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Loi séparatisme : Aurore Bergé défie Macron sur le port du voile

La député LREM a déposé un amendement dans le projet de loi séparatisme pour interdire le port du voile pour les fillettes. Même si l’exécutif, qui redoute que cela pollue les débats, y est clairement opposé.

 Aurore Bergé estime qu’il «ne doit pas y avoir de tabou» pour «interdire le port de tout habit qui signifierait pour les mineurs l’infériorisation de la femme».
Aurore Bergé estime qu’il «ne doit pas y avoir de tabou» pour «interdire le port de tout habit qui signifierait pour les mineurs l’infériorisation de la femme».  LP/Philippe Lavieille

Voilà une nouvelle qui ne va pas faire plaisir à Emmanuel Macron. Alors que l'examen du projet de loi sur les séparatismes — officiellement baptisé « confortant le respect des principes de la République » — doit être examiné à partir de lundi en commission de l'Assemblée nationale, deux députés de la République en marche ont déposé hier soir des amendements qui pourraient enflammer les débats.

Défendus par Aurore Bergé (Yvelines) et Jean-Baptiste Moreau (Creuse), ils visent, selon nos informations, à « interdire le port de tout signe religieux ostensible par les mineurs dans l'espace public », et « interdire le port de tout habit ou vêtement qui signifierait pour les mineurs l'infériorisation de la femme sur l'homme ». Spécifiquement dans la ligne de mire des deux parlementaires, l'interdiction du port du voile pour les petites filles, pour laquelle Bergé estime qu'il « ne doit pas y avoir de tabou ».

Sauf que cela fait des semaines que le chef de l'Etat fait savoir qu'il ne veut pas entendre parler de cette disposition, au titre qu'elle « n'a rien à voir » dans le projet de loi. Il l'a d'ailleurs redit mercredi en séminaire gouvernemental : « Le danger, c'est de détourner le débat sur cette question qui n'a pas lieu d'être aujourd'hui », a-t-il alerté, espérant encore à ce moment-là qu'un amendement sur ce point sensible ne serait pas déposé.

« Sur le fond, ça n'a pas de rapport. Et cela peut amener une stigmatisation des musulmans, alors que l'on a répété à de multiples reprises que ce n'était pas un texte contre la religion musulmane », s'agace un pilier de l'exécutif.

«On va hystériser tout le monde»

L'inquiétude est si grande qu'elle a été réitérée le soir même à Matignon, lors d'une réunion hors agenda autour de Jean Castex avec plusieurs ministres dont Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti, mais aussi le président du groupe LREM Christophe Castaner. « Le voile n'est qu'un élément de pollution médiatique et politique du texte. Il ne faudrait pas que le projet de loi sur les séparatismes devienne un projet de loi sur le voile dans l'opinion, a ainsi exprimé l'un d'eux. On va hystériser tout le monde. Puis la droite et l'extrême droite vont s'engouffrer dedans ».

Face au risque potentiel de division au sein de la majorité, le Premier ministre a donc fait passer le message de « rester soudés et faire bloc pour éviter que la polémique s'emballe ». Sauf qu' Aurore Bergé, qui faisait planer la menace d'un amendement depuis un mois, semble bien déterminée à battre le fer dans l'hémicycle, y compris face au gouvernement. Même si son initiative a de fortes chances d'être retoquée.

«Mettre fin à une atteinte claire aux droits élémentaires des enfants»

« C'est insupportable de voir une fille de 5 ans porter un voile, et ce projet de loi nous permet de légiférer. Alors pourquoi n'irions-nous pas au bout de nos convictions ? C'est notre rôle de législateur de protéger les plus vulnérables, appuie la députée des Yvelines. Nous devrions tous être d'accord pour mettre fin à une pratique insupportable qui est une atteinte claire aux droits élémentaires des enfants. Nous en avons l'occasion dans ce texte. » Une prise de position qui, forcément, en agace plus d'un en interne.

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« Elle s'offre un coup de projecteur médiatique pour parler à l'électorat de sa circonscription qui est très à droite, et pour faire payer aussi à Macron le fait qu'il ne l'a pas prise dans le gouvernement lors du précédent remaniement », critique un conseiller. Le chef de l'Etat risque par ailleurs d'avoir d'autres sueurs froides. Outre les sujets sur lesquels l'opposition voudra ferrailler dans ce texte, d'autres députés LREM, issus de l'aile gauche, ont en effet déposé hier des amendements qui pourraient animer les débats dans les prochains jours. Notamment sur la liberté de pouvoir proposer des menus de substitution dans les cantines.