Clément Beaune : le M. Europe du gouvernement pousse ses pions

Clément Beaune est passé de l’ombre à la lumière en juillet dernier : de conseiller du président à secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Propulsé en première ligne par la crise sanitaire, il porte le fer pour le président. Portrait.

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 Clément Beaune, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, s’est donné pour mission de défendre l’Europe.
Clément Beaune, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, s’est donné pour mission de défendre l’Europe.  LP/Delphine Goldsztejn

« Tu l'as voulu? Alors à toi de jouer! » Début juillet, Emmanuel Macron fait venir Clément Beaune dans son bureau. Il annonce à son conseiller Europe qu'il va intégrer le gouvernement. Au passage, il lui met un peu la pression. Mais ce fidèle qui travaille pour le chef de l'Etat depuis les années à Bercy, et dont on dit qu'il était impatient de passer de l'ombre à la lumière, savoure.

En mars 2019, lors d'un précédent remaniement, son nom avait déjà circulé. « Mais Clément avait exigé d'avoir un titre de ministre délégué. Cette demande avait déplu au président », assure un de ses intimes. Le « sherpa » de l'Elysée accuse alors le coup. Seize mois plus tard, la constitution d'une nouvelle équipe, avec Jean Castex à sa tête, lui ouvre enfin les portes du pouvoir. A la faveur du Covid, elle le propulse même aujourd'hui aux avant-postes.

L'achat des vaccins? Un dossier européen. La fermeture des frontières extérieures de l'Union? Le Premier ministre l'a annoncé vendredi. Sans compter la question des tests PCR aux aéroports pour les vols intra-Schengen. « Le plus dur est de montrer qu'on peut être pro-européen, tout en aspirant à une protection et à une souveraineté par rapport au reste du monde », confie-t-il dans un langage bien rodé.

A peine nommé secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Beaune se jette immédiatement dans le grand bain. Son baptême du feu médiatique a lieu la semaine de sa nomination, dans la matinale de France Inter. « Quand je l'ai entendu la première fois à la radio, il m'a bluffé. Je me suis dit que ce mec avait du talent. Mais il a mieux, il a de la niaque », raconte Christophe Castaner.

«Gros bosseur», «expression précise», «distance et humour»

Depuis, il enchaîne les interventions avec boulimie : déjà 63 interviews en six mois ! Ce qui lui permet d'imprimer sa marque dans une équipe gouvernementale pléthorique. « On l'entend plus sur l'Europe que son ministre de tutelle Jean-Yves Le Drian… » ironise un conseiller qui n'ignore pas, par ailleurs, que le jeune impétrant est en ligne directe avec le président, « ce qui lui donne une liberté de ton que peu de personnes ont. A fortiori, pour un simple secrétaire d'Etat. »

« C'est un gros bosseur. Son expression est précise, sans agressivité. Il a de la distance et de l'humour », loue de son côté Richard Ferrand. Tellement affranchi qu'en décembre, Beaune accorde une interview au magazine Têtu pour y faire son coming out. « Aujourd'hui cela paraît banal de le dire, mais ce n'est pas une évidence », glisse-t-il à l'occasion de cette confession.

L'énarque de formation estime être en mission : « On parle beaucoup d'Union européenne, mais on la défend rarement. » Alors, dans un mouvement comme en Marche, où l'Europe est un thème central, il en profite pour pousser ses pions. « Je me dois de monter sur le ring sur ce sujet, c'est le premier ciment de notre majorité », plaide Beaune. Son modèle ? François Mitterrand, dont il aime relire le discours d'adieu en mai 1995, à Berlin. « Relions le passé et le futur et nous pourrons passer l'esprit en paix le témoin à ceux qui vont nous suivre… » avait clamé le président vieillissant.

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Au quai d'Orsay, son bureau donne sur la Seine. Clément Beaune appelle ce matin-là la commissaire chypriote à la Santé Stella Kyriakides. Il veut comprendre la décision surprise du laboratoire AstraZeneca de réserver l'essentiel de ses doses au Royaume-Uni. Un scandale, dénoncent les capitales européennes.

«A force d'aller trop vite, il peut aussi se brûler les ailes»

« C'est bien que l'Europe hausse le ton », tranche-t-il. Mais cette façon de bomber le torse ne lui vaut pas que des amis, particulièrement du côté des eurosceptiques qui raillent « l'impuissance de l'UE ». Du coup, sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, le monsieur Europe du gouvernement interpelle régulièrement les élus du RN pour leur répondre. Pas de quoi impressionner la première d'entre eux : « Clément qui ? Le sous-secrétaire d'Etat à la lutte contre Marine Le Pen ? » se gausse en privé la candidate à la prochaine présidentielle. « Il faudrait lui dire qu'il dépense beaucoup d'énergie pour pas grand-chose. Car personne ne le lit, personne ne l'écoute ! » enfonce-t-elle.

Lui n'en a cure. Dans un coin de son bureau, trône un Tam-tam. Un cadeau de son équipe, en forme de boutade, pour dire : « Arrête de nous répéter dix fois les mêmes consignes, on va le faire. » « Je n'aime pas que les choses traînent », lâche celui qui a par ailleurs rejoint dernièrement la cellule Idées de LREM. « Clément est partout. Mais à force d'aller trop vite, il peut aussi se brûler les ailes », avertit néanmoins un ministre qui prédit une bataille à venir avec Stéphane Séjourné, un autre proche d'Emmanuel Macron, pour le futur poste de directeur de campagne présidentielle. C'est, aussi, à cela qu'on reconnaît les hommes pressés.