouvernement sur le menu sans viande à la cantine

La ministre de la Transition écologique s’est désolidarisée de ses collègues ministres qui ont dénoncé la mise en place à Lyon d’un menu unique sans viande à la cantine, pour selon le maire, respecter le protocole sanitaire lié au Covid.

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 Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, dénonce des clichés « pénibles » sur le débat sur l’alimentation végétarienne.
Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, dénonce des clichés « pénibles » sur le débat sur l’alimentation végétarienne. LP/Frédéric Dugit

C'est ce que l'on appelle dire sa façon de penser. Interrogée en marge d'un déplacement sur l'instauration d'un menu unique et sans viande dans les cantines des écoles lyonnaises, voilà que Barbara Pompili lâche sans détour : « Je regrette beaucoup que sur ce sujet, on retombe dans un débat préhistorique, un débat où l'on véhicule des clichés éculés, des clichés du type : l'alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée […]. On entend aussi que les enfants de milieux défavorisés mangeraient moins de viande que les autres. Il y a des études qui montrent l'inverse. » Des clichés « pénibles », torpille encore la ministre de la Transition écologique. Ses mots ont été pesés. Ils sont assumés. Du frontal.

Car ce faisant, Pompili met publiquement en pièces les arguments avancés par ses collègues du gouvernement qui, comme Julien Denormandie (Agriculture) ou encore Gérald Darmanin (Intérieur), sont montés au créneau ce week-end contre la mesure mise en place par le maire EELV de Lyon, Grégory Doucet, dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de coronavirus. « Chacun a réagi face à une situation que tout le monde considère aberrante », maintient Denormandie, auprès du Parisien - Aujourd'hui en France.

Barbara Pompili, déjà accusée par certains de manquer de loyauté vis-à-vis du gouvernement, s'est attiré les foudres de Jean-Baptiste Moreau, député de la Creuse et porte-parole... de LREM. « Le pragmatisme comme l'amour de la science et la loyauté sont des concepts qui vous sont étrangers », lui a-t-il reproché sur Twitter lundi soir. Ambiance.

Un peu plus tôt, le ministre de la Santé Olivier Véran avait pourtant donné le sentiment de vouloir calmer le jeu sur les menu sans viande de Lyon en estimant qu'« il n'y a pas lieu de polémiquer »…

Une décision déjà prise au printemps

Point de levée de bouclier, d'ailleurs, au printemps, lorsque l'ancien maire de Lyon et Marcheur historique, Gérard Collomb, avait pris une décision identique. « On ne peut pas comparer! On était juste à la sortie du confinement, dans la gestion de court terme. Aujourd'hui, on est dans une situation où l'on doit malheureusement vivre avec le virus. Et la solution serait de dire que l'on n'offre plus de viande à nos enfants dans les cantines? » maintient le ministre de l'Agriculture, assurant réagir « par souci nutritionnel et social ».

« Il défend les agriculteurs », souffle un conseiller de l'exécutif. Emmanuel Macron saisira-t-il l'occasion de son déplacement en Côte-d'Or ce mardi dans une exploitation agricole (avec Denormandie à son côté) pour trancher le débat ? « Aucun commentaire », ne s'échappait lundi de l'Elysée.

Cette vive opposition au maire de Lyon est aussi liée à « la présomption de décisions guidées par l'idéologie », décrypte un ministre. « Ils ont une vision militante de l'action publique », dénonce également un député LREM. « Quand on avait fait un repas unique, pour des raisons de commodité, personne ne me soupçonnait de vouloir instaurer à l'école davantage de menus végétariens et de réduire progressivement la part de la viande. Or là, on a l'impression que l'on veut guider tout le monde dans une direction. C'est là que se fait l'ambiguïté », juge Gérard Collomb, qui s'est affiché… aux côtés des manifestants à Lyon ce lundi.

Une écologie «anti-sociale»

Au-delà de la polémique, c'est bien une bataille politique qui se joue ici. « J'ai toujours été pour que les élèves puissent avoir le choix et si la mairie s'engage à un retour rapide à la normale, dont acte. Mais il y a quand même un sujet avec cette écologie-là qui, à la fin, devient anti-sociale. Le risque, c'est d'arriver à un modèle où toute une partie de la consommation est réservée à une élite », estime ainsi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Julien Denormandie, plus cash : « L'écologie politique, aujourd'hui, a perdu sa dimension sociale. On est à un moment où deux écologies s'affrontent : une écologie de l'entre-soi et une écologie de gouvernement qui accompagne tout le monde. »

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Bordeaux ou Strasbourg, villes dirigées par de nouveaux maires écologistes, n'ont pas fait le choix d'une telle mesure. Mais on ne s'y prive pas de renvoyer la balle à l'exécutif, soupçonné de vouloir décrédibiliser EELV en vue de 2022. « Il est clair qu'Emmanuel Macron craint la poussée des Verts. Lui, son gouvernement et sa majorité font feu de tout bois pour caricaturer les politiques publiques menées par les écologistes. Ils y vont au bazooka », tacle ainsi un élu EELV de Bordeaux.

En écho, un ministre met d'ailleurs en garde contre le risque de se placer dans ce face-à-face : « Il faut se montrer offensif, mais pas se mettre uniquement dans un duel avec les écolos, parce qu'à la fin, on finit toujours par apparaître moins disant sur tout. » En jeu, l'un des thèmes majeurs de la future présidentielle, mais aussi la cohésion du gouvernement.