Le lieu de pèlerinage des macronistes

CHRONIQUE. Chaque président a ses légendes. Celle d’Emmanuel Macron a commencé en 2015 dans un bureau de l’Assemblée nationale, totalement inconnu du public…

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 David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien-Aujourd’hui en France.
David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien-Aujourd’hui en France. LP/Olivier Arandel et Arnaud Journois

C'est un endroit méconnu du grand public. Nous sommes au 95, rue de l'Université (Paris VIIe), une dépendance de l'Assemblée nationale. Au deuxième étage, le bureau du président de la commission des affaires économiques. C'est assez grand et il y a un coin salon chaleureux. L'actuel occupant est le député des Français de l'étranger Roland Lescure. Les murs qui l'entourent sont chargés d'histoire. Si le macronisme était une religion, on ne serait pas loin d'un lieu saint…

Car en 2015, c'était l'antre des conjurés de la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite loi Macron. Il y avait François Brottes, l'hôte de l'époque, Richard Ferrand, Stéphane Travert, Sibeth Ndiaye (qui travaillait au cabinet du ministre de l'Economie) et bien sûr Macron lui-même. Cette histoire se passe la nuit. A partir de deux heures du matin, le ministre, entouré de ces quelques proches, prépare la journée suivante en sirotant de la chartreuse verte V.E.P. (à vieillissement exceptionnellement prolongé, NDLR), cette liqueur, spécialité iséroise, la circonscription de Brottes…

Amendement par amendement, article après article, la bataille homérique face aux frondeurs déchaînés. Et l'espoir pour Emmanuel Macron de convaincre (c'est l'un de ses traits de caractère) et d'obtenir, grâce au compromis, que sa loi soit adoptée. Moment fondateur de son histoire politique, puisque François Hollande et Manuel Valls finissent, au dernier moment, par décider de ne pas prendre de risque et déclenchent le 49.3…

C'est là que Macron se met à raconter que les postures partisanes doivent être dépassées car « elles empêchent ». On connaît la suite. Aujourd'hui, lorsque les premiers apôtres passent voir Roland Lescure « au 95 », les madeleines de Proust ont goût de chartreuse verte, et ils se posent la question : le dépassement des clivages a fait la victoire de 2017, quel sera le bon message en 2022 ?