Gérald Darmanin juge à son tour que Marine Le Pen est une «ennemie de la République»

Sur France 2 le 11 février, le ministre de l’Intérieur avait suscité la polémique en soulignant la «mollesse» de la présidente du RN. Ce mardi matin sur RTL, Gérald Darmanin a rectifié le tir, même si son entourage assure qu’il ne rétropédale pas.

 Le ministre de l’Intérieur estime que les incantations anti-Le Pen ne suffisent plus aujourd’hui pour convaincre les électeurs de ne pas voter pour la présidente du RN.
Le ministre de l’Intérieur estime que les incantations anti-Le Pen ne suffisent plus aujourd’hui pour convaincre les électeurs de ne pas voter pour la présidente du RN.  AFP/Stéphane de Sakutin

« Ah non! Aucun rétropédalage, il assume! » s'étouffe son entourage en sortant du studio de RTL. Quatre jours après son débat télévisé face à Marine Le Pen, et la polémique qui a suivi après qu' il a qualifié la patronne du Rassemblement national de « molle », Gérald Darmanin a précisé ce mardi matin le fond de sa pensée.

« C'est vrai qu'elle n'est pas gentille, c'est vrai que c'est une ennemie de la République », a-t-il lâché sur les ondes, reprenant mot pour mot la formule employée par Christophe Castaner ce week-end dans Le Parisien. Tout en ajoutant, quand même, que « ça ne suffit pas » de le dire. Manière de battre à moitié sa coulpe devant ceux qui, en interne, le soupçonnent de jouer dangereusement via les mots avec la candidate à la présidentielle… sans pour autant renier le fond de sa pensée. Voire d'enfoncer le clou.

« J'ai toujours débattu, je ne la banalise pas. Je montre qu'elle n'est pas bonne, qu'elle ne connaît pas ses chiffres, qu'elle ne connaît pas ses dossiers », a ainsi insisté le ministre de l'Intérieur, tout en estimant que les incantations anti-Le Pen ne suffisent aujourd'hui plus pour convaincre les électeurs de ne pas voter pour elle. « Ce qui est sûr, c'est que l'argument moral contre le Front national ne suffit pas. Des millions de gens votent pour Marine Le Pen, elle est au second tour de la présidentielle comme son père la première fois que j'ai voté, ça fait désormais 20 ans. Qu'est-ce qu'on va dire ? Simplement que Marine Le Pen n'est pas gentille ? » s'agace Darmanin.

Décryptage de son entourage : « Dire que le FN est un ennemi de la République, oui, bien sûr. Mais ce n'est pas suffisant ! Si la stratégie de diabolisation avait fonctionné, ça se saurait et le FN n'aurait pas multiplié ses scores par trois en trente ans. »

«Qu'il n'oublie pas que le socle électoral d'Emmanuel Macron en 2017 est à gauche»

Reste que depuis sa prestation dans l'émission « Vous avez la parole », sur France 2, le locataire de la place Beauvau peine à sortir de cette séquence polémique qui a quelque peu relégué au second plan l'examen du projet de loi séparatisme à l'Assemblée, dont le vote solennel a lieu ce mardi.

Dès le lendemain de l'émission, Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le prenait effectivement à rebours en précisant que Marine Le Pen était « dangereuse pour notre pays ». Tandis que de nombreux marcheurs issus des rangs de la gauche s'époumonaient sur cette stratégie très à droite de Darmanin. « Qu'il n'oublie pas que le socle électoral d'Emmanuel Macron en 2017 est à gauche, et que les sondages montrent aujourd'hui que cette base est toujours solide. Il ne s'agirait pas de les faire fuir avec ce genre de propos », s'inquiète un cadre de la majorité. Tandis qu'un baron d'En marche, proche du chef de l'Etat, dit préférer « le Gérald Darmanin qui défend avec vigueur et talent ses textes à l'Assemblée nationale, que le Gérald Darmanin qui passe à la télé pour dire que Marine Le Pen est molle ».