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LR : Gérard Larcher, l’incontournable

Avec sa réélection au « plateau » attendue ce jeudi, le président du Sénat va plus que jamais vouloir continuer de peser face à Emmanuel Macron. Et dans le destin de sa famille politique fragilisée.

 Gérard Larcher, candidat ce jeudi à un 4e mandat à la présidence du Sénat, se fait fort de défendre les « territoires » contre l’Etat jacobin et centralisateur.
Gérard Larcher, candidat ce jeudi à un 4e mandat à la présidence du Sénat, se fait fort de défendre les « territoires » contre l’Etat jacobin et centralisateur. LP/Olivier Arandel

Gérard Larcher a un principe qu'il répète à l'envi : « Ne jamais dire non par dogmatisme, ne jamais dire oui par principe. » Bref, être incontournable dans toutes les discussions. Et ce jeudi, alors qu'il s'apprête à être réélu haut la main pour la quatrième fois à la présidence du Sénat, le madré septuagénaire n'entend pas changer de ligne. Depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron et de son nouveau monde, l'ancien maire de Rambouillet (Yvelines) s'est fait fort de défendre les « territoires », qu'il adore sillonner, et porter le fer contre l'Etat jacobin et centralisateur.

Parmi ses fiertés, avoir torpillé le projet de révision constitutionnelle d'Emmanuel Macron, qui envisageait notamment la réduction du nombre de parlementaires. « Pour préserver l'ancrage territorial des parlementaires, nous avons exigé le principe de l'élection d'au moins un député et un sénateur par département, par collectivité territoriale à statut particulier ou par collectivité d'outre-mer », rappelle Gérard Larcher dans le programme-bilan qu'il a envoyé à chaque sénateur.

Dans ce document, il brandit une avalanche de chiffres censés démontrer que l'ancien vétérinaire a soigné comme personne le bicamérisme : depuis 2017, 76 % des textes ont, par exemple, été adoptés sans avoir recours au dernier mot de l'Assemblée nationale, contre 72 % avant.

« Un opposant farouche et redoutable »

Quand, en mars 2019, Emmanuel Macron dit vouloir créer une « agence européenne de protection des démocraties », le troisième personnage de l'Etat s'étrangle en privé : « Cette agence de protection de la démocratie, elle existe, ça s'appelle le Parlement! » Alors qu'avec l'inversion du calendrier électoral, l'Assemblée nationale devient à ses yeux une simple caisse d'enregistrement des désirs élyséens, Gérard Larcher entend bien redonner au Sénat toute sa place de contre-pouvoir. Travaux pratiques lorsque éclate l'affaire Benalla et que la commission d'enquête parlementaire donne du fil à retordre aux macronistes.

« Les auditions ont réuni jusqu'à 700 000 téléspectateurs », se réjouit Gérard Larcher dans son document programmatique, trop heureux de la nouvelle lumière projetée sur une institution souvent perçue comme poussiéreuse. « Larcher a toujours été un opposant farouche et redoutable. Cela a été bien trop sous-estimé au début du quinquennat, pensant que nous pourrions travailler avec lui. C'était une erreur. Le président de la République en est revenu », observe une cadre LREM.

Relégitimé au moment même où sa famille politique est en manque d'incarnation, Gérard Larcher « a conscience de ses responsabilités » au sein de la droite, glisse son entourage pour qui « de facto, sa réélection lui donne une légitimité ». « Nous sommes 153 sénateurs LR, ils ne sont que 104 députés LR. Il va donc falloir tenir compte de l'avis des sénateurs dans la stratégie pour la présidentielle », se réjouit un élu LR. Or, Gérard Larcher est l'un des plus chauds partisans de la primaire, dont les détracteurs sont nombreux au parti, à commencer par son président Christian Jacob.

L'entourage du président du Sénat confirme qu'il entend bien s'investir au sein du groupe de travail censé phosphorer sur la très touchy méthode de départage d'un candidat. Mais alors que Christian Jacob entend repousser les débuts des travaux de celle-ci au printemps, le puissant sénateur des Yvelines pense qu'il est impératif de commencer d'ici à la fin de l'année 2020. « Il a à cœur de faire tenir tout le monde sur le même bateau », observe un cadre LR.

Lorsque la droite était menacée d'explosion après l'échec des élections européennes de 2019, c'est déjà lui qui avait réuni tous les cadres dans un Novotel parisien, avant de se lancer dans un tour de France des fédérations. « Il a réussi à mettre Christian Estrosi et Eric Ciotti autour de la table dans le Sud et Xavier Bertrand dans le Nord », rappelle l'un de ses proches. Un an après, l'obsession est la même : tenir la famille pour éviter qu'elle n'explose. « Il faut que l'on tienne l'espace à droite, confiait Gérard Larcher il y a plusieurs mois. Sinon, la seule alternative sera Marine Le Pen. Car on peut être nul et gagner, on connaît quelques exemples célèbres… »