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Emmanuel Macron bombe le torse… à l’étranger

Y aurait-il un «diplomator» tranchant sur l’international et un président plus emprunté sur le front franco-français ? Non, jure l’Elysée. Pourtant…

 Emmanuel Macron affiche un volontarisme sur la scène internationale qui tranche avec ses atermoiements des dernières semaines sur le front franco-français.
Emmanuel Macron affiche un volontarisme sur la scène internationale qui tranche avec ses atermoiements des dernières semaines sur le front franco-français. AFP/Gints Ivuskans

Il gronde, il tonne, il s'agace Emmanuel Macron. Dimanche matin, c'est le président biélorusse Alexandre Loukachenko, dont la réélection contestée en août n'a pas été reconnue par la communauté européenne, qui en prenait pour son grade dans les colonnes du JDD : « Ce qui se passe en Biélorussie, c'est une crise de pouvoir. Un pouvoir autoritaire qui n'arrive pas à accepter la logique démocratique et qui s'accroche par la force. Il est clair que Loukachenko doit partir », envoyait cash le président français.

Le soir même, lors d'une conférence de presse organisée à la hâte pour réagir après le renoncement du Premier ministre libanais à former un gouvernement de mission en échange de l'aide internationale promise, Macron évoquait cette fois, sans mâcher ses mots, sa « honte ». Et parlait même de « trahison collective » des partis politiques libanais qui selon lui « portent l'entière responsabilité de cet échec ».

«Il n'a pas la main qui tremble»

Des propos crus, sans détours, à chaque fois parfaitement assumés par l'Elysée : « Le président a une méthode en termes de politique étrangère qui n'a pas varié depuis le début de son quinquennat : il parle directement et franchement avec ses interlocuteurs. Il n'a pas la main qui tremble », explique une conseillère du Palais, alors que ce mardi, il rencontrait en marge de son déplacement en Lituanie l'opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa, en exil forcé à Vilnius. Provoquant l'ire de Vladimir Poutine, soutient de Loukachenko, qui a dénoncé « des pressions extérieures sans précédent ».

Un volontarisme qui tranche singulièrement avec les atermoiements des dernières semaines sur le front franco-français : flottement dans la gestion de crise sanitaire, particulièrement sur la politique des tests; report du discours sur les séparatismes – qui aura finalement lieu ce vendredi –, silence radio après l'attaque terroriste devant les anciens locaux de Charlie Hebdo… « J'ai le sentiment qu'il utilise la politique étrangère pour masquer son inefficacité et son manque de résultats au niveau national », reproche le président de LR Christian Jacob, qui invite Emmanuel Macron « à plus de modestie et d'humilité quand il s'en prend à des responsables politiques d'autres pays ».

«Si seulement il était aussi tranchant sur les retraites, la laïcité, la sécurité»

Le manque de réaction après l'attentat de vendredi dernier en a notamment frappé plus d'un, y compris au sein de la majorité. « Rien, même pas un tweet pour témoigner de son effroi », relève un ministre. Autour d'Emmanuel Macron, on insiste pour dire qu'il a appelé « très vite les familles de victimes » et qu'il suivait « heure par heure ce qui se passait ».

« N'empêche qu'il a été plus rapide quand il a fallu s'indigner de la situation au Liban », grommelle un député LREM. Un autre parlementaire ironise, aussi, sur l'activisme du chef de l'Etat sur les dossiers étrangers. « C'est un terrain où il excelle, il sait jouer du rapport de force pour faire bouger les lignes en sa faveur. Si seulement il était aussi tranchant et sûr de lui sur les retraites, la laïcité, la sécurité… », persifle-t-il.

L'entourage du président, pourtant, refuse l'idée qu'il y aurait « un Macron de la scène internationale et un autre de la scène nationale ». « C'est une fausse perception. Il lui arrive aussi d'être ultra-cash dans ses expressions sur les sujets intérieurs ou envers des Français », note un collaborateur. Son attitude à l'étranger serait surtout liée au contexte international du moment, très tendu : « Nous sommes face à des états qui ont des politiques très agressives et dont certains menacent la souveraineté européenne, justifie son entourage. Alors le président de la République porte une voix qui n'a pas d'autre choix que d'être ferme, très ferme. »