Interview surprise, vidéo sur les réseaux sociaux... Macron sur le vif

Depuis le début de la crise, le chef de l’Etat multiplie les prises de parole, quitte à sortir des sentiers battus. Et n’hésite pas à s’impliquer lui-même dans le pilotage des réunions opérationnelles.

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 Palais de l’Elysée, mardi 2 février. Le chef de l’Etat s’invite au 20 Heures sur TF1 pour une interview surprise. Même son entourage n’était pas prévenu.
Palais de l’Elysée, mardi 2 février. Le chef de l’Etat s’invite au 20 Heures sur TF1 pour une interview surprise. Même son entourage n’était pas prévenu. LP/Aurélie Audureau

Il est 20h26, mardi, quand le chef de l'Etat apparaît subitement à la fin du journal de TF1 pour une interview surprise. « J'ai confiance en notre capacité à nous mobiliser pour freiner le virus », clame Emmanuel Macron. Une seule caméra, une lumière criarde, un décor minimaliste : l'entretien a été monté à la hâte. Cette intervention n'a pas été annoncée dans les titres par le présentateur Gilles Bouleau.

Et pour cause, à 20 heures, le président réunit des industriels sur la vaccination à l'Elysée. Une équipe de télé a toutefois été appelée sur place… Au cas où. Comme l'échange se termine tôt, Emmanuel Macron décide in extremis de s'adresser à la nation. Il se lance en prime time, sans filet.

Retour à une communication plus directe

Tout le monde est pris de court. Les journalistes n'ont vent de la rumeur que vers 20h15, au moment où certains quotidiens envoient leur copie à l'imprimerie. Quant aux ministres, ils sont en train de participer à la visioconférence hebdomadaire avec Jean Castex. Ils sont informés au tout dernier moment.

« On retrouve le Macron de la campagne, agile, sur le ballon, cassant les codes, analyse l'ancien communicant de François Hollande à l'Elysée, Gaspard Gantzer. Il ne s'embarrasse pas des convenances, au risque de bousculer les entourages politiques et les habitudes médiatiques ».

Dans son face-à-face avec l'opinion, Emmanuel Macron cherche un ton plus direct. Ces dernières semaines, il est souvent sorti des sentiers battus pour sa communication : vidéo en selfie depuis la Lanterne quand il est à l'isolement après son test PCR positif; réponse sur le compte Facebook d'une étudiante de Strasbourg qui avait crié son désarroi; vœux du 31 décembre assis au coin du feu, etc.

«Les mains dans le cambouis»

Ce mardi soir, il estime être en terrain suffisamment balisé pour tenter une interview en direct. « S'il y a un champion du monde des études scientifiques, c'est le président. Il lit tout et en plus il est fils de médecin », souligne un ministre de premier plan. Il demande les synthèses des résultats cliniques. Il est en contact direct avec le « M Covid » américain, l'infectiologue Anthony Fauci, et le responsable de la vaccination sous Donald Trump, Moncef Slaoui. « C'est très Macron de mettre les mains dans le cambouis, commente un conseiller gouvernemental. Il veut être au courant pour être en capacité d'intervenir ». Et d'ajouter, dans le jargon des marcheurs : « Il manage en mode projet. »

N'est-ce pas plutôt le rôle d'un ministre de la Santé d'entrer dans ce niveau de détails? « L'ampleur de la crise fait que les gens attendent du chef de l'Etat qu'il soit à la manœuvre, rétorque le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. S'il était simplement en surplomb, beaucoup diraient que le président est hors sol ».

Donner l'impulsion

Cette semaine, Emmanuel Macron a animé à l'Elysée deux autres réunions avec des chercheurs et des industriels, dont l'une sur les nouveaux traitements. Un jour, il demande à ses interlocuteurs : « Comment fait-on pour basculer des sites sur la production de vaccins? » Un autre, il insiste : « On doit aller plus vite sur les anticorps monoclonaux et rattraper les Allemands! » Ou encore, il suggère que le vaccin AstraZeneca soit ouvert aux soignants de plus de 50 ans afin de libérer des doses de produit Pfizer au bénéfice des seniors.

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Ces rendez-vous opérationnels sur les vaccins et les thérapies auront désormais lieu chaque semaine. « Le président est là pour donner l'impulsion et que les choses avancent, aillent vite », soutient-on à l'Elysée. Une « mise sous tension » censée « décoincer des petites choses et répondre aux nouvelles problématiques ». Car le président joue gros. Comme le fait remarquer l'une de ses vieilles connaissances : « La première fois, on a eu d es problèmes sur les masques, la deuxième fois sur les tests… Si la vaccination ne fonctionne pas, il plante son mandat. »