Menu sans viande à la cantine : le ton monte entre le gouvernement et le maire de Lyon

Quatre ministres ont dénoncé le menu unique, sans viande, servi pour respecter le protocole anti-Covid dans les cantines de Lyon. L’écologiste Grégory Doucet leur a rappelé que son prédécesseur Gérard Collomb avait pris la même mesure.

 En instaurant le menu unique, Grégory Doucet cherche à accélérer le service dans les cantines. Gérald Darmanin y voit, lui, une « politique moraliste et élitiste ».
En instaurant le menu unique, Grégory Doucet cherche à accélérer le service dans les cantines. Gérald Darmanin y voit, lui, une « politique moraliste et élitiste ». Abaca/Elodie Grégoire

La moutarde monte au nez du gouvernement contre Grégory Doucet. Ce week-end, pas moins de quatre ministres sont ainsi montés au créneau contre le maire écologiste de Lyon (Rhône). Motif : le menu unique, sans viande, que souhaite mettre temporairement en place la mairie dans toutes les cantines de la ville pour permettre une meilleure organisation en ces temps de Covid.

C'est « un choix antisocial et doctrinaire », a fustigé Olivier Dussopt, ministre délégué aux Comptes publics. « Je suis toujours pour qu'on laisse le choix aux élèves. Il ne faut pas que ce soit une décision idéologique », déclarait, de son côté, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a dénoncé, lui, une « idéologie scandaleuse » et « une politique « moraliste et élitiste » qui exclut les classes populaires, « en plus de l'insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français. » Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, a exhorté les écolos à ne pas mettre « de l'idéologie dans l'assiette de nos enfants » avant de saisir le préfet…

La jurisprudence Collomb

Ces attaques ont déclenché une riposte pimentée du maire de Lyon. « Continuez à être dans la posture M. Darmanin, vous ne faites que masquer votre absence de fond », a tweeté Grégory Doucet. Pour l'équipe municipale, l'explication se veut, au contraire, en ligne avec les contraintes sanitaires.

« Le nouveau protocole impose une distanciation de deux mètres dans la restauration scolaire contre un mètre auparavant. Alors, pour accélérer le service et faire manger tous les inscrits pendant la pause déjeuner, nous avons fait le choix d'un menu unique », justifie-t-on. « Si l'on tient compte des intolérances, des allergies, des enfants qui ne mangent pas de porc, les menus sans viande sont les moins contraignants, précise une adjointe à la mairie. Ils permettent aussi d'éviter le recours massif au pique-nique. Dans un contexte d'augmentation de la précarité alimentaire, ce dispositif évite de réduire le nombre d'enfants accueillis. » Et Grégory Doucet de faire mine de s'étonner : « On ne vous a pas entendu tenir ces propos à Gérard Collomb, membre de votre famille politique qui avait pris exactement la même mesure lors de la première vague. »

Passes d'armes à répétition

Au printemps dernier et jusqu'en août, Gérard Collomb, encore maire de la capitale des Gaules, avait en effet pris une décision similaire. « Il y aura un repas sans viande, donc légume/poisson qui sera servi pour répondre, au mieux, au protocole sanitaire drastique imposé dans les écoles », expliquait-il en mai dernier. Mais l'histoire ne repasse pas deux fois les plats, estime-t-on au gouvernement. « En mai, les conditions étaient inédites et exceptionnelles, souligne-t-on dans l'entourage de Julien Denormandie. Depuis, les mairies ont eu le temps de s'adapter. Un plat unique, pourquoi pas ? Mais retirer la viande est contraire aux règles nutritionnelles à l'égard des enfants. Et ce, d'autant plus que le déjeuner à la cantine est souvent le seul repas équilibré de la journée dans les familles modestes. »

Ce n'est pas la première fois que l'exécutif est à couteaux tirés avec les nouveaux édiles écologistes. Cet été, après la diffusion sur les réseaux sociaux d'images de dealers armés dans un quartier de Grenoble, Gérald Darmanin avait ordonné une opération de police. Eric Piolle, le maire, avait déploré une opération de com, tandis que le ministre avait critiqué ses « discours angéliques. »

Macron défend la 5G contre «le modèle amish»

Autre passe d'armes, sur la 5G, cette fois-ci, que de nombreux élus Verts rejettent. Emmanuel Macron avait alors ironisé sur ceux qui préféreraient « le modèle amish » et le « retour à la lampe à huile. » Quant aux réticences du maire EELV de Bordeaux de perpétuer le sapin de Noël sur une place de la cité ou les flèches du maire de Lyon contre un Tour de France « machiste et polluant », elles avaient attiré le jugement sans appel de Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la citoyenneté. « Ces gens n'aiment pas la fête ni la joie des autres. On n'a pas à imposer sa tristesse. » Ambiance.