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Journées du patrimoine : visite privée dans le bureau de Jean Castex

A l’occasion des Journées du patrimoine, le Premier ministre a tenu à accueillir le public en personne. « Je fais le guide avec plaisir », confie-t-il au Parisien qui a eu droit à une visite spéciale.

 Paris (VIIe), samedi. Jean Castex accueille les premiers visiteurs de l’hôtel de Matignon, ouvert au public pour les Journées du patrimoine.
Paris (VIIe), samedi. Jean Castex accueille les premiers visiteurs de l’hôtel de Matignon, ouvert au public pour les Journées du patrimoine. LP/Guillaume Georges/Pool

Le premier étage de Matignon ne vibre plus au rythme de Dire Straits et de Bruce Springsteen. Epoque révolue où, dans son vaste bureau cerné de marqueterie et de dorures, Edouard Philippe poussait le son tout en signant des parapheurs. Philippe est reparti le 3 juillet avec ses effets personnels : le sabre hérité de son grand-père qui trônait sur son bureau, une grande photo noir et blanc de Mohamed Ali, ses livres du Havre… et son enceinte Bluetooth. Des attributs singuliers que les Français ont d'ailleurs l'occasion de découvrir chaque année lors des Journées du patrimoine, offrant à la curiosité de chacun une part d'intimité du locataire des lieux.

Changement de Premier ministre, changement de style. Jean Castex est plus discret. En grimpant l'escalier d'honneur en marbre qui rejoint l'antichambre et le bureau, les visiteurs de l'édition 2020 ont eu, samedi, une autre surprise. Pas de musique rock, certes, mais le nouveau locataire de la rue de Varenne en personne! « Je fais le guide avec plaisir », confie Jean Castex au « Parisien ». « Chaque année dans ma commune, je participe activement aux Journées du patrimoine, y compris comme conférencier. Je suis extrêmement heureux d'ouvrir les portes de Matignon aux citoyens et que les visiteurs puissent, à leur tour, se sentir inspirés par ce lieu où la politique de la France devient son histoire », clame-t-il avec emphase.

Passioné de rugby, le Premier ministre est aussi un vrai ferrovipathe, au point d’écrire un livre sur le Train jaune de la ligne Perpignan-Villefranche. LP/Guillaume Georges
Passioné de rugby, le Premier ministre est aussi un vrai ferrovipathe, au point d’écrire un livre sur le Train jaune de la ligne Perpignan-Villefranche. LP/Guillaume Georges  

Installé depuis plus de deux mois, l'hôte a pris son temps avant de mettre l'endroit à son goût. « Quand il est arrivé, l'actualité très chargée ne lui a pas permis de déménager certaines affaires. C'est finalement après les congés d'août qu'il a remonté de Prades (Pyrénées-Orientales) des objets qui lui tiennent à cœur », explique son entourage. Comme cette passion pour le rugby que les curieux devineront sans peine en découvrant le maillot de l'équipe locale, mis sous cadre et signé de tous les joueurs, posé juste derrière un ballon (lui aussi dédicacé) du Stade toulousain.

Il a aussi, c'est moins connu, un autre violon d'Ingres : les trains. « Je nourris une véritable passion pour l'histoire ferroviaire », confesse le chef du gouvernement, qui a posé sur la cheminée de son bureau la maquette d'un TGV dernière génération. « J'aime le train car non seulement l'unité de la France s'est affirmée avec les liaisons des chemins de fer, en leur temps miraculeuses, mais le train est aujourd'hui un moyen de transport écologique et efficace, soutenu par le plan de relance », enchaîne-t-il, sans oublier de faire le service après-vente des chantiers gouvernementaux en cours. Une passion qui l'a d'ailleurs amené à écrire en 2017 un livre sur le Train jaune de la ligne Perpignan-Villefranche, dont quelques exemplaires sont entassés sur l'étagère Empire située juste derrière son bureau.

«Ma famille, c'est ma bouée, mon point de repère»

De style Louis XV, ce bureau fut celui sur lequel Léon Blum signa les fameux accords de Matignon en 1936. Jean Castex l'a personnalisé avec un presse-papiers en forme d'anneaux olympiques et un mug Paris 2024, en souvenir de la période pas si lointaine où il était chargé de superviser l'organisation des J.O. Sur la gauche, on découvre aussi un cadre photo de son mariage avec Sandra Ribelaygue, à droite un autre avec ses quatre filles. « Les deux plus jeunes passent me voir tous les soirs en rentrant de l'école et du lycée. Elles me racontent leur journée de classe, ce qu'elles ont appris, leurs amis, leurs projets, s'épanche-t-il. Je les écoute toujours avec attention. Ma famille, c'est ma bouée, mon point de repère. J'en tire à la fois de l'énergie et de la sérénité. »

Parmi les lectures de Jean Castex : « Révolution » d’Emmanuel Macron, forcément, ou les Mémoires du général de Gaulle. LP/Guillaume Georges
Parmi les lectures de Jean Castex : « Révolution » d’Emmanuel Macron, forcément, ou les Mémoires du général de Gaulle. LP/Guillaume Georges  

Qu'a-t-il pensé du 3 juillet, jour de sa nomination ? « Ce bureau est habité du vivant souvenir de ceux qui ont fait la France. Je suis entré ici dans le plus grand respect, avec l'absolue détermination de répondre à mon tour à l'urgence de notre époque », glisse-il, tout en avouant avoir « potassé l'histoire de l'hôtel de Matignon », qui a appartenu entre autres à Talleyrand. Il confie aussi avoir relu récemment « le Nœud Gordien », de Georges Pompidou, dont l'ouvrage traîne sur son bureau.

Deux autres grandes figures ne sont pas loin : La Fontaine avec ses fables, et de Gaulle, dont un exemplaire des Mémoires est ostensiblement posé sur une console. « Le plus grand des courages y dialogue avec le meilleur de l'esprit français. Ce sont deux sources inépuisables de liberté où se désaltérer », résume Castex, dont on découvre les lectures : l'Armée des ombres de Joseph Kessel, une biographie de Pierre Mendès France et forcément… « Révolution » d'Emmanuel Macron.