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Après l’attentat de Conflans, comment Emmanuel Macron organise la riposte

«La peur va changer de camp», a déclaré le président lors du Conseil de Défense qui s’est tenu ce dimanche soir, deux jours après la décapitation du professeur d’histoire. L’exécutif travaille à de nouvelles mesures contre le séparatisme islamiste.

 Vendredi, à Conflans, Emmanuel Macron avait promis des actes «rapides». Un conseil de défense était réuni ce dimanche pour examiner les mesures concoctées dans l’urgence.
Vendredi, à Conflans, Emmanuel Macron avait promis des actes «rapides». Un conseil de défense était réuni ce dimanche pour examiner les mesures concoctées dans l’urgence. REUTERS/Abdulmonam Eassa

Le rendez-vous était attendu comme un moment clé de la riposte de l'exécutif. Dimanche à 18 heures, Emmanuel Macron a réuni le Conseil de défense à l'Elysée pour examiner les mesures concoctées par les ministres dans l'urgence après l'attentat islamiste de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) vendredi. La consigne? « La peur va changer de camp », a martelé le président au cours de cette réunion de près de trois heures, ajoutant, martial : « Les islamistes ne dormiront pas tranquilles en France. » S'il a réfuté agir « dans l'émotion », de nouvelles mesures pourraient néanmoins être ajoutées dans le projet de loi séparatisme présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. « Un événement tragique s'est produit, qui soulève des questions, et c'est notre responsabilité de faire un retour d'expérience », justifie-t-on à l'Elysée.

Protéger les profs

Alors que les enseignants, en première ligne dans cette tragédie, sont saisis d'effroi, le Conseil de défense s'est ouvert sur cette question : comment mieux protéger la communauté éducative? « Au-delà de la question de leur sécurité physique, il y a une réflexion sur la façon de protéger plus spécifiquement les enseignants et notamment de préserver leur anonymat sur les réseaux sociaux », explique-t-on à l'Elysée, qui entend renforcer la sécurité des établissements scolaires à la rentrée. « On a quinze jours de vacances pour voir quelles sont les mesures adaptées », ajoute-t-on. Un télégramme des ministres de l'Intérieur et de l'Education nationale a été envoyé aux préfets pour les « sensibiliser à la question de la rentrée scolaire ». Des réunions doivent se tenir dans les prochains jours.

Réguler les réseaux sociaux

Ils constituent un sombre filigrane, du jour où Samuel Paty a donné son cours sur la liberté d'expression au collège du Bois-d'Aulne, à celui, glaçant, de son assassinat. Objectif de l'exécutif : améliorer la détection « des signaux faibles », mais aussi parvenir à empêcher la diffusion et la propagation des discours radicaux sur les réseaux sociaux.

Selon l'Elysée, les auteurs de 80 messages de soutien à l'attentat seront contrôlés dès lundi. La députée LREM, Laetitia Avia, dont la loi contre la haine en ligne a été censurée en juin, travaille d'ailleurs à une nouvelle mouture, transmise au gouvernement avant le Conseil de défense. « Une réflexion » est en cours sur ce point, confirme-t-on à l'Elysée.

Selon nos informations, le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, qui a reçu ce dimanche matin en tête à tête son homologue de l'Intérieur Gérald Darmanin à la Chancellerie pour un rendez-vous de travail, tâche, lui, de trouver les leviers qui permettraient de lever l'anonymat sur les réseaux sociaux en cas de menace. Considérant que le ministre de la Justice est aussi celui « des libertés », il planche dans le même temps sur des mesures permettant de préserver la liberté d'expression lorsque celle-ci est entravée.

Remettre la République dans les quartiers

Autre contrepoint au volet répressif, il s'agit aussi de déterminer « comment mieux incarner la République dans les lieux marqués par le repli communautaire et le séparatisme », fait-on valoir à l'Elysée, où l'on ajoute : « Il faut que l'on ait une offre républicaine minimale garantie, notamment l'accès à la culture, à l'éducation, dans les territoires, et un contre-discours s'opposant à l'offre de propagande qui vient se déverser sur les réseaux sociaux. »

VIDÉO. Emmanuel Macron à Conflans-Sainte-Honorine : «Un attentat islamiste caractérisé»

Des « actions concrètes » contre les milieux radicaux

Vendredi soir, à Conflans, Emmanuel Macron avait promis des actes « rapides ». L'accent devrait être mis, dans les tout prochains jours, sur les opérations de contrôle et des « actions concrètes » (selon les termes de l'Elysée) visant des structures, des lieux clandestins ou des individus gravitant autour de la mouvance radicale. Au cours d'une réunion, qui s'est tenue dimanche en début d'après-midi, Gérald Darmanin a appelé les préfets à la mobilisation générale, à travers des actions policières et judiciaires immédiats.

Comme l'a révélé Europe 1, le ministre de l'Intérieur a notamment demandé aux préfets d'expulser 231 étrangers figurant dans le FSPRT, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. A l'Elysée, dimanche soir, on évoquait des « étrangers en situation irrégulière pour lesquels des procédures d'éloignement sont engagées ». Gérald Darmanin voulait, par ailleurs, et au risque de faire fortement tousser une partie de la majorité, soumettre au Conseil de défense un tour de vis sur la délivrance du statut de réfugié. De quoi donner le ton. Dimanche soir, l'Elysée assurait qu'« il n'y (avait) pas eu de débat sur le droit d'asile » : « Ce n'était pas du tout à l'ordre du jour. »