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Glyphosate : le retour d’un dossier miné pour la majorité

La promesse d’interdire l’herbicide toxique, faite il y a trois ans par Emmanuel Macron, n’a pas été tenue, ce qui devrait, comme pour les néonicotinoïdes, provoquer de nouvelles divisions dans la majorité.

 Le glyphosate représente encore 30 % des herbicides utilisés dans le pays, selon le ministère de la Transition écologique.
Le glyphosate représente encore 30 % des herbicides utilisés dans le pays, selon le ministère de la Transition écologique. PhotoPQR/Le Midi Libre/Michael Esdourrubailh

Avalanche de dossiers brûlants oblige, celui-ci est passé sous les radars. Mais ministres, cadres de la majorité et députés LREM l'ont bien en tête. Le 27 novembre 2017, Emmanuel Macron promettait que « l 'utilisation du glyphosate (serait) interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans. » Nous y sommes.

Certes, le président est revenu depuis sur ses propos – « e n trois ans on ne fera pas 100 % », a-t-il convenu début 2019, « une interdiction du jour au lendemain […] tuerait notre agriculture ». Il reste que la date anniversaire de sa première déclaration, et donc l'heure du bilan, approche.

Qu'en est-il? Les prévisions du gouvernement pour 2021 – interdiction de 50 % des volumes – montrent que la route est encore longue. « Le glyphosate représente encore 30 % des herbicides utilisés dans le pays », selon le ministère de la Transition écologique, où l'on relève une diminution « de 10 % en 2019 par rapport à 2017 en moyenne triennale » et toujours pour 2019 « les ventes les plus basses de glyphosate depuis 2009 ».

Glyphosate : le retour d’un dossier miné pour la majorité

« On est le pays européen qui a les résultats les plus encourageants », défend en écho l'Elysée, où la position n'a pas varié : « On ne laissera pas des agriculteurs dans l'impasse ». D'où la « méthode » prônée : prononcer des interdictions à mesure que des alternatives émergent. Dans cette perspective, les ministres Julien Denormandie (Agriculture) et Barbara Pompili (Transition écologique) viennent d'annoncer une enveloppe de 7 millions d'euros pour accélérer la recherche en la matière. Insuffisant pour l'association environnementale Générations futures. « Encore un aveu qu'on ne prévoit pas d'interdire formellement ce produit toxique » soupire ainsi son président François Veillerette, qui dénonce « un long renoncement ».

Glyphosate : le retour d’un dossier miné pour la majorité

Pour la majorité, qui n'a rien oublié des polémiques passées, comme pour Barbara Pompili déjà accusée de se renier sur les néonicotinoïdes, ce dossier est miné. « Symbolique, politique », souffle un Macroniste, avec aussi en tête les doutes et critiques essuyés par le gouvernement en matière politique environnementale depuis le début du quinquennat. En coulisses, des échanges ont déjà cours, discussions qui pourraient se poursuivre ce mardi lors du petit-déjeuner de la majorité autour du Premier ministre, Jean Castex. Objectif : déminer et anticiper les débats. « On est tous conscients que c'est une matière très sensible, admet le délégué général de LREM, Stanislas Guerini. Notre majorité a envie de ne pas subir la séquence, mais d'être à l'offensive. » Peut-elle toutefois parler d'une seule voix?

« Il faut aussi qu'on entende la majorité silencieuse des citoyens qui veulent sortir du glyphosate. La question est : est-ce qu'on respecte la parole qu'on s'était donnée? Je veux qu'on en débatte. A titre personnel, je suis pour inscrire l'interdiction dans la loi, ma proposition de loi est déjà prête si le groupe veut s'en saisir », fait savoir le député LREM, Jean-Charles Colas-Roy. Quand de l'autre côté, son collègue Jean-Baptiste Moreau rétorque : « Ce serait pris comme une provocation par les agriculteurs. Et une fois que c'est inscrit dans la loi, seule une loi peut le défaire. On a déjà vécu ça avec les néonicotinoïdes. Si jamais le groupe reprend une proposition de loi comme celle-là, je me barre. »

Nul ne sait dire combien d'élus Marcheurs pourraient être réceptifs à pareille proposition de loi. Mais tous ont en tête les divisions sur les néonicotinoïdes – début octobre, 32 députés LREM avaient voté contre le projet de loi autorisant leur réintroduction temporaire afin de sauver la filière betteraves.

« Il faut qu'on fasse attention à ne pas être dans le champ du symbolique. Ce n'est pas la meilleure façon de faire avancer le sujet. Et en même temps, sans pression, les choses avancent trop lentement, observe Stanislas Guerini. C'est la discussion qu'il faut qu'on ait au sein du groupe, car ce ne serait pas entendu que l'on dise : Circulez, y a rien à voir. » Reste à savoir quel sera le ton - et la tournure - de ces discussions.