Délit d’initié chez le coiffeur

CHRONIQUE. Attention ! Si vous êtes ministre, n’allez surtout pas chez le coiffeur avant une émission de télévision. Certains y verront le signe d’un confinement imminent… Dans une société hystérisée, chaque détail peut peser très lourd.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien-Aujourd’hui en France.
David Doukhan, rédacteur en chef du service politique du Parisien-Aujourd’hui en France. LP/Olivier Arandel et Arnaud Journois

Tout, jusqu'au moindre détail, peut être interprété. Alors, ces jours-ci, le porte-parole du gouvernement essaie de ne rien laisser au hasard. Par exemple, Gabriel Attal prend soin, lorsqu'il a une émission de télévision, de ne surtout pas aller chez le coiffeur dans les jours qui précèdent. « Sinon, les gens se disent tout de suite qu'on va reconfiner le pays », confie, interloqué, celui qui a remarqué que certains (nombreux sur les réseaux sociaux) s'imaginent que les ministres ont et dissimulent des informations qu'ils auraient à l'avance.

Par conséquent, un ministre qui sort de chez le coiffeur serait l'indice confondant d'une remise sous cloche imminente… Le fantasme d'un délit d'initié de coiffure, en somme… L'anecdote fait sourire, mais elle est révélatrice du niveau d'hystérie dans lequel est plongée notre société. Depuis maintenant presque un an nous vivons au rythme des chiffres de l'épidémie et de leur corollaire, le « stop-and-go » des confinements et reconfinements. Insupportable et constante incertitude qui n'a pas empêché les Français, dans leur grande majorité, de démontrer leur civisme. Battant en brèche l'image d'Epinal du Gaulois qui resquille.

La preuve, il n'y a pas eu de flambée épidémique après les fêtes de fin d'année. On peut en déduire que les incitations à ne pas se rassembler trop nombreux à Noël ont été respectées. Pourtant, il n'y avait (encore heureux) aucune menace de contravention. Nous verrons s'il faut à nouveau « reconfiner ». C'est le Covid-19, imprévisible, qui décide. Mais le gouvernement a la main sur les modalités. Peut-être que, cette fois-ci, les coiffeurs… seront parmi les commerces « essentiels ».