Le député Thierry Solère en garde à vue

Le député LREM des Hauts-de-Seine est soupçonné, entre autres, de fraude fiscale.

 Le député Thierry Solère a été placé en garde à vue ce mardi.
Le député Thierry Solère a été placé en garde à vue ce mardi. LP/Frédéric Dugit

Ce n'était pas une surprise. Depuis la levée de son immunité parlementaire par le bureau de l'assemblée nationale le 11 juillet dernier, le député (LREM) des Hauts-de-Seine Thierry Solère s'attendait à être placé en garde à vue. « Le plus tôt sera le mieux », indiquait-il même. C'est chose faite depuis ce lmardi matin.

L'ancien élu Les Républicains, rallié au macronisme dans le sillage de Bruno Le Maire, a passé la journée dans les locaux de l'office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Selon nos informations, sa garde à vue devait être prolongée dans la soirée. Il faut dire que les questions des policiers s'annonçaient nombreuses.

Visé par une enquête ouverte en septembre 2016 par le parquet de Nanterre pour fraude fiscale suite à une plainte de Bercy, l'élu de Boulogne-Billancourt, qui argue de sa probité, a vu les soupçons s'alourdir. Les investigations ont été élargies à des faits de trafic d'influence, corruption, abus de biens sociaux, financement illicite de dépenses électorales et manquement aux obligations déclaratives auprès de la Haute autorité pour la transparence et la vie publique (HATVP).

Au delà de l'aspect fiscal du dossier, Thierry Solère est soupçonné «de s'être servi de son influence en tant qu'élu local et national pour aider ses sociétés clientes à obtenir des contrats publics ou un agrément des pouvoir publics », selon la note concoctée par le parquet à l'intention du bureau de l'assemblée, révélée par «Le Monde ».

Urvoas, victime collatérale

En marge de ses mandats, le député a longtemps conservé de lucratifs emplois dans le privé comme conseiller stratégique au sein plusieurs entreprises. Une double casquette dont les enquêteurs se demandent si elle n'a pas généré de coupables arrangements. Dans la même veine, le parlementaire est soupçonné d'avoir embauché fictivement comme assistante la femme de l'ancien dirigeant d'une société pour laquelle il a longtemps travaillé.

Toujours selon la note du parquet, Thierry Solère devra s'expliquer sur un éventuel «enrichissement occulte ». La justice cherche à vérifier s'il n'a pas acheté trois appartements en région parisienne via de faux prêts consentis par les sociétés d'un promoteur immobilier. Des biens qu'il aurait ensuite revendus au même promoteur, avec une belle plus-value. « Ses comptes bancaires ont été analysés et les relevés montrent qu'il a tout remboursé, plaide-t-on dans son entourage. Des actes notariés l'attestent. »

Dans l'attente de la décision qui sera prise par le parquet de Nanterre -ouverture d'une information judiciaire en vue d'une possible mise en examen, remise en liberté sans charge voire un très hypothétique renvoi devant le tribunal- l'affaire a d'ores et déjà fait une victime collatérale.

En mai 2017, quelques mois après l'ouverture de l'enquête préliminaire, Thierry Solère aurait cherché à obtenir des informations sur son déroulement auprès du Garde des Sceaux de l'époque Jean-Jacques Urvoas, ce que ce dernier aurait accepté de faire. Des faits pour lesquels l'ancien ministre a été mis en examen pour violation du secret de l'enquête le 19 juin dernier par la Cour de justice de la République.