Le gag qui amuse les ministres

CHRONIQUE. La dernière blague à la mode entre les ministres fait référence à un passage du livre de Bruno Le Maire et au caractère insondable d’Emmanuel Macron… Derrière l’humour, une réalité, le président est parmi les plus secrets de la Ve République.

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 David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien - Aujourd’hui en France.
David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien - Aujourd’hui en France. LP/Olivier Arandel et Arnaud Journois

Dans son livre, L'ange et la bête (Ed. Gallimard), Bruno Le Maire relate ainsi l'un de ses échanges avec le président de la République : « Il se tut, me fixa de son regard bleu sur lequel glissaient des éclats métalliques, comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible, sous le scintillement des reflets, de percer la surface ». C'est beau. A tel point que ce passage est devenu, ces derniers jours, le « running gag » du gouvernement.

Les ministres (certains, tellement fans qu'ils le connaissent par cœur) se le ressortent, goguenards, en particulier lorsqu'ils s'interrogent les uns les autres sur les intentions d'Emmanuel Macron. Sans doute parce que Bruno Le Maire a mis des mots sur le caractère secret du chef de l'Etat. C'est son point commun avec François Mitterrand que l'on surnommait « le Sphinx » car il écoutait sans jamais laisser entrevoir ses intentions.

« Macron, c'est poker face », nous confie, plus trivialement, un autre membre du gouvernement. Impossible pour quiconque de savoir à l'avance ce que le chef de l'Etat va décider. Cela explique, entre autres, l'impression de cacophonie que le gouvernement a pu donner la semaine dernière. N'ayant pas la moindre idée de ce que « le patron » va décider, les ministres, bien obligés de se rendre dans les médias pour défendre l'action du gouvernement, se retrouvent dans une position inconfortable.

Au fond, il y a un point commun entre « reconfinement » et « remaniement ». Dans les deux cas, il n'y en a qu'un (et qu'un seul) qui, à la fin, décide (bienvenue sous la Ve République). Dans les deux cas, « ceux qui parlent ne savent pas, et ceux qui savent ne parlent pas ».