Le trauma du 52-48

CHRONIQUE. C’est un sondage, sorti fin janvier, mais dont le monde politique parle encore. Le scénario d’un duel de second tour Macron-Le Pen à 52-48 en faveur du président… Un mouchoir de poche, dans la marge d’erreur, qui donne à réfléchir. Sueurs froides en Macronie.

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 David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien - Aujourd’hui en France.
David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien - Aujourd’hui en France. LP/Olivier Arandel et Arnaud Journois

Ils sont ministres. Parlementaires. Grands élus. Conseillers politiques à l'Elysée ou Matignon. Point commun entre tous ces macronistes : leur mine s'assombrit d'un coup lorsque l'on prononce les nombres « 52/48 »… C'est un sondage Harris Interactive de fin janvier sur l'élection présidentielle de 2022 dont les prédictions de second tour n'avaient pas été publiées. Mais lorsqu'elles ont fuité (dans le Parisien), le pouvoir les a prises en pleine figure. Car le sondeur donne Macron gagnant face à Marine Le Pen, mais avec une avance si courte qu'on est dans la marge d'erreur.

« 52-48, ça ne veut pas dire qu'on l'emporte de peu, explique l'un des premiers compagnons du chef de l'Etat, cela veut surtout dire qu'elle peut gagner… » Et voilà qui change tout. Emmanuel Macron a, ces dernières années, méthodiquement voulu installer un nouveau clivage : les progressistes (lui) contre les nationalistes (elle). Tout le reste (la bonne vieille gauche et la bonne vieille droite) était à ses yeux disqualifié d'office parce qu'appartenant à « l'ancien monde ».

Un raisonnement fondé sur une certitude : au second tour, le réflexe de barrage au Front national lui garantirait la victoire et donc la réélection. Cette certitude est ébranlée. Et les macronistes aussi… D'abord parce que le « Front » a disparu. Rebaptisé « Rassemblement national » par Marine Le Pen, ultime étape de son inlassable entreprise de normalisation. Ensuite, le « front républicain » s'étiole avec les années. 2002, Chirac : 82,2 %. Le Pen (père) : 17,8 %. 2017, Macron : 66,1 %. Le Pen (fille) : 33,9 %. La digue s'effrite. La prochaine fois, elle pourrait rompre.