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Confinement : le gouvernement en quête d’adhésion auprès de la majorité

Lors du petit-déjeuner de la majorité et de la réunion du groupe LREM ce mardi matin, Jean Castex a été confronté à la grande inquiétude de ses troupes. Messages brouillons du gouvernement et fronde de certains maires étaient au cœur des discussions.

 Lors du petit-déjeuner avec la majorité, le Premier Ministre a donné la consigne : «On doit tous monter au front pour faire passer le message» sur la situation sanitaire.
Lors du petit-déjeuner avec la majorité, le Premier Ministre a donné la consigne : «On doit tous monter au front pour faire passer le message» sur la situation sanitaire. REUTERS/Charles Platiau

« On a un problème. » Emmanuel Macron et Jean Castex en ont convenu dès dimanche, lors d'un entretien téléphonique qui visait à préparer l'intervention du Premier ministre sur TF1. Certes une large majorité des Français adhèrent à ce nouveau tour de vis, voire souhaiteraient (pour une moindre proportion) qu'il se resserre encore. Il reste que l'exécutif se trouve bien en peine de remettre au goût du jour le refrain du printemps, « Restez chez vous », tandis que les écoles restent ouvertes et le travail (télétravail, quand c'est possible) encouragé. C'est toute la différence avec le premier confinement, plus binaire. « Là, le message n'est pas aussi clair », avance (prudemment) un député LREM, conscient que la confusion se nourrit des polémiques et volte-face.

En témoignent les débats, toujours vifs ce mardi à l'Assemblée, sur l'ouverture des petits commerces. Débats qui ont cours jusque dans les rangs de la majorité. Bien qu'ultra-minoritaires (il en reste 55, selon le gouvernement), les maires ayant pris des arrêtés en ce sens provoquent « une exaspération au plus haut niveau » selon un conseiller ministériel.

Reconfinement : «Nous ne reviendrons pas sur les mesures annoncées», prévient Jean Castex

« Ça n'est pas possible ! » s'est insurgé le Premier ministre à l'Assemblée. Car, tonne le président du groupe MoDem, Patrick Mignola, « ce sont des maires de grandes villes, qui président des conseils de surveillances d'hôpitaux, et qui néanmoins essaient de nourrir la fronde et de provoquer des jacqueries ». L'exécutif réfléchit d'ailleurs « aux modalités selon lesquelles cela relèverait de la mise en danger de la vie d'autrui »... Façon de « faire des exemples », lâche un cadre de la majorité.

En retour, l'opposition étrille « l'impréparation », « les tergiversations » du gouvernement. L'imbroglio sur l'instauration d'un couvre-feu à Paris et en Ile-de-France n'était pas pour apaiser ces critiques. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, en a fait l'annonce ce mardi matin sur BFMTV. Las, il s'agissait d'« une maladresse », dit-on en haut lieu, aussitôt démentie par Matignon.

Remettre la focale sur la gravité de la situation sanitaire

Tout part d'une note du préfet de police de Paris, évoquée lundi lors d'une réunion des ministres à Matignon et préconisant la fermeture de certains commerces, et l'interdiction de la vente d'alcool, à partir d'une certaine heure. « Il aurait dû employer le conditionnel. Des concertations sont en cours », évacue un conseiller ministériel. L'opposition raille un rétropédalage et l'amateurisme du gouvernement. De quoi l'éloigner de son objectif du jour…

« L'acceptabilité des mesures dépend de l'appréhension de la crise sanitaire », a ainsi estimé Jean Castex, lors de la réunion du groupe LREM (en visioconférence) ce mardi matin. Pour l'exécutif, c'était donc bien « l'enjeu », dixit un Macroniste, de ce début de semaine : remettre la focale sur la gravité de la situation sanitaire. « Si c'est pour que le confinement soit détourné et qu'il n'ait pas d'impact, cela n'a pas d'intérêt. Là, l'idée, c'est que les gens restent chez eux », résume un fidèle du président.

Lors du petit-déjeuner de la majorité (en visioconférence aussi), le Premier ministre a passé la consigne. « On doit tous monter au front pour faire passer le message, tous. Les membres du gouvernement, les cadres de la majorité, l'ensemble des parlementaires. Les Français doivent entendre le message, et surtout y adhérer », a-t-il martelé. Son entourage appuie : « On parle des commerces qui meurent et non plus des gens qui meurent dans les hôpitaux. » Face à la montée de la deuxième vague, l'objectif du gouvernement est bien de provoquer ce sombre électrochoc.