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Les ministres sur Twitter, un «impératif»… qui comporte des risques

Plusieurs membres du gouvernement sont très actifs sur le réseau social. Qu’ils en soient à l’initiative ou qu’ils laissent leurs équipes s’en charger, leurs messages peuvent parfois créer la polémique.

 Gérald Darmanin est particulièrement actif sur Twitter depuis sa nomination au ministère de l’Intérieur, le 6 juillet 2020.
Gérald Darmanin est particulièrement actif sur Twitter depuis sa nomination au ministère de l’Intérieur, le 6 juillet 2020. AFP/Ludovic Marin

Lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur, une expression revenait souvent dans la bouche des commentateurs et de ses opposants : « Un fait divers, une loi ». Pour son successeur place Beauvau, Gérald Darmanin, ce serait plutôt : « un fait divers, un tweet »! Depuis sa nomination, le 6 juillet, l'ancien ministre de l'Action et des comptes publics réagit sur Twitter à chaque fait divers ou événement qui concerne son nouveau champ de compétences. Ce dimanche encore, il a dénoncé sur les réseaux sociaux l'attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne par une quarantaine d'individus.

En trois mois, Gérald Darmanin est d'ailleurs passé de 114 000 à plus de 165 000 abonnés. Parmi ses collègues, seuls Jean Castex et Eric Dupond-Moretti ont fait « mieux » sur la même période. Le Premier ministre, jusque-là « simple » maire de Prades, est passé de quelques milliers à pas loin de 200 000 « followers ». Quant au garde des Sceaux, il partait de zéro puisqu'il a créé son compte Twitter… le jour de sa prise de fonctions!

« Indispensable » d'avoir un compte Twitter

Tout ministre se doit désormais d'être présent sur le réseau social à l'oiseau bleu. C'est même un « impératif » s'agissant d'un outil « qui a pour grande partie remplacé le communiqué de presse », estime le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. « C'est indispensable », renchérit Gaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande entre 2014 et 2017. Twitter est essentiellement utilisé et prisé des politiques, des journalistes et des décideurs. Mais il permet de faire passer de nombreux messages qui sont ensuite répercutés au grand public.

Les ministres sur Twitter, un «impératif»… qui comporte des risques

Aujourd'hui, la grande majorité des ministres confient (au moins en partie) la mission de tweeter à leurs équipes. Gaspard Gantzer recommande plutôt de le faire soi-même, tout en demandant conseil à son entourage. « Les réseaux sociaux sont des médias de la sincérité. […] On n'est pas obligé d'y passer des heures, mais on trouve toujours du temps dans les déplacements, le petit trajet en voiture, en avion, etc. », estime-t-il. « Je gère moi-même tous mes comptes sur les réseaux sociaux depuis toujours, y compris quand j'étais secrétaire d'Etat à la Jeunesse. Sinon cela se verrait et se sentirait. Même s'il m'arrive bien sûr de demander avis ou conseils à mon équipe avant d'appuyer sur le bouton », confie justement Gabriel Attal.

À peine plus d'un tweet par jour pour Dupond-Moretti

Si être présent sur Twitter est une obligation, l'activité des membres du gouvernement varie beaucoup. Comme Gérald Darmanin, Marlène Schiappa est aussi extrêmement active avec plusieurs posts chaque jour (sans compte les partages de messages publiés par d'autres internautes). Son entourage vante « une ministre très politique qui ne cache pas, et c'est l'une des rares, se servir des réseaux sociaux comme d'un espace de dialogue où répondre, écouter, relayer ». « Elle est très offensive, mais parfois un peu tonitruante. Ce qui, au fond, la rend sympathique », s'amuse un conseiller ministériel.

Au risque de trop en faire? Ces derniers jours, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté s'est vue reprocher d'avoir réagi trop vite à la prise pour cible, à Strasbourg, d'une jeune femme vêtue d'une jupe. « Ce qui s'est passé à #Strasbourg est inadmissible », écrit-elle le 22 septembre, à peine quelques heures après le premier article sur cette histoire, paru sur le site de France Bleu. Sauf qu'aucun témoignage ni la vidéosurveillance n'ont pu corroborer, pour le moment, cette agression.

« Il ne faut jamais oublier de tourner son pouce sept fois avant de tweeter. Même si l'on peut se permettre de faire des bêtises, car il faut y aller fort pour qu'une polémique née sur les réseaux sociaux reste dans l'opinion », pointe Gaspard Gantzer.

À l'inverse, certains se font extrêmement discrets, se contentant d'un ou deux tweets maximum par jour en moyenne. C'est le cas d'Eric Dupond-Moretti, qui a gazouillé à 112 reprises seulement en 95 jours.

Un mélange des genres ?

Il peut leur arriver de partager, de temps en temps, un contenu plus personnel… au risque de brouiller leur ligne éditoriale. « Monument du rock », a réagi ce mercredi le ministre délégué chargé des Transports (et fan de l'Olympique de Marseille), Jean-Baptiste Djebbari, pour rendre hommage au guitariste Eddie Van Halen, dont le titre « Jump » est devenu l'hymne non-officiel du club phocéen.

Bruno Le Maire alterne aussi les messages personnels, comme lorsqu'il félicite la haut-fonctionnaire Odile Renaud-Basso pour une nomination ce jeudi, avec les tweets plus institutionnels qu'il délègue souvent à ses équipes. « C'est quelqu'un de très libre. Quand il a tweeté un hommage à Patrick Devedjian, il ne m'a pas appelé pour savoir s'il en avait le droit », glisse un de ses proches qui s'occupe de sa communication.

Dans la galaxie des réseaux sociaux pour s'exprimer quand on est ministre, si Twitter est systématiquement utilisé, il n'est pas le seul choisi. Eric Dupond-Moretti semble d'ailleurs plus à l'aise sur Facebook. Le 28 septembre, puis le 3 octobre, le ministre de la Justice a publié sur Facebook une vidéo d'une petite dizaine de minutes sur un thème précis (en l'occurrence, la justice filmée et le budget, puis le séparatisme). « Je voudrais établir avec vous ce lien privilégié, direct, sans filtre pour que je puisse vous expliquer ce que l'on fait au ministère de la Justice », a-t-il indiqué lors de cette « première », promettant de renouveler l'expérience régulièrement.

Eric Dupond-Moretti en vidéo sur Facebook, le 28 septembre 2020. Capture d’écran
Eric Dupond-Moretti en vidéo sur Facebook, le 28 septembre 2020. Capture d’écran  

« J'échange avec les autres ministres surtout sur leur présence dans les médias classiques, d'autant qu'ils ont quasiment tous un conseiller en charge de la communication sur les réseaux sociaux. Certains m'ont quand même parlé de ma nouvelle séance de questions-réponses sur Instagram [une application de partage de photos, NDLR], sur lequel je me focalise beaucoup plus, car il permet de toucher d'autres catégories de population », raconte de son côté Gabriel Attal.

Bruno Le Maire s'est aussi fait remarquer pour certaines photos postées sur son compte Instagram, au profil toujours très soigné et… très commenté. Un membre de son entourage s'en amuse : « Il s'est beaucoup mis sur Instagram, car il aime la photo et il peut s'y faire plaisir. Mais je découvre ses clichés après coup ! »