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Macron : «Je ne suis jamais en retard… puisque rien ne doit commencer sans moi»

Emmanuel Macron n’est presque jamais à l’heure à ses rendez-vous ou lors de ses déplacements. Conséquence de sa volonté de toujours essayer de convaincre ses interlocuteurs quitte à ce que les conversations s’éternisent.

 Le chef de l’Etat Emmanuel Macron, ici en déplacement dans la vallée de la Roya après les intempéries, passe du temps à échanger et les retards s’accumulent…
Le chef de l’Etat Emmanuel Macron, ici en déplacement dans la vallée de la Roya après les intempéries, passe du temps à échanger et les retards s’accumulent… AFP

Rassemblés jeudi après-midi aux abords de la gare de Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes), où affluent les dons pour les victimes des intempéries dans le Sud-Est, les bénévoles patientent avant l'arrivée d'Emmanuel Macron. Le président, retenu à quelques encablures au chevet des sinistrés de Tende, se fait attendre. Déjà 35 minutes. « Mais on a connu pire! » commente après coup un conseiller. Même si, l'air de rien, le chef de l'Etat enchaînera tellement de retards sur le programme officiel qu'il finira, ce jour-là, par supprimer la dernière étape prévue à la préfecture de Nice…

Dans son entourage, cela ne surprend plus personne. Lui, ce président autoproclamé ès-maître des horloges qui ne respecte jamais les horaires fixés par ses équipes. A courir en permanence après le temps, que ce soit en déplacement, lors de réunions de travail à l'Elysée, ou pour des conférences de presse. Dans des proportions parfois déraisonnables.

«C'est un bavard, une vraie pipelette»

Comme ce jour de novembre 2019 à Amiens (Somme), où des étudiants poireautent deux heures durant dans un amphi alors qu'il doit échanger avec eux, pendant qu'il multiplie à l'extérieur une interminable série de poignées de mains et de selfies avec les jeunes. Plus récemment, début septembre, en déplacement à Clermont-Ferrand pour parler de l'égalité des chances, Macron enchaîne les rencontres dans un lycée puis un centre de formation avant de prononcer un discours qu'il achèvera… avec plus d'une heure et quart de débord sur le déroulé initial. « Et je ne vous parle pas du conseil des ministres qui ne commence jamais à l'heure! », soupire un membre du gouvernement.

La réputation n'est pas nouvelle. Elle remonte avant l'Elysée. « C'est un bavard, une vraie pipelette. Il veut tellement convaincre chacun de ses interlocuteurs qu'il ne compte pas son temps. Du coup, ça rallonge systématiquement tous ses rendez-vous », raconte un proche. Lui le sait et s'en amuse en privé : « Je ne suis jamais en retard… puisque rien ne doit commencer sans moi », sourit régulièrement celui qui a aussi pour habitude de s'excuser, selon une autre formule maintes fois employée devant ses pairs : « Veuillez m'excuser pour ce retard qui n'est imputable qu'à moi-même ». Et un collaborateur de résumer l'affaire : « Il ne regarde jamais sa montre. Partant de là… ».

La gestion du temps macronien

« Mais encore heureux qu'il fonctionne ainsi !, s'époumone un stratège de la macronie. Un président qui est prisonnier de son agenda, c'est quelqu'un qui ne fait plus de politique. Or, en politique, il faut savoir être mobile, s'adapter aux imprévues, prendre le temps pour les urgences. Alors forcément, ça déborde ».

Pour ses équipes, la gestion du temps macronien est un casse-tête, voire un enfer, qu'on essaie néanmoins de dompter. « Le temps matériel n'a aucune importance pour lui. En déplacement, le temps qu'il consacre à parler avec les Français est plus important que le déroulé officiel. Une fois qu'on a compris cela, on n'en fait plus un problème », confie une de ceux qui le connaissent le mieux, l'ex-porte-parole Sibeth Ndiaye, autrefois responsable de la presse au Palais. « Considérez bien que les Français ne voient pas tous les quatre matins un président de la République. S'ils ont envie de m'interpeller quand je suis dehors, je dois leur accorder ce temps, c'est mon devoir », glisse un jour Macron devant son staff.

Alors au fil des années, l'Elysée s'est adapté à ces considérations pour limiter, tant que faire ce peu, les inévitables retards du patron. Avec des petites astuces. « Quand il fait une sortie publique, il y a par exemple ce qu'on appelle en interne des minutes cachées. C'est-à-dire qu'on gonfle artificiellement la durée d'un trajet entre un point A et un point B. Comme cela, c'est du temps qu'on peut récupérer pour la suite », raconte un conseiller. Le président n'est pas dupe. Comme ce jour où il découvre une sortie en banlieue proche de la capitale : « Vous m'avez prévu 45 minutes pour traverser Paris alors qu'on est en convoi présidentiel. Ça ne fait pas un peu beaucoup là ? ».

Toujours prévoir large

Il y a aussi les « temps réservés » sur son agenda. Des séquences de dix à quinze minutes, insérées à plusieurs moments de la journée, qui lui permettent en théorie de s'isoler pour consulter des messages et passer des appels au besoin. « Mais si on est vraiment en retard, on fait sauter ces moments pour récupérer du temps », précise-t-on.

Quant aux déplacements en province, préparés en amont avec les autorités préfectorales, les équipes de Macron ont aussi un stratagème : « En général, les préfectures nous proposent un programme avec une indication de temps entre les étapes envisagées. Mais ils ne savent pas qu'avec lui, il faut toujours prévoir large… alors on rallonge systématiquement ». Car au bout du bout, c'est toujours le maître des horloges qui a le dernier mot.