«J’ai mal à ma droite» : chez les Républicains, les libéraux se rebiffent

Plusieurs cadres et élus expriment leur malaise avec le tournant social que prend le parti sur les questions économiques.

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 Le vice-président délégué des Républicains, Guillaume Peltier (ici en 2019), fait partie de ceux qui donnent une impulsion sociale à la ligne du parti.
Le vice-président délégué des Républicains, Guillaume Peltier (ici en 2019), fait partie de ceux qui donnent une impulsion sociale à la ligne du parti.  LP/Olivier Corsan

Le 8 décembre, Les Républicains planchent lors d'une convention sur la question du travail et du pouvoir d'achat. Un bon connaisseur de ces sujets y prend la parole. Eric Woerth, le président (LR) de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, « Monsieur économie » au sein du parti? Non, le patron de la CFDT Laurent Berger, plus habitué aux travées sociales-démocrates. Comme un symbole de la distance que le parti gaulliste veut prendre avec l'orientation libérale qu'avait suivie François Fillon. Eric Woerth, lui, invité à introduire la réunion, a préféré la boycotter. « Il y a certaines idées avec lesquelles j'applique les gestes barrière », explique aujourd'hui l'ancien ministre du Budget, pas à l'aise avec certains marqueurs sociaux posés par la direction LR, sous l'impulsion du vice-président délégué Guillaume Peltier et du secrétaire général Aurélien Pradié.

Le premier a souligné mi-janvier avoir des « points communs » avec Arnaud Montebourg, notamment sur la réinvention du libéralisme, quand le second propose un revenu universel et assure, comme l'ancien ministre du Redressement productif de François Hollande, que la dette ne sera jamais remboursée.

Ajoutez à cela les œillades que le favori des sondages, Xavier Bertrand, adresse au même Arnaud Montebourg et les libéraux de LR commencent à voir rouge. Trop rouge pour un parti dont « l'ADN est la crédibilité économique », selon le député de l'Indre, Nicolas Forissier. Lui et d'autres parlementaires vont s'investir dans un nouveau groupe de travail à l'Assemblée consacré aux questions économiques. Objectif : « se compléter avec les propositions du parti », glisse diplomatiquement l'élu. « On est à un tournant. Soit on rétablit nos fondamentaux, soit on part dans un maelstrom », met-il en garde, regrettant un « gloubi-boulga dans le débat public actuel ».

«Arrêtons de faire du Mélenchon de droite»

« La réindustrialisation de notre pays est indispensable. Seulement, on n'y arrivera pas par décret mais avec une politique de compétitivité », complète son collègue de Seine-et-Marne, Jean-Louis Thiériot, qui compte lui aussi s'investir dans ce groupe de travail. « Quand j'entends que l'on va chercher Montebourg, j'ai mal à ma droite », confie la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais. « On est en décalage avec notre électorat. Si Macron est si haut dans les sondages, c'est peut-être parce que je ne suis pas la seule à le penser. Arrêtons de faire du Mélenchon de droite », s'inquiète celle qui est aussi vice-présidente de LR.

« Dire que l'avenir, c'est Montebourg, cela revient à dire que l'avenir passe par la porte du cimetière », s'étrangle Eric Woerth qui en a parlé directement à Xavier Bertrand vendredi dernier, lors d'un petit-déjeuner. « Il nous faut des idées crédibles, pas des idées farfelues pour attirer le chaland. Augmenter le pouvoir d'achat ne peut être que la résultante d'un système de production et de qualification performant », ajoute-t-il, soutenu par le maire de Cannes, David Lisnard, pour qui la souveraineté de la France passe par sa « compétitivité ».

« Cessons les fausses querelles, nous sommes d'accord sur l'essentiel », démine Guillaume Peltier. Celui qui se définit parfois comme « travailliste », dit rejeter « le libéralisme » tout autant que « le socialisme ». « Rien de très grave, abonde Aurélien Pradié. Tout cela est largement surjoué par certains qui s'inquiètent de ne plus être au centre des idées de la droite. En 1995 comme en 2007, Chirac et Sarkozy avaient autour d'eux des grincheux qui manquaient un peu d'imagination. » Les Républicains n'ont pas fini de plancher sur la question du travail et du pouvoir d'achat.