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Loi Sécurité globale : LREM remporte une bataille, mais «les fractures existent»

Les images de l’évacuation du camp de migrants à Paris lundi soir ont ravivé les tensions au sein de la majorité sur ce texte plombé par les polémiques… mais voté sans encombre à l’Assemblée après une vaste opération déminage de l’exécutif.

 Depuis plusieurs semaines, Gérald Darmanin pousse les feux sur ce texte qui provoque une levée de boucliers chez les défenseurs des libertés publiques.
Depuis plusieurs semaines, Gérald Darmanin pousse les feux sur ce texte qui provoque une levée de boucliers chez les défenseurs des libertés publiques. LP/Olivier Arandel

Photos et vidéos du violent démantèlement d'un camp de migrants, place de la République à Paris, déferlent sur les réseaux sociaux depuis lundi soir. Des images d'exilés et de journalistes molestés que le ministre de l'Intérieur qualifie lui-même de « choquantes ». Et qui le poussent à demander « un rapport circonstancié » au préfet de police de Paris, Didier Lallement. « Gérald Darmanin explique que, sur la base d'images qui circulent sur Twitter, il est possible de diligenter une enquête. Il reconnaît donc que les images peuvent être utiles », ironise le vice-président LREM de l'Assemblée, Hugues Renson. Comme ils sont nombreux à le souligner, à quelques heures du vote, mardi à 17 heures, sur la controversée proposition de loi Sécurité globale à l'Assemblée.

Le moment ne pouvait plus mal tomber pour le ministre. Certains Marcheurs vont d'ailleurs jusqu'à murmurer que cette concomitance n'est « pas anodine ». Voilà des jours que Darmanin pousse les feux – « sème le trouble par ses mots », égratigne un conseiller de l'exécutif – sur ce texte qui provoque une levée de boucliers chez les défenseurs des libertés publiques. Particulièrement contesté : l'article 24 visant à pénaliser la diffusion malveillante de l'image des policiers. De sévères réserves se sont exprimées jusque dans la majorité, et même au gouvernement par la voix du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti. Et voilà ces images qui indignent.

« C'est moche », lâche un ministre, au diapason de nombreux de ses collègues et députés LREM. Chacun s'attend alors à ce qu'elles influent le vote. La proposition de loi est finalement adoptée par 388 voix. Mais 30 députés LREM se sont abstenus, dix ont voté contre. Une fronde moins importante que redoutée, venant clore une journée qui a mis la majorité en ébullition.

Déminage de Castex et Darmanin

Lorsqu'ils se sont retrouvés (en visioconférence) ce mardi matin, ses cadres avaient bien conscience que la violente évacuation ne pouvait que raviver les critiques sur la dérive autoritaire de l'exécutif. « On est actuellement attaqués sur les atteintes aux libertés publiques. C'est une critique qui porte », relève, selon un participant, le chef de file des députés LREM, Christophe Castaner, lors de la réunion du groupe. « Si nous voulons être en capacité de défendre l'article 24 et la proposition de loi, nous avons le devoir de dire quand des images nous choquent », fait valoir le délégué général de LREM, Stanislas Guerini.

L'affaire est entendue lors du petit-déjeuner (virtuel) de la majorité : il est « important que le Premier ministre s'exprime sur ces questions-là ». Chose faite, lorsque Jean Castex annonce (avant le vote) qu'il saisira le Conseil constitutionnel sur l'article 24, laissant latitude aux parlementaires pour « clarifier ce qui mérite encore de l'être ». Gérald Darmanin démine à son tour, faisant savoir qu'il a « demandé à l'IGPN de remettre ses conclusions sous 48 heures ».

A l'Assemblée, le ministre « condamne fermement tous les policiers qui ne respectent pas la déontologie », et réitère « tout (son) soutien à l'immense majorité des forces de l'ordre ». Des images comme celles de lundi soir « pourront bien entendu encore être diffusées », martèle l'entourage du ministre, comme pour déminer une longue polémique.

Fractures et divergences

Il reste que cet épisode a agi comme un révélateur des fractures et divergences de vues au sein de la Macronie. Outre des débats entre députés, des ministres marquent leurs sensibilités. Marlène Schiappa (Citoyenneté) et Emmanuelle Wargon ont défendu dans un communiqué commun « une position humaniste » tout en restant « solidaires » de Darmanin — dixit un proche de la ministre du Logement. « Territoires de progrès », le mouvement de l'aile gauche de la macronie, créé par Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Olivier Dussopt (Budget), a réclamé que l'IGPN soit remplacé par une autorité indépendante. Quant au parti En commun, cofondé par la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, il a dit « regretter que la répression légitime des troubles l'emporte beaucoup trop souvent sur la défense des libertés publiques ».

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Un ministre le relève : cet épisode vaut « alerte utile à tout le monde » pour « les textes sensibles ». « On oublie que certains viennent du PS et de l'UMP. Les fractures existent », appuie un conseiller ministériel. Tous ont maintenant en tête le projet de loi séparatisme qui sera dévoilé le 9 décembre…