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Loi Sécurité, violences policières… la semaine qui a fait trébucher Gérald Darmanin

Au cœur de plusieurs polémiques, le ministre de l’Intérieur, qui a soutenu pleinement la proposition de loi Sécurité globale et son très contesté article 24, traverse une période de turbulences.

 Gérald Darmanin à l’Assemblée mardi lors du vote de la controversée proposition de loi sur la Sécurité globale.
Gérald Darmanin à l’Assemblée mardi lors du vote de la controversée proposition de loi sur la Sécurité globale. LP/Olivier Arandel

Pour Gérald Darmanin, les semaines se suivent et ne se ressemblent pas. Celle qui s'achève aura été un calvaire. Lundi 23 novembre, il reçoit dans la salle des fêtes du ministère de l'Intérieur une délégation de journalistes et le père de Cédric Chouviat, décédé après son interpellation en janvier. A l'origine, cette réunion est censée apaiser les esprits. Mais elle vire à l'orage. « Monsieur le ministre, quelles sont vos intentions sur l'article 24? », le pressent les participants.

Le « premier flic de France » refuse de changer de position sur les images filmées. Il rappelle que de nombreux policiers font l'objet de menaces. Un journaliste lui tend alors son téléphone. Il lui montre les images d'une interview de Marlène Schiappa, le matin même, à la télévision. Gérald Darmanin écoute et tique : « Si la conclusion du texte par ma ministre déléguée, c'est qu'un journaliste qui filmerait un policier, qu'il fasse une faute ou non, doit flouter les visages, sinon il sera condamné, ma réponse est non ». Au bout de cinquante minutes, une partie de la délégation, exaspérée, claque la porte. Il est 19 heures. Le ministre regarde la scène, pantois. « Si vous voulez une capitulation en rase campagne et que je mette les forces de l'ordre en pâture, on ne sera pas d'accord », souffle-t-il, au milieu du brouhaha.

L'aile gauche de la macronie en colère

Après une rentrée marquée par le tournant sécuritaire d' Emmanuel Macron aux Mureaux, où Gérald Darmanin aura poussé ses pions, le ministre se retrouve tout à coup en difficulté. Mais il est encore confiant. Place Beauvau, on assure que les sondages montrent une adhésion de l'opinion publique à la proposition de loi sur la « sécurité globale ». « Les Français sont exigeants envers leur ministre de l'Intérieur et ils ont raison, confiait Gérald Darmanin en privé il y a quelques jours. Ils sont parfois critiques et ils ont raison. En même temps, ils soutiennent les décisions politiques lorsque c'est difficile, car ils savent que les temps sont durs. »

Sauf que ce lundi, la soirée n'est pas terminée. Place de la République à Paris, l'expulsion d'un camp de migrants tourne à l'aigre. A 23h45, le ministre de l'Intérieur appelle, furieux, le préfet de police de Paris, Didier Lallement. « Il y a des vidéos qui circulent et qui montrent des comportements choquants de la part de policiers, lui lance-t-il. Je vous préviens, je vais réagir sur Twitter. Je vous demande un rapport pour demain matin. Après, je prendrai une décision… »

Le lendemain, à l'Assemblée nationale, a lieu le vote sur la proposition de loi et son fameux article 24. Le texte a été amendé à la demande de Jean Castex. Au micro, le ministre de l'Intérieur jure ses grands dieux que la liberté d'informer sera préservée. Il cherche à circonscrire l'incendie. Avec 388 voix, la loi passe sans encombre. Une victoire? Pas tout à fait. Gérald Darmanin cristallise la colère de l'aile gauche de la macronie, qui n'a jamais digéré sa nomination à l'Intérieur.

Un passage à tabac qui choque

Survient l'événement qui fait tout basculer. Les images du passage à tabac de Michel Z., samedi à Paris, dévoilées par le site Loopside r, remettent un euro dans la machine des violences policières. L'affaire fait scandale. Le ministre de l'Intérieur exige la suspension des policiers mis en cause. Jeudi à 11h30, Gérald Darmanin se rend à l'Elysée pour faire le point en urgence avec le président. Puis il s'entretient avec le directeur général de la police nationale. Il veut marquer un grand coup. Le soir, au journal télévisé de France 2, il annonce qu'il demandera la « révocation » des personnes incriminées, si les faits sont établis par l'enquête. « Ils ont sali l'image de la République », tonne-t-il.

Puis Gérald Darmanin file dîner chez le Premier ministre à Matignon. Les deux hommes ont beaucoup de choses à se dire. Ils viennent de lancer l'idée d'une commission d'experts pour revoir le texte de l'article 24. Cette piste a été officiellement annoncée par Castex. Mauvaise pioche. Les parlementaires de tous bords, y compris Marcheurs, hurlent au scandale, estimant que les droits du Parlement sont bafoués. Gérald Darmanin se retrouve au cœur d'une nouvelle polémique. Pour gérer ces dossiers, ô combien explosifs, le ministre de l'Intérieur vient d'annuler son déplacement prévu à Mayotte.