Elections régionales : c’est déjà la guerre entre les Verts et le PS

Oubliées les velléités d’union de la gauche. Les deux formations partent en ordre dispersé pour le scrutin programmé en juin prochain.

 En Ile-de-France, la lutte est à couteau tiré entre Julien Bayou, le leader des Verts, et Audrey Pulvar, une proche d’Anne Hidalgo.
En Ile-de-France, la lutte est à couteau tiré entre Julien Bayou, le leader des Verts, et Audrey Pulvar, une proche d’Anne Hidalgo. LP/Olivier Corsan/Philippe de Poulpiquet

Entre les Verts et les socialistes, ce n'est plus un simple bras de fer, comme lors des municipales, c'est la guerre. Avec comme champ de manœuvres, les élections régionales qui, bien que repoussées, vraisemblablement en juin prochain, s'annoncent d'ores et déjà belliqueuses. La volonté d'EELV de partir seul à la conquête de ces nouveaux territoires, porte un coup fatal au « Printemps de la gauche et de l'écologie » promu, cet été, par Olivier Faure. Une stratégie qui, selon le leader du PS, aurait permis à chaque parti de désigner ses chefs de file et ensuite de « définir dans chaque région celui ou celle le mieux placé pour conduire des listes communes. » Mais un horizon que réfutent vigoureusement les Verts.

« Partir seul ne provoquera aucun drame et ne fragilisera pas la gauche, martèle-t-on au sein du parti Vert. Au contraire ! Présenter plusieurs candidats élargira l'offre politique à gauche dès le premier tour alors que fusionner les deux listes PS et EELV avant le premier tour risque d'aboutir au résultat inverse. » Cette offensive est d'autant plus étonnante qu'elle s'annonce particulièrement musclée dans des régions dont les présidents sortants sont… socialistes. En Nouvelle Aquitaine, Nicolas Thierry, pourtant vice président à la région, affûte ses armes contre Alain Rousset, le président socialiste. « Les politiques publiques proposées jusqu'à présent pour atteindre les objectifs en matière de transition écologique ne sont pas à la hauteur », assène le candidat vert à son partenaire et désormais adversaire socialiste.

Même face à face dans le Centre-Val de Loire où l'élu régional écologiste, Charles Fournier, va croiser le fer avec le président socialiste François Bonneau, prétendant à un troisième mandat. Les écolos ont déjà ouvert les hostilités avec la mise en place de comités d'initiatives, des Facebook live et du porte-à-porte… virtuel.

Verts et socialistes veulent faire feu de tout bois

Dans les régions où la droite est au pouvoir, la lutte est encore plus intense. Elle est à couteau tiré entre Julien Bayou, le leader des Verts, candidat annoncé depuis cet été et Audrey Pulvar, une proche d'Anne Hidalgo. Dans les Hauts de France, l'heure est officiellement à la recherche d'un projet en vue d'une liste commune dès le premier tour. Mais c'est l'arbre qui cache la forêt des ambitions des uns et des autres. Notamment de l'écolo Karima Delli et du socialiste Patrick Kanner, crédité l'un et l'autre, selon un récent sondage Ifop, d'à peine 9 et 8 % des voix, loin derrière Xavier Bertrand (ex-LR) et Sébastien Chenu (probable tête de liste RN). La première, aujourd'hui eurodéputée, met en avant les bons résultats nationaux de son mouvement tandis que le second, président des sénateurs socialistes et ancien ministre de François Hollande insiste sur le fait que la gauche « ne pourra pas gagner la région sans les socialistes. En revanche, chacun sait que si on part divisé tout le monde perd. »

Conséquences, Verts et socialistes veulent faire feu de tout bois. Et c'est à celui qui convaincra le plus grand nombre de partis de la galaxie de gauche à le rejoindre. Audrey Pulvar a su attirer Place Publique. Dans les Pays de la Loire, les Verts pourraient finalement abattre leur joker, Matthieu Orphelin, ancien bras droit de Nicolas Hulot. Figure plus emblématique que l'actuelle tête de liste écolo, Lucie Etonno, le député non-inscrit (ex-LREM) mobilise autour d'un « projet citoyen » une myriade d'associations et de partis écologistes et de gauche. « Je veux servir un projet collectif. Mais je ne fuirai pas mes responsabilités », nous confie Orphelin. Quant à Guillaume Garot, tête de liste socialiste, il affirme, lui, être en « discussion avancée avec Place Publique, Nouvelle Donne et le PRG. » Un jeu de « go » où chacun cherche à encercler l'autre.

Dans ce dernier scrutin (avec les départementales) avant la présidentielle, les Verts affichent un avantage : leur tête de liste sont d'ores et déjà désignées. Contrairement au PS dont le processus a été suspendu en raison du Covid-19. Notamment en Paca, dans le Grand-Est ou en Auvergne-Rhône-Alpes. Même si l'ancienne ministre de François Hollande, Najat Vallaud Belkacem semble la favorite pour mener la course face à l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez.