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Emmanuel Macron reconfine la France : «Restez chez vous, respectez les règles»

Face à une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 qui sera « sans doute plus dure et meurtrière que la première », le chef de l’Etat a annoncé un nouveau confinement, en vigueur « à partir de vendredi » jusqu’au 1er décembre au moins.

 « La réussite dépend du civisme de chacune et chacun d’entre nous», a insisté Emmanuel Macron mercredi soir à la télévision.
« La réussite dépend du civisme de chacune et chacun d’entre nous», a insisté Emmanuel Macron mercredi soir à la télévision. REUTERS/Christian Hartmann

Dire la vérité aux Français. Sans tergiverser. A 20 heures, ce mercredi 28 octobre, dans une allocution solennelle à la télévision, Emmanuel Macron a mis des mots clairs sur la menace. « Nous sommes débordés par une seconde vague qui sera sans doute plus dure et meurtrière que la première », a-t-il reconnu, la voix grave. En cause : une « accélération soudaine de l'épidémie » de Covid-19 que « même les prévisions les plus pessimistes n'avaient pas prévues ». Pour mettre un « coup de frein brutal » à ce tsunami, le président de la République a sorti l'artillerie lourde. « J'ai décidé qu'il fallait retrouver, à partir de vendredi, le confinement qui a stoppé le virus ». Ce terme de « confinement », le chef de l'Etat ne l'avait pas prononcé le 16 mars, lorsqu'il avait annoncé que la France serait mise sous cloche. Dans la pratique, les nouvelles restrictions dureront jusqu'au « 1er décembre a minima ». Une tolérance sera observée pour les familles qui rentrent de vacances ce week-end.

VIDÉO. Emmanuel Macron demande aux Français de se reconfiner

Après le Pays de Galles et l'Irlande, la France est donc le troisième pays européen à brandir un nouveau confinement. Mais ce second épisode ne ressemblera pas au premier, assure le chef de l'Etat. Pour ne pas bloquer l'économie tout en évitant le décrochage scolaire, les crèches, les maternelles, les écoles, les collèges et les lycées resteront ouverts. L'activité se poursuivra dans certains secteurs, comme le BTP. Les « guichets des services publics » resteront accessibles.

«Rien n'est plus important que la vie humaine»

Pour le reste, Emmanuel Macron a misé sur la responsabilisation individuelle : « Restez au maximum chez vous. Respectez les règles. La réussite dépend du civisme de chacune et chacun d'entre nous. Chaque heure compte », a-t-il lancé, dans son adresse à la nation, enregistrée quelques minutes avant sa diffusion et ponctuée d'infographies.

Pour embarquer avec lui les Français, ces fameux « Gaulois réfractaires » qu'il raillait naguère, le chef de l'Etat a joué cartes sur table. Depuis la salle des fêtes de l'Elysée, les yeux fixés sur la caméra, il a détaillé les deux scénarios alternatifs qu'il a écartés. Le premier aurait consisté à adopter la « stratégie de l'immunité collective », en laissant le virus déferler sur la population. Citant les calculs du conseil scientifique, il a estimé à « 400000 morts supplémentaires » le prix humain de cette option. « Jamais la France (ne) l'adoptera », a-t-il juré. La seconde option dans sa besace aurait été de « confiner les seules personnes à risques ». En clair, les personnes âgées. Pas question. « Rien n'est plus important que la vie humaine », a-t-il tonné. Et d'ajouter : « Cette période est un révélateur de ce que nous sommes ».

Pour ne pas sombrer dans la sinistrose, le chef de l'Etat a exhorté les Français à « tenir jusqu'au vaccin à l'été ». Une façon d'ouvrir une fenêtre dans ce « jour sans fin »… « Nous verrons si nous pourrons espérer cultiver ce moment si précieux des fêtes de fin d'année », a-t-il lâché.

Des heures de discussions, et d'hésitations

Si les annonces étaient claires, elles auront en revanche donné lieu, en amont, à des heures de réflexion et… d'hésitations. Tout a commencé mercredi matin. Emmanuel Macron réunit à l'Elysée le second Conseil de défense de la semaine. Quatorze ministres participent à la discussion, dont Sébastien Lecornu. Le ministre des Outre-mer intervient par visioconférence depuis la Nouvelle-Calédonie. Durant deux heures, le ministre de la Santé Olivier Véran ne cesse de réclamer des « mesures de freinage » et d'alerter sur l'imminence de la fin de la « capacité hospitalière ». Avec le Premier ministre Jean Castex, il défend une ligne dure, plaidant pour des règles lisibles, aux effets rapides. Le chef de l'Etat semble à ce moment-là pencher pour davantage de souplesse. Dans le huis clos, il envisage alors d'accorder de nombreuses dérogations sectorielles et d'élargir la liste des commerces classés « essentiels ».

« Il faut dire que le président a fait l'objet de nombreuses sollicitations en direct de grands patrons et de professionnels insistant sur l'impact économique », avance une source au cœur du dossier. Il renoncera finalement à trop élargir la liste des secteurs essentiels, tout en annonçant une clause de revoyure dans deux semaines pour les commerces.

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La question des écoles a en revanche fait l'objet d'une large unanimité au sommet de l'Etat. Seule l'ouverture des lycées a alimenté des échanges nourris. Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer souhaite fermer une partie de ces établissements, à la demande de certains épidémiologistes. Mais le ministre de l'Education n'obtient pas gain de cause. Il est midi. Le plan d'attaque commence à se dessiner. Présenté dans ses grandes lignes à la télévision par le président, il sera complété jeudi à 18h30 par Jean Castex, à l'occasion d'une conférence de presse très attendue.