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Islamisme : «Nous vaincrons, mais la guerre sera longue», assure Manuel Valls

Pour l’ex-Premier ministre, en poste au moment des attentats de 2015, une révision de la Constitution n’est pas à écarter face à la vague terroriste.

 Manuel Valls plaide notamment pour « une réorganisation totale de l’islam de France ».
Manuel Valls plaide notamment pour « une réorganisation totale de l’islam de France ». LP/Frédéric Dugit

Manuel Valls revient sur la vague terroriste qui frappe à nouveau la France. Pour celui qui était Premier ministre au moment des attentats de 2015, « la réponse ne peut pas être la mise en cause de l'Etat de droit ». Mais attention : pour lui, il ne faudra pas hésiter à réviser la Constitution si nécessaire, par exemple pour pouvoir mettre en place, pour les détenus radicalisés ou les terroristes condamnés qui sortent de prison, « des dispositifs renforcés de rétention de sûreté, d'assignation à domicile ou de surveillance ».

Manuel Valls plaide également pour « une réorganisation totale de l'islam de France » et à ses yeux le CFCM (Conseil français du culte musulman) n'est pas en capacité de le faire. Enfin, l'ancien ministre de l'intérieur pointe l'inefficacité des politiques de contrôle aux frontières de l'Union européenne qui « reste trop souvent une passoire pour l'immigration illégale. »

Trois attentats islamistes en quelques semaines. C'est le constat d'échec de notre politique de lutte contre le terrorisme ?

MANUEL VALLS. C'est la démonstration avant tout de la guerre totale que nous livre l'islamisme. Cette guerre est redoutable, cruelle. Nous vaincrons, mais il faut se préparer – et je veux dire la vérité aux Français – à ce qu'elle soit longue. La France est visée dans ses dimensions démocratique, laïque, chrétienne et juive. C'est la haine de ce que nous sommes, de la civilisation française. Depuis 2012 tous les gouvernements ont renforcé les moyens humains et techniques des forces de sécurité, de nos armées, du renseignement. Seule une stratégie globale contre l'islamisme, les Frères musulmans et les salafistes, nous permettra de l'éradiquer partout à l'école, dans les quartiers, les associations… Il s'agit d'une bataille politique et culturelle, avec des implications géopolitiques majeures.

Faut-il, comme le demandent certains leaders de droite, remettre en cause nos libertés fondamentales ?

Les djihadistes s'attaquent à la France en espérant des réactions des identitaires d'extrême droite, des attaques contre des mosquées, des représailles, destinées à provoquer une guerre civile et à sortir le pays des règles démocratiques. Or, je le dis, fort de mes convictions, la réponse ne peut pas être la mise en cause de l'Etat de droit et l'autoritarisme. La seule réponse c'est l'autorité et la puissance de la démocratie.

Mais la démocratie n'est-elle pas faible et naïve ?

La démocratie n'est pas naïve si elle est forte. Ce qui est essentiel c'est d'appliquer fermement le droit actuel. Tout ce qui a été décidé par le ministre de l'Intérieur, expulsions, fermeture de la mosquée de Pantin, dissolution des associations Cheikh Yacine ou BarakaCity et du CCIF, démontre que cela est possible. Il faut bien entendu que la justice suive. Faut-il aller plus loin? Je n'ai aucun tabou.

PODCAST. Qui se cache derrière BarakaCity, l'association dans le collimateur des autorités

Sur quels sujets ?

Celui des sorties de prison des terroristes condamnés et des radicalisés de droit commun, c'est peut-être le plus inquiétant. Les premiers, s'ils sont étrangers, doivent être expulsés ce qui suppose de gagner le rapport de force avec les pays originaires. Pour les autres, il faut des dispositifs renforcés de rétention de sûreté, d'assignation à domicile ou de surveillance (bracelets électroniques). Cela vaut aussi pour les 2500 détenus radicalisés en prison. S'il faut revoir la loi, surtout après la décision négative du Conseil constitutionnel, pour rendre ses dispositifs plus efficaces, j'y suis favorable.

Même s'il faut réviser la constitution ?

Oui, si cela est indispensable, et à condition que cela se fasse avec méthode et dans l'unité. Et si une loi se modifie, si une constitution se révise, les traités européens peuvent aussi se renégocier. Mais attention aux slogans faciles. Créer un Guantanamo à la française, par exemple, ne veut rien dire.

Seriez-vous favorable à une révision du droit d'asile ?

Je suis favorable là aussi à la plus grande efficacité possible : réduction des délais d instruction – j'y ai contribué quand j'étais ministre –, expulsion des déboutés, coopération accrue avec les services de renseignement… Mais réformer le droit d'asile ne servira à rien si les frontières restent perméables. L'Union européenne reste trop souvent une passoire pour l'immigration illégale. Il faut un contrôle plus rigoureux aux frontières extérieures et donc des pays les plus concernés, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et même la France.

Certains appellent à la prudence avant de publier les caricatures de Mahomet…

J'entends cette petite musique qui est celle du renoncement et de la lâcheté. Comme si ne pas publier les caricatures de Charlie Hebdo nous mettrait à l'abri des fatwas que lance l'islamisme depuis trente ans. Au contraire soyons fiers de ce que nous sommes!

Que pensez-vous du texte contre les communautarismes présenté par Emmanuel Macron aux Mureaux ?

J'espère que cette loi permettra de mieux appliquer la laïcité et de combattre toutes les dérives de l'islamisme. Mais le grand sujet, particulièrement complexe, se trouve au sein de l'islam. Les musulmans de France, que nous défendons contre les islamistes, doivent se lever pour dire clairement qu'ils sont pour l'islam des Lumières et contre l'islam politique. Trop encore considèrent la charia au-dessus des lois de la République. Il faut une réorganisation totale de l'islam de France. On ne peut le confier à des pays tiers, aux financements étrangers et encore moins à des associations qui sont sous l'influence des Frères musulmans. Je ne pense pas que le CFCM (NDLR, le Conseil français du culte musulman) soit en capacité de le faire.

Comment négocier une réorganisation de l'islam ?

On n'a pas d'autre choix qu'un chemin original, je pourrai dire concordataire par goût de la provocation. L'État doit s'impliquer de façon directe dans l'organisation de l'islam.

Cela veut dire remettre en cause la loi de 1905 ?

Non cela veut dire d'abord un vrai contrôle sur la formation et la nomination des imams.