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La rue de Solférino a du mal à se remettre du départ du PS

Deux ans après le déménagement du siège du PS, les travaux de rénovation sont toujours en cours. Et les commerçants, qui ont perdu de bons clients, font la grimace.

 La crise du Covid-19 et sans doute aussi le tassement de l’immobilier de bureaux ont lourdement retardé les travaux et la commercialisation de l’ancien siège du PS.
La crise du Covid-19 et sans doute aussi le tassement de l’immobilier de bureaux ont lourdement retardé les travaux et la commercialisation de l’ancien siège du PS. LP/Paul Lemaire

Y a-t-il une vie rue de Solférino après le Parti socialiste? Pas tant que cela. Depuis que les socialistes ont quitté, il y a près de deux ans, leur siège historique, la rue dont le nom suffisait à les désigner a du mal à s'en remettre. Perte d'âme ou de substance? Au célèbre numéro 10, des panneaux de chantier masquent l'entrée de l' ancien repaire des camarades de François Mitterrand. Une camionnette de chantier obstrue l'entrée donnant sur la cour centrale où se trouvait la salle Marie-Thérèse Eyquem, haut lieu du bureau national du PS.

La foncière Apsys, qui a raflé la mise, annonce sur son site une « rénovation iconique » dans l'ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle et la mise à disposition de « bureaux d'exception » destinés à une maison de luxe, des cabinets d'avocats ou des banques privées. Mais la crise du Covid-19 et sans doute aussi le tassement de l' immobilier de bureaux ont lourdement retardé les travaux et la commercialisation. « On n'en est actuellement qu'au curage », indique sobrement le promoteur. Comprendre, dans le jargon du bâtiment, le déblaiement des gravats et autres encombrants.

François Mitterrand, devant le QG de campagne rue de Solférino, lors de sa victoire à la présidentielle de mai 1981./Le Parisien/Tartrat/Labelle
François Mitterrand, devant le QG de campagne rue de Solférino, lors de sa victoire à la présidentielle de mai 1981./Le Parisien/Tartrat/Labelle  

« Au moins, dans Apsys il y a ps », remarque avec une pointe d'ironie l'ancien ministre Guillaume Garot. Pas facile d'effacer les traces de près de quarante ans de vie commune. Pris à la gorge financièrement par leur effondrement électoral, les socialistes ont dû se replier de l'autre côté du périphérique, à Ivry-sur-Seine, avant d'envisager aujourd'hui de revenir dans Paris. « Quand on est un parti politique représenté à l'Assemblée nationale, on n'a pas d'autre choix que d'avoir son siège dans la capitale, c'est con, mais c'est comme ça », soupire un membre de la direction actuelle.

«Hollande, Royal, Moscovici, Lang, je les ai tous eus»

Les socialistes ne sont pas les seuls à en avoir lourd sur le cœur d'avoir dû quitter le VIe arrondissement. Les commerçants alentour font aussi la grimace. A l'angle avec le boulevard Saint-Germain, Sébastien, patron de la brasserie Le Solférino, dresse les tables pour des clients fantômes. « On a déjà eu le départ du ministère de la Défense il y a quatre ans, puis celui du PS, et maintenant la récession, énumère-t-il. Cela fait une grosse chute de chiffre d'affaires. Et en plus Hidalgo qui fait fuir tout le monde de Paris ! »

Le « Solfé » était pourtant depuis des lustres l'annexe du siège du PS. « On avait toutes les équipes de Hollande et de Cambadélis, se souvient Sébastien. Le jour de l'attentat de Charlie, ils ont réservé une table de douze personnes et sont venus tout de suite ici. » Sur le trottoir d'en face, Joel, gérant du magasin Nicolas, a vu lui aussi défiler toute la galaxie socialiste. « Hollande, Royal, Moscovici, Lang, je les ai tous eus. Certains étaient moins aimables que d'autres, je ne citerai pas de noms », sourit-il. Une clientèle pas négligeable. « J'aurais préféré qu'ils restent », confie Joel. Même s'il regrette surtout les militaires : « Lors des foires au vin ou des opérations Beaujolais nouveau, ils me prenaient tout. »

«Pas de nostalgie de Solfé, mais de ce qu'était le PS»

A deux pas, le kiosquier a aussi perdu quelques bons clients avec le départ des socialistes. « Ça dépendait des périodes, mais, par exemple, avant la victoire de François Hollande en 2012, j'ai fait des grosses ventes, après c'est redescendu. »

De l'autre côté du boulevard Saint-Germain, la grande librairie Albin Michel a vu elle aussi baisser son chiffre d'affaires lorsque le PS est parti. Il n'était pas rare de croiser autour des tables de livres Michel Sapin, Pierre Moscovici – « un gros lecteur » – ou Jack Lang. « François Hollande venait encore discrètement, même lorsqu'il était président et Pierre Moscovici passe toujours, mais moins souvent », confie Ban, la directrice de la librairie.

François Hollande faisait partie des clients habituels des commerces, tels que la librairie Albin Michel ou la brasserie Le Solférino./LP/Delphine Goldsztejn
François Hollande faisait partie des clients habituels des commerces, tels que la librairie Albin Michel ou la brasserie Le Solférino./LP/Delphine Goldsztejn  

Désormais les socialistes se font rares dans le très bourgeois VIIe arrondissement, malgré la proximité de l'Assemblée. « Il m'arrive de passer devant Solférino, pour moi ce lieu sera toujours associé aux grandes heures du PS, confie Guillaume Garot, député de la Mayenne. Mais je n'ai pas de nostalgie pour le siège, il faut faire autrement. »

Jean-Marc Ayrault, ex-Premier ministre de François Hollande, n'a plus de raison de rôder autour de l'ancien siège du PS : « Je n'ai aucune nostalgie de Solférino, mais de ce qu'était alors le PS, oui », assure-t-il. Drôle d'époque, il n'y a plus que les commerçants pour regretter le PS.