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Le RN est déjà tourné vers les élections régionales

Le parti serre la vis en interne en prévision des élections régionales. Mais il devra se passer de ses deux candidates phares de 2015 Marine Le Pen et Marion Maréchal qui ne rempileront pas.

 Marine Le Pen et Jordan Bardella, directeur de campagne du Rassemblement national pour les prochaines régionales.
Marine Le Pen et Jordan Bardella, directeur de campagne du Rassemblement national pour les prochaines régionales. IP3 PRESS/Aurélien Morissard

Pas question de s'appesantir – encore moins de surfer – sur les résultats des élections municipales : pour le Rassemblement national ils ont été globalement très mauvais. Le parti de Marine Le Pen est d'ores et déjà tourné vers les régionales et les départementales, qui auront lieu en même temps en mars 2021. Le RN, qui compte sur cette échéance pour se redonner de l'élan à un an de la présidentielle, vient de nommer Jordan Bardella directeur de campagne pour les régionales.

Le très jeune vice-président du RN (24 ans) avait été révélé en étant désigné tête de liste des Européennes de 2019. « Les régionales vont arriver très vite, on veut investir les têtes de liste à partir d'octobre pour que les candidats puissent se préparer très tôt », détaille Bardella. Pas de suspense, la campagne menée sera « nationale » et son cap, fixé par Marine Le Pen lors de sa rentrée politique, les 5 et 6 septembre à Fréjus (Var).

« La question du rééquilibrage territorial va être centrale », poursuit Bardella. Celle du « localisme » - réappropriation identitaire et anti-immigration de la question écologique – également. « Immigration, ensauvagement de la société, et la situation économique et sociale », liste également Gilles Pennelle, chef de file du RN en Bretagne, qui coordonnera, lui, la campagne départementale. Et d'assurer que le parti lepéniste aurait des candidats « partout ».

Pour la région Sud, « un gros calibre » attendu

Pour les régionales, élection beaucoup plus nationale que locale, la question du casting va être centrale. En 2015, le RN (à l'époque encore Front national) avait réalisé ses deux meilleurs scores dans les Hauts de France (42,2 %) et en PACA (45,2 %) – où il récolte traditionnellement plus de voix, mais aussi parce que les têtes de liste s'y appelaient Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen. En situation de triangulaire, la gauche s'était désistée entre les deux tours dans les deux cas pour empêcher les Le Pen de s'emparer des régions.

Le RN peut-il être aussi dangereux sans tête d'affiche à aligner dans ces endroits clés? Marine Le Pen a fait savoir qu'elle ne serait pas candidate, elle se préserve pour la présidentielle, mais pourrait symboliquement figurer en fin de liste. Dans les Hauts-de-France, le nom du député du Nord Sébastien Chenu circule pour mener la bataille. Concernant la région Sud (ex-Paca), le sénateur RN Stéphane Ravier a fait savoir qu'il souhaitait en être; le nom de l'eurodéputé issu de LR Thierry Mariani, a aussi un temps été évoqué. Mais Marine Le Pen pourrait aussi réserver cette place stratégique à une personnalité venue de l'extérieur. « Un gros calibre, une très belle personnalité », laisse entrevoir un cadre du parti, sans en dire plus.

Pour préparer ces échéances, Marine Le Pen soigne aussi son casting en interne. La cheffe du parti a en effet modifié la composition de sa commission d'investiture et démis de leurs fonctions plusieurs cadres, comme l'a révélé Le Figaro. « Un pack », reconnaît un élu RN, dans lequel on retrouve notamment l'eurodéputé Nicolas Bay et quelques autres tenants d'une ligne identitaire. Ce qui a causé quelques remous en interne, certains critiquant la mise à l'écart d'élus méritants. Une manière de serrer la vis en vue de ce double scrutin – « dernier arrêt au stand avant l'arrivée de la course » disent les proches de Le Pen. L'arrivée de la course, comprendre la présidentielle, dont la patronne du RN sait qu'elle sera sûrement son dernier tour de piste national.