François Bayrou, un allié parfois pesant pour Emmanuel Macron

Le président n’a pas apprécié que le maire de Pau lui remette la pression sur la proportionnelle en vue des législatives. Entre les deux hommes, très liés depuis 2017, la relation est faite de hauts et de bas.

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 Emmanuel Macron goûte peu que François Bayrou lui rabâche sa promesse de campagne, réformer le mode d’élection des députés, alors que le pays fait face à une crise.
Emmanuel Macron goûte peu que François Bayrou lui rabâche sa promesse de campagne, réformer le mode d’élection des députés, alors que le pays fait face à une crise.  Reuters/Regis Duvignau/Pool

« Moi, quand j'y vais, j'y vais », prévient François Bayrou, regard sombre et presque menaçant, alors qu'un interlocuteur lui demande si son combat pour instaurer la proportionnelle aux législatives de 2022 ne risque pas de fragiliser Emmanuel Macron. « Il y a des batailles qui doivent nous honorer car elles méritent d'être menées. Celle-là en est une », assène ce jour-là le patron du MoDem. Pourtant allié historique de la majorité, Bayrou n'est pas près de renoncer à ce sujet qui figurait parmi les promesses de campagne du candidat Macron en 2017.

La question de la proportionnelle est soudainement revenue dans le débat il y a quatre semaines… par le maire de Pau lui-même. « Je ne baisse pas les bras. Quand on a pris un engagement, les responsables politiques doivent faire face à leurs obligations », balance-t-il le 26 janvier dans la matinale de France Inter. Un scud qu'on n'avait pas vu venir du côté de l'Elysée… et qu'on a d'ailleurs peu goûté : « Passer dix minutes d'interview sur la proportionnelle, c'est vraiment le moment ? On est en pleine crise du Covid, il n'y a pas d'autres priorités ? » s'irrite dans la foulée le chef de l'Etat devant plusieurs témoins.

Surtout, la scène signe un épisode de plus dans la relation mouvementée qu'entretiennent les deux hommes depuis le début du quinquennat. Faite de hauts et de bas, alimentée par des sorties parfois intempestives et des coups de pression réguliers de la part de celui qui a été nommé haut commissaire au Plan en septembre. « Ma liberté de ton, mon ancrage local et ce regard que j'apporte loin de Paris, c'est une force pour lui », martèle régulièrement le principal intéressé, au point de s'être imposé comme un conseiller indispensable d'Emmanuel Macron.

«Bayrou en 2017, c'est un coup de turbo pour dépasser Fillon»

Car le chef de l'Etat le sait bien, il lui doit beaucoup dans sa conquête du pouvoir. « Moi qui ai vécu la campagne de 2017, j'ai vu l'avant et l'après ralliement de François Bayrou. On était sur un faux plat, avec un enjeu de crédibilité. Et quand il nous a rejoints, cela a clairement remis une dynamique. Honnêtement, je ne sais pas si on en serait là aujourd'hui », confesse le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui appuie : « De fait, cela lui confère une place particulière dans la majorité. »

Au risque de trop user de cet avantage aujourd'hui ? « Il va parfois trop loin. On le voit encore là avec la polémique sur la proportionnelle alors qu'on est empêtré dans la crise sanitaire et que le pays doit relancer son économie », tempête un autre ministre, pour qui Macron aurait intérêt à prendre du champ dans la perspective de la présidentielle. « Bayrou en 2017, c'est celui qui permet de donner un coup de turbo pour dépasser Fillon dans les sondages. Mais je ne suis pas sûr qu'il aura la même utilité en 2022 », s'interroge un conseiller.

Pour le moment, le locataire de l'Elysée n'a pas donné suite au dernier coup de boutoir du maire de Pau. Au risque de voir son allié sonner la charge encore plus fort ? « Pour moi, la relation n'a pas évolué. Elle est faite de soutien admiratif et de franchise. En clair, je ne vois pas de risque de fracturation de la majorité », jure le patron des députés MoDem, Patrick Mignola.

«Le combat institutionnel de sa vie»

« Il faut faire attention à ne pas le balader, prévient Marc Fesneau, le ministre MoDem en charge des Relations avec le Parlement. François Bayrou est dans un combat historique du MoDem. Car la proportionnelle, c'est le combat institutionnel de sa vie et qu'il a mené avec Marielle de Sarnez. » Quand d'autres, en interne, parlent même « de combat testamentaire » vis-à-vis de celle qui fut pendant quarante ans son alter ego politique, et qui est décédée mi-janvier.

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Sa disparition n'est d'ailleurs pas anodine au contexte. « Au sein du MoDem, c'est Marielle qui tenait la boutique. Et maintenant qu'elle n'est plus là, qu'il voit autour de lui une jeune génération qui émerge comme Fesneau et Mignola, il s'est senti obligé de se relancer tout de suite dans un combat de chef de meute, analyse un poids lourd de l'exécutif. La proportionnelle lui a permis de souder autour de lui son équipe… au moment où il aurait pu être challengé. » Bref, Bayrou n'a pas dit son dernier mot, et Macron le sait bien.