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Jean-Louis Borloo : «Emmanuel Macron doit faire nation»

En marge d’un déplacement à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), l’ancien ministre a accepté de répondre à nos questions pour évoquer les dangers du repli communautaire.

 « Il ne s’agit pas de minimiser l’ampleur du défi républicain dans certains quartiers » explique Jean-Louis Borloo.
« Il ne s’agit pas de minimiser l’ampleur du défi républicain dans certains quartiers » explique Jean-Louis Borloo. LP/Philippe de Poulpiquet

Les hasards du calendrier sont parfois cocasses. Alors qu'Emmanuel Macron présente ce vendredi matin aux Mureaux (Yvelines) son plan sur le séparatisme, une autre figure l'a précédé ce jeudi soir… à même pas dix kilomètres de là. Profitant de l'inauguration d'une « maison des projets » qui porte désormais son nom à Chanteloup-les-Vignes, l'ancien ministre Jean-Louis Borloo tire à nouveau la sonnette d'alarme sur l'urgence à soutenir les quartiers.

En marge de cet événement, il a aussi accepté de répondre aux questions du Parisien pour évoquer les dangers du repli communautaire.

Emmanuel Macron présente son plan séparatisme, vous en attendez quoi ?

JEAN-LOUIS BORLOO. Qu'il fasse nation, qu'il fasse République. Il est le chef de la nation, on est un bloc. Il doit donc se donner, sujet par sujet, les moyens d'y parvenir.

Car vous considérez que la République est en danger aujourd'hui ?

Pas encore, car je suis porteur d'espoir… pas de désespoir.

C'est-à-dire ?

Notre pays est à un carrefour : soit il assume le repli sur soi et l'affaiblissement qui laissent les ennemis de la République occuper le terrain, soit il décide que notre grande nation est riche de sa jeunesse et de sa diversité. Il faut avoir une réponse pour la jeunesse. Ça n'est pas qu'une question de religion, mais aussi d'éducation, d'accès à la culture, etc.

Et cela passe nécessairement par un vrai soutien dans les quartiers ?

Il ne s'agit pas de minimiser l'ampleur du défi républicain dans certains quartiers. Les dealers y sont de plus en plus visibles, tandis que les femmes le sont de moins en moins. Des forces de relégations territoriales et de désagrégation sociales sont à l'œuvre. Ces forces propagent l'idée du rejet qui justifierait le repli communautaire, quand ce n'est pas la délinquance et la haine de l'autre. Face à cela, on doit exiger de l'Etat que force reste à la loi. Mais la République doit aussi traiter le mal à la racine, pour réparer les quartiers, éduquer et insérer.

Dans son discours, il sera probablement question de la laïcité…

Mais la laïcité française, c'est d'apprendre le français dans un village de Mayenne, dans le 7e, arrondissement de Paris ou à Cayenne! La laïcité, c'est l'école de la République, c'est l'égalité des chances. Ce n'est pas qu'un problème culturel ou cultuel.

La laïcité est menacée aujourd'hui ?

Il y a un danger du repli communautaire. Sous toutes ses formes : qu'il s'agisse de l'extrémisme religieux, mais aussi du repli associatif, familial, etc.

Vous êtes à l'aise avec le terme séparatisme ?

Je ne veux pas rentrer là-dedans. Mais attention, dans séparatisme, il y a le mot séparation.

Comment sont vos relations avec Emmanuel Macron aujourd'hui ? Ça va mieux ?

Je ne suis pas dans la polémique, ni de près, ni de loin, car je veux que notre pays s'en sorte. Nos relations sont correctes.

Chanteloup inaugure une « maison des projets » à votre nom, ça vous fait quoi ? Une forme de postérité ?

C'est forcément un peu d'émotion, mais je suis vivant ! Et je suis encore capable d'en emmerder quelques-uns (rires).