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Gestion de la crise du Covid-19 et perquisitions : Véran, comme si de rien n’était

Le ministre de la Santé a été perquisitionné ce jeudi matin dans le cadre de l’information judiciaire ouverte par la Cour de justice de la République sur la gestion de la crise sanitaire. Il n’a toutefois rien changé à son agenda surchargé du jour.

 Ce jeudi, Olivier Véran n’a rien laissé paraître en conférence de presse, assurant le service après-vente des annonces présidentielles de la veille.
Ce jeudi, Olivier Véran n’a rien laissé paraître en conférence de presse, assurant le service après-vente des annonces présidentielles de la veille. REUTERS/Ludovic Marin

Une perquisition à l'aube, une conférence de presse « couvre-feu » à 14 heures, et l'émission politique de France 2, « Vous avez la parole », dès 21h05 en direct de Marseille, avec rien de moins qu'un débat face à… Jean-Luc Mélenchon. « Oui, ça lui fait des bonnes journées à Véran », commente un député marcheur qui enchaîne : « Les perquiz pile poil le lendemain des annonces du président, franchement… »

Effectivement, rien de tel pour brouiller le message : comment être rassuré sur la gestion de la deuxième vague quand deux des principaux acteurs (Véran et Salomon) sont accusés d'avoir mis des vies en danger par leur action (ou inaction) lors de la première? Le ministre, lui, la joue imperturbable. Son équipe s'est bornée à faire savoir que les opérations ordonnées par la Cour de justice de la République (CJR) se sont déroulées « sans difficulté » et l'après-midi, Véran a assuré, en ne voulant rien laisser paraître, le service après-vente des annonces présidentielles de mercredi soir.

On a tout de même perçu une très légère émotion quand Jean Castex lui rendit un hommage appuyé en conférence de presse. « Merci beaucoup M. le Premier ministre », a répondu Véran alors que le chef du gouvernement lui disait sa « confiance totale », soulignait que son ministre était « toujours au front, matin, midi et soir depuis plusieurs mois » et qu'il ne ménageait « ni son temps ni sa grande compétence ».

«Les décisions sont prises en fonction de l'impératif sanitaire»

Un ministre qui regardait la prestation de ses collègues à la télévision commente : « Véran est solide, concentré sur la mission à accomplir, mais c'est dur. » Un autre membre du gouvernement : « C'est un élément constitutif de l'enquête donc sans doute normal… Mais j'imagine sans peine la violence ressentie pour des gens qui ont agi pour le mieux. »

Reste maintenant une question : l'épée de Damoclès judiciaire, rendue bien sensible par les perquisitions de jeudi matin, peut-elle fausser les décisions politiques ? N'y a-t-il pas un risque d'excès de prudence qui peut coûter cher alors que tout l'enjeu, et toute la difficulté de cette crise, est d'avancer sur une ligne de crête entre impératif sanitaire et relance économique ?

Sauver des vies tout en évitant « l'écroulement » contre lequel l'ancien Premier ministre Edouard Philippe (lui aussi perquisitionné jeudi matin) avait mis la France en garde le 28 avril dernier… L'entourage du ministre de la Santé répond : « Les décisions sont prises en fonction de l'impératif sanitaire mais sont équilibrées puisque chacun au gouvernement défend ses priorités. Ces perquisitions sont une procédure logique, la vie continue. »