Entre les Ménard et Marine Le Pen, les relations se réchauffent

Le couple de l’Hérault et le RN tentent un rapprochement, notamment en vue des régionales. Mais le chemin est long...

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 Marine Le Pen et Robert Menard, ici en décembre 2015, ont eu des relations complexes ces dernières années.
Marine Le Pen et Robert Menard, ici en décembre 2015, ont eu des relations complexes ces dernières années. AFP/Pascal Guyot

Finalement, le chaton offert par Marine Le Pen coule des jours heureux sous le soleil de l'Hérault. Mais lorsque la présidente du RN l'avait donné en 2016 en cadeau à Robert Ménard, la cohabitation avait tourné au cauchemar avec la chatte du maire de Béziers. « C'était lui ou elle, on a tout essayé », glisse l'édile qui a fini, de guerre lasse, par le confier à un autre maire de l'agglomération biterroise. « En revanche, ce chat s'entendait très bien avec ma chienne… », se souvient encore le maire. Comme un résumé des relations complexes entre Marine Le Pen et Robert Ménard dont le poil, il est vrai, peut se hérisser facilement.

Ces derniers mois, le maire de Béziers, élu en 2014 avec le soutien du FN et réélu en 2020 sous son nom, ne cesse d'intervenir dans les médias pour dire que Marine Le Pen va perdre la présidentielle. « Je suis facilement dur. J'ai eu des mots qui blessent et que je regrette. Mea culpa », confie au Parisien celui qui dit qu'il devrait s'en « tenir aux divergences économiques » qu'il a avec elle (il est plus libéral et défend « l'union des droites »). Après des mois de coups de griffe, place aux ronronnements? « On se rabiboche », souffle-t-il.

«Je dois admettre qu'elle rejoue les premiers rôles»

Les sondages y aident. Celui de Harris Interactive, qui place Marine Le Pen au coude-à-coude avec Emmanuel Macron (48 % contre 52 % pour le chef de l'Etat) au second tour de la présidentielle, « ravit » Robert Ménard. « Je ne donnais pas cher de sa peau. Mais je dois admettre qu'elle rejoue les premiers rôles, elle fait preuve d'une certaine résilience », admet l'élu qui continue toutefois à penser que la présidente du RN « aura le plus grand mal à réunir une majorité de Français ». « Il faut qu'elle accepte d'avoir des alliés qui ne lui soient pas inféodés », ajoute le même. Ce qui est pourtant l'objectif affiché par Marine Le Pen qui a changé le nom du FN en Rassemblement national à cet effet.

Et si les rapprochements commençaient aux régionales ? Là encore, les regards se tournent vers les sondages. Mi-janvier une enquête de l'Ifop pour Sud Radio donnait à une hypothétique liste de Robert Ménard et de son amie Brigitte Barèges, maire LR de Montauban, 14 % en Occitanie. Soit deux points à peine derrière une liste RN conduite par l'eurodéputé Jean-Paul Garraud (la présidente PS de la région Carole Delga mène la course en tête à 25 %). « J'ai été sidéré par ce sondage alors que nous n'avons même pas lancé une liste », se sent pousser des ailes Robert Ménard qui a depuis déjeuné une fois avec Jean-Paul Garraud, un ex-UMP qui a les faveurs de Marine Le Pen pour mener la liste RN.

Rencontre entre Marine Le Pen et Emmanuelle Ménard à l'Assemblée

« Avec Jean-Paul, on pense la même chose donc on pourrait faire un bout de chemin ensemble », glisse le maire de Béziers qui assure que d'autres élus, venus de LR ou de l'UDI, pourraient s'y associer. « On prône tous le rassemblement. Donc commençons par donner l'exemple », réagit Jean-Paul Garraud qui reconnaît qu'il n'a « pas intérêt ni envie de faire liste à part ». Mais le chemin est encore escarpé avant d'aboutir à un accord. « Je ne souhaite pas forcément diriger la liste mais c'est un peu con, je suis plus connu que Jean-Paul (NDLR : Garraud) et Brigitte (NDLR : Barèges) », observe Robert Ménard.

« Le dialogue est amorcé, chacun a intérêt à l'apaisement. Mais Robert Ménard est une personnalité dans tous les sens du terme », réagit-on avec prudence à la direction du RN. Mercredi dernier, Marine Le Pen a échangé avec son épouse, la députée Emmanuelle Ménard, à l'Assemblée nationale. « Un certain nombre de malentendus méritaient d'être dissipés », glisse la parlementaire dont les relations avec la présidente du RN sont notoirement fraîches. Une « discussion courtoise et productive » de près d'une heure au cours de laquelle toutes les échéances électorales à venir ont été évoquées.

Le Rassemblement national, qui soupçonne Emmanuelle Ménard d'avoir favorisé un candidat UDI, et non RN, aux dernières sénatoriales, menaçait de présenter un candidat contre elle aux prochaines législatives. « Ça serait nier la réalité que de dire que Marine Le Pen n'a pas un rôle de premier plan à jouer », reconnaît aujourd'hui la députée de l'Hérault. Qui ajoute : « Je crains malheureusement que l'issue de la présidentielle soit quand même la même qu'en 2017. » Les chiens ne font décidément pas des chats.