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Laïcité, régionales… Macron abat la carte Blanquer

Le ministre de l’Education nationale a gagné la bataille idéologique sur la laïcité au sein du gouvernement. Emmanuel Macron le pousse désormais à se lancer à la conquête de l’Ile-de-France.

 Le 4 octobre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, sur le plateau de BFM Politique.
Le 4 octobre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, sur le plateau de BFM Politique. LP/Delphine Goldsztejn

S'il est un ministre qui ne se plaint pas du départ d'Edouard Philippe, c'est bien lui. Depuis le remaniement, Jean-Michel Blanquer a considérablement élargi son influence. Il a bondi dans l'ordre protocolaire : le ministre de l'Education nationale occupe la 4e position. Il chapeaute une ministre déléguée et deux secrétaires d'Etat – contre un seul secrétaire d'Etat auparavant. Il s'entend mieux avec Jean Castex qu'avec Edouard Philippe qui le voyait et le traitait parfois comme un potentiel rival. Surtout, la fin de la scolarisation dans les familles marque la victoire de la ligne républicaine qu'il défend mordicus depuis toujours.

Le texte sur le séparatisme « est une loi offensive pour la République et pour les droits de l'enfant », s'est-il félicité à l'Assemblée nationale. « Le président adhère désormais à sa ligne, résume un intime. C'est incontestablement une conversion idéologique ». En privé, Jean-Michel Blanquer estime avoir également gagné le combat culturel au sein de LREM, où les tenants d'une « laïcité ouverte », à l'instar du député Aurélien Taché, ont plié les gaules.

Un phénomène qui touche de plus en plus les écoliers

Le M. Education du gouvernement ne compte pas en rester là. Mardi, il réunira en séminaire tous les référents chargés de la laïcité au sein de son ministère et des experts comme l'ex-inspecteur général Jean-Pierre Obin, auteur du livre « Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école ». A cette occasion, il rendra public les chiffres des atteintes à la laïcité et soulignera que le phénomène touche de plus en plus les écoliers.

Parallèlement, il a recruté l'expérimenté Xavier Chinaud, ancien conseiller politique de Jean-Pierre Raffarin et d'Edouard Philippe à Matignon. Explications d'un parlementaire en vue : « Blanquer n'a pas envie de se faire rouler dans la farine une seconde fois ». En juillet dernier, son nom avait circulé pour le puissant ministère de l'Intérieur. « Forcément, cela l'a chatouillé, glisse un proche. Mais il ne s'est pas non plus battu pour le poste car il a envie d'être le ministre de l'Education qui sera resté le plus longtemps en poste sous la Ve ».

«Reconsidère les choses»

Emmanuel Macron cherche maintenant à le lancer dans le grand bain des élections. Il le pousse à accepter la tête de liste aux régionales en Ile-de-France. L'intéressé lui a dit non avant l'été. Il faut dire que le combat semble périlleux face à la sortante Valérie Pécresse et à la gauche. Il n'a par ailleurs jamais fait campagne de sa vie. Mais le chef de l'Etat est revenu à la charge fin août. « Reconsidère les choses », lui a-t-il glissé. Il lui a remis la pression, le 24 septembre, à l'occasion d'un déjeuner en tête-à-tête. En privé, le chef de l'Etat loue les qualités de Jean-Michel Blanquer : « C'est un excellent ministre. Je suis sûr qu'il ferait aussi un excellent président de région. »

Mercredi dernier, le ministre de l'Education nationale a commencé à céder. Lors d'une visioconférence avec les parlementaires et les référents LREM franciliens, il a pris la parole : « Si vous le voulez, je peux m'occuper de la coordination du programme des régionales ». Les participants ont applaudi ce premier pas. Il s'agit, explique Jean-Michel Blanquer, de travailler à la « crédibilité » d'une liste de la majorité présidentielle. Pas de trancher tout de suite la question de l'incarnation. En clair, le ministre gagne du temps – au moins jusqu'en décembre. « C'est un cérébral, Blanquer. Il s'intéresse au fond d'abord et au projet, rappelle l'un de ses amis. Et puis personne ne sait à quoi va ressembler la situation sanitaire dans les écoles. Imaginez que les classes ferment à nouveau. Il ne veut pas connaître le sort de Mme Buzyn. ».