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Election présidentielle : Mélenchon en route, ses électeurs en proie au doute

Invité dimanche au JT de TF1, le leader de la France Insoumise devrait lever le voile sur ses intentions pour 2022. La décision devrait être prise samedi matin lors d’une réunion rassemblant les députés LFI.

 Si les élus soutiennent sans réserve leur leader (ici en mars 2020 à l’Assemblée nationale), les électeurs et sympathisants de LFI, ne partagent pas tous le même enthousiasme.
Si les élus soutiennent sans réserve leur leader (ici en mars 2020 à l’Assemblée nationale), les électeurs et sympathisants de LFI, ne partagent pas tous le même enthousiasme. LP/Olivier Corsan

Ira, n'ira pas? Jean-Luc Mélenchon dévoilera probablement sa décision quant à sa candidature à la présidentielle de 2022 au 20 heures de TFI dimanche. Samedi matin, les députés LFI doivent se réunir autour de leur leader, une rencontre à l'issue de laquelle « sans aucun doute une décision sera prise », a assuré ce vendredi sur LCI le député Alexis Corbière.

Quelques heures avant que le leader des Insoumis n'affiche la couleur, cette attente est de toute façon sans réel suspens tant, sauf coup de théâtre, le chef de la France Insoumise est déjà porté par son parti à se présenter pour la troisième fois à la magistrature suprême. « Je suis intimement convaincu que Jean-Luc Mélenchon est le bon profil pour cette élection », assure Adrien Quatennens, député LFI du Nord, et coordinateur du mouvement. « Je ne pense pas que quiconque puisse penser être mieux placé que Jean-Luc Mélenchon pour la prochaine élection présidentielle », assène, de son côté, Eric Coquerel, député de la Seine-Saint-Denis.

Voilà quelques semaines que Mélenchon aurait pu dévoiler ses intentions. « Il y a eu le reconfinement, les attaques terroristes… Vous imaginez Mélenchon ou qui que ce soit d'autre évoquer la présidentielle dans un tel contexte? » plaide un Insoumis. Pourtant, sauf événements de force majeure, plus rien ne devrait désormais empêcher le député de Marseille à sortir du bois. « J'ai l'impression que ce ne sera jamais le bon moment, car attendre la fin de la crise c'est nous demander de vider avec nos mains une mer de scepticisme et d'incompétence », avait récemment confié Mélenchon. Or, poursuit celui qui avait approché les 20 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2017, « pour construire une majorité positive, on a besoin d'une campagne longue. » A bon entendeur…

Autre raison, pudiquement tue, qui pousse le leader de LFI à se jeter à l'eau : désamorcer les ambitions concurrentes au sein même de son mouvement. En mai dernier, François Ruffin, le député de la Somme, affirmait ainsi qu'il « laissait la porte ouverte » à une candidature. « Si jamais c'est moi qui dois ramasser le drapeau, j'irai le ramasser », avait annoncé cet électron libre du mouvement sur BFMTV. « Pour l'instant, le drapeau est fermement tenu », avait rétorqué immédiatement Jean-Luc Mélenchon.

Clémentine Autain pas loin

Autre figure autonome des Insoumis, Clémentine Autain laisse également fleurir les spéculations sur ses prétentions présidentielles. Très critique sur la stratégie en solitaire du leader des Insoumis, l'élue de Seine-Saint-Denis a fondé l'an dernier avec la députée communiste Elsa Faucillon, le « big bang de la gauche », avec pour but le rassemblement des forces de gauche. En vain, pour le moment.

Mélenchon, fidèle à son programme de refondation de la Ve République, a déjà averti que, s'il se présentait, il s'appliquerait les nouvelles règles que lui et son groupe de députés ont incluses dans une récente proposition de loi, soit demander le parrainage de 150 000 citoyens inscrits sur les listes électorales. Une façon de distiller un petit air de campagne…

Des interrogations sur sa capacité à fédérer à gauche

Si, à quelques exceptions près, les élus soutiennent sans réserve leur leader, les électeurs ou les sympathisants de la France Insoumise, ne partagent pas tous le même enthousiasme. Près de l'hôpital Robert-Ballanger, établissement intercommunal de Villepinte et Aulnay (Seine-Saint-Denis), Sylvie, un agent hospitalier de 45 ans, reste convaincue. « Je vote depuis longtemps pour Jean-Luc Mélenchon. J'aime sa franchise. Il estime que c'est le foutoir partout et il a raison. C'est un vrai homme de gauche. Quand je vois les SDF dans l'entrée de l'hôpital et que le gouvernement, comme les précédents, les laissent crever… »

Même conviction pour Alex, un jeune homme de 19 ans. « En 2022, c'est la première fois que je voterai à une présidentielle. Il est probable que je choisirais Mélenchon. On se dirige vers un Etat de plus en plus autoritaire, avec une série de violences policières. Il est celui qui conteste le plus ce type de dérives », insiste ce demandeur d'emploi. Un peu plus loin, dans la Cité du Parc de la Noue à Villepinte, Karim, lui, est plutôt résigné. « Je voterai pour Mélenchon car, pour le moment, il n'y a que lui à gauche », nous confie sans passion cet ouvrier de 55 ans.

Dans les villes de Seine-Saint-Denis, une banlieue populaire où, en 2017, LFI avait fait élire 5 de ses 17 députés, la personnalité et la stratégie politique du député de Marseille laissent de plus en plus dubitatifs. Sur la place de la mairie de Montreuil, une ville qui vient de reconduire un maire communiste, Francis boit un café tiré d'un Thermos pour cause de fermeture des bars. « C'est Mélenchon qui m'attire le plus à gauche. Plus que les écolos ou les socialistes, il met le social au cœur de sa politique. Mais cela reste encore flou pour moi. On le dit omnipotent au sein du parti et cela me fait hésiter », analyse cet anthropologue urbain de 48 ans, actuellement en formation de mime.

La peur d'un nouveau duel Macron-Le Pen

Dans une des rues piétonnes de Montreuil, près de la vitrine d'une association féministe, Myriam, 34 ans, juriste d'entreprise, est encore plus critique. Cette cadre bancaire a voté Mélenchon en 2017, « par conviction ». Mais, pour 2022, elle veut privilégier la stratégie gagnante pour la gauche. « J'ai peur de me retrouver une nouvelle fois avec un face-à-face Macron-Le Pen au second tour, soupire la jeune femme. Pour l'éviter, il faut à tout prix un candidat unique à gauche. Or, personne ne se détache au PS, les écolos proposent surtout un programme vert insuffisant pour diriger un pays et Mélenchon ne veut pas l'union et il est trop clivant. »

« On le dit omnipotent au sein du parti et cela me fait hésiter », analyse Francis./LP/Philippe Lavieille
« On le dit omnipotent au sein du parti et cela me fait hésiter », analyse Francis./LP/Philippe Lavieille  

Pour Pierre (le prénom a été changé), qui, il y a trois ans, a voté pour le leader des Insoumis, c'est la ligne politique de Mélenchon qui lui fait prendre ses distances. A 56 ans, cet ancien brancardier devenu jardinier à l'hôpital Ballanger, balance entre La France Insoumise et… le Rassemblement national. « Il faut des mesures fortes contre le terrorisme islamiste, insiste ce père de cinq enfants, né dans une famille ouvrière. Je veux de l'ordre, le respect des valeurs et de la France. »

Pierre reconnaît. « J'ai de plus en plus les idées du RN, mais je ne suis pas raciste. Mon problème c'est que Mélenchon n'est pas pour l'union de la gauche. Or, c'est l'union qui fait la force. »