Egalité des chances : Emmanuel Macron veut se réconcilier avec sa gauche

Le chef de l’Etat, soucieux de ne pas délaisser le terrain social et pressé par une partie de sa base, doit annoncer des mesures sur l’accès aux concours de la haute fonction publique jeudi à Nantes, puis sur la lutte contre les discriminations, vendredi à Paris.

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 Emmanuel Macron va tenter cette semaine de donner des garanties à l’aile gauche de la majorité, qui réclame davantage d’efforts contre les inégalités.
Emmanuel Macron va tenter cette semaine de donner des garanties à l’aile gauche de la majorité, qui réclame davantage d’efforts contre les inégalités.  AFP/pool/Thibault Camus

Deux déplacements, coup sur coup, pour remettre l'égalité des chances en haut de la pile. Et, au passage, donner des garanties à ceux qui, dans sa propre majorité, lui reprochent de ne pas assez soigner sa gauche. Une gageure pour Emmanuel Macron? Au moment où l'Assemblée nationale achèvera l'examen du projet de loi « séparatisme », vu par certains comme le signe d'un coup de barre à droite, le chef de l'Etat va donc égrener en fin de semaine une série de mesures à destination des moins favorisés. D'abord à Nantes (Loire-Atlantique), jeudi 11 février, où il sera question d'accès aux concours de la haute fonction publique. Puis vendredi à Paris, pour présenter la plate-forme anti-discriminations promises en décembre dernier.

A quatorze mois de la présidentielle de 2022, le locataire de l'Elysée entend ne pas se cantonner à la seule gestion de la crise sanitaire du Covid-19. « Il doit parvenir à faire émerger d'autres sujets, imposer son propre calendrier politique, être en permanence à l'initiative. Le pire pour lui, serait de faire du surplace, se laisser enfermer, alors qu'il y a encore tant à faire en si peu de temps », admet un proche, conscient, aussi, que certaines réponses ont trop tardé à se faire entendre.

«On n'en a pas fait assez»

En privé, Emmanuel Macron le reconnaît lui-même. « Je sais bien que sur la question de l'égalité des chances, on n'en a pas fait assez », a-t-il ainsi confessé en juillet 2020 à Elisabeth Moreno, la ministre déléguée à l'Egalité femmes-hommes, la Diversité et l'Egalité des chances, au moment de son entrée au gouvernement. Même chose lors du séminaire gouvernemental de rentrée, le 13 janvier, quand le chef de l'Etat a carrément affirmé « que le pays n'était pas au niveau sur ces sujets-là ». Enjoignant à chacun de ses ministres, dans ses domaines respectifs, de lui faire remonter « au plus vite » des propositions concrètes. C'est que le temps presse, l'attente est forte, et la colère gronde.

A l'image de cette missive envoyée samedi 6 février par quinze députés de la majorité, issus de l'aile gauche, à Jean Castex. Emmenée par les grognards Sacha Houlié et Pierre Person, elle réclame instamment un « effort plus massif et global » contre les inégalités. « Les dispositifs sparadraps ne suffisent pas. Il nous reste un an pour faire encore plus en matière de justice sociale », y est même allé Pierre Person dimanche, dans une interview au Journal du Dimanche. Tous considèrent, aussi, que dans le duel annoncé face à Marine Le Pen en 2022, le président n'a pas les moyens de perdre une miette de son électorat de gauche s'il veut créer une dynamique dès le premier tour.

Reste que la lettre des parlementaires a été peu goûtée rue du Varenne, comme à l'Elysée, où l'on rappelle un certain nombre de mesures à mettre au crédit d'Emmanuel Macron depuis 2017, notamment le dédoublement des classes au primaire, qui concerne aujourd'hui 300 000 élèves, les petits-déjeuners gratuits dans les zones d'éducation prioritaires, ou encore le « reste à charge zéro » pour l'optique et les soins dentaires. Sans parler de toutes les aides sociales accordées depuis que la crise sanitaire a éclaté. « Mais Macron a quand même mis une belle baffe à la jeunesse de gauche avec la baisse des APL décidée dès l'été 2017 », tance un chef de cabinet, qui estime que les nouvelles annonces sur l'égalité des chances vont arriver « trop tard dans le mandat ».

Des mesures concrètes pour favoriser l'ascenseur social

Plutôt qu'un « plan », inscrit dans un projet de loi global, le chef de l'Etat a donc décidé d'opter pour un « agenda perlé », avec des mesures concrètes, rapidement mises en place. « Si on avait fait une loi, il aurait fallu attendre au moins un an, si ce n'est plus, avant d'en voir les premiers effets », reconnaît un conseiller. Cela a commencé il y a quinze jours, avec les 3,3 milliards d'euros annoncés en faveur des quartiers défavorisés.

Le processus va se poursuivre ce jeudi, à Nantes, où Macron entend favoriser l'ascenseur social en ouvrant de nouvelles conditions d'accès pour les jeunes issus de milieu plus modestes aux concours de la haute fonction publique. « On a un problème de diversité dans les grandes directions administratives », admet-on dans l'entourage d'Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. Sans surprise, la suppression de l'ENA, pourtant promise en avril 2019, est oubliée. En revanche, parmi les mesures, figure l'ouverture de places supplémentaires via un « concours talents » parallèle, dès la rentrée prochaine, ou encore l'élargissement des bourses pour les élèves les moins favorisés. Suffisant pour se réconcilier avec sa gauche ?