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Déconfinement, isolement contraint, vaccin… Jean Castex sort les griffes

Sollicité par ses ministres qui lui font remonter les revendications sur l’allègement du déconfinement, le Premier ministre n’hésite pas à faire preuve d’autorité.

 Jean Castex a décidé de rester ferme alors que de multiples revendications lui sont remontées par ses ministres.
Jean Castex a décidé de rester ferme alors que de multiples revendications lui sont remontées par ses ministres. AFP/Ludovic Marin

On le disait trop mou, trop rond? Ce mercredi soir, c'est un Jean Castex au caractère trempé, voire colérique, qui est apparu à la quarantaine de membres du gouvernement réunis en visioconférence. « On ne va pas commencer à défendre des lignes différentes de celles du président et du Premier ministre! » tonne-t-il. Cause de son courroux, le ministère de l'Intérieur pousse l'idée d'une jauge proportionnelle à la surface des lieux de culte pour les cérémonies religieuses. Or, ce mardi soir, Emmanuel Macron a évoqué un maximum de trente personnes. Castex y tient — « ce que l'on interdit, ce sont les rassemblements dans les lieux confinés », rappelle-t-on à Matignon.

« Voilà la position du ministère, mais c'est vous, Monsieur le Premier ministre, qui arbitrez au final », rétorque Marlène Schiappa, qui représente Beauvau. Castex voit rouge, hausse le ton. La ministre s'agace auprès d'un de ses collègues : « Je ne suis pas un punching-ball, encore moins un 25 novembre (NDLR : journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes), le respect, c'est pour tout le monde, même pour le ministère de l'Intérieur». Et Marlène Schiappa de disparaître des écrans comme on claquerait la porte d'une réunion.

Autorité pour les uns, autoritarisme pour d'autres

« Il n'a pas eu un mot plus haut que l'autre, mais il a été ferme. Il est obligé de mettre une ligne rouge quelque part et c'est à lui de la dessiner », fait valoir son entourage. Le chef du gouvernement a peu goûté de voir ses ministres revenir ce soir-là avec de multiples revendications après leurs consultations avec les différents acteurs de leurs secteurs. Son credo, rappelle un proche, c'est que l'« on n'est jamais trop prudent sur le sanitaire ».

Au sein de l'exécutif, ses « réponses sèches », sa tendance à « monter très haut » en cas de désaccords, font toutefois parler ces jours-ci. « Il affirme son autorité », approuve un ministre. « Autoritarisme, persifle un autre. Il sent que les autres ministres sont meilleurs que lui. » L'entourage de l'intéressé rétorque, lui, que l'« on ne peut pas être Premier ministre sans savoir trancher ».

Servi en matière «d'emmerdements»

« Le débat, il faut bien qu'il s'arrête à un moment donné. Mais il n'y a pas de volonté de casser pour casser », insiste un proche. Commentaire d'un conseiller du gouvernement : « Certains ministres ont sous-estimé Castex. Cette fonction implique aussi de prendre des décisions. Quand ils vont un peu trop loin, ils s'en prennent une et c'est normal, ce sont les institutions. »

Enervé Castex? Sous pression, assurément. Car il continue d'être servi en matière « d'emmerdements » — pour reprendre son expression — avec la gestion « par palier » du déconfinement. Outre celle des catholiques, l'exécutif essuie la colère des acteurs de la montagne. « On veut lâcher du lest, mais on ne peut pas tout rouvrir. Ça réveille les corporatismes, ce qui est logique », relativise un conseiller ministériel.

Autrement plus sensible, la question de l'isolement contraint qu'Emmanuel Macron a mise sur la table ce mardi soir. Lors de sa conférence de presse, le Premier ministre a annoncé que le gouvernement présenterait un projet de loi — « le vrai débat du Parlement », avait insisté le puissant président LR du Sénat, Gérard Larcher. Ce jeudi, Castex a aussi tenu à expliquer que l'intention du gouvernement n'était pas de « contrôler pour contrôler » ou de « faire peser une contrainte » mais de « mieux faire respecter l'isolement », avec « un accompagnement médical et humain renforcé ».

Le sujet est ô combien délicat. Outre la perspective de vifs débats, y compris dans la majorité, il pose des questions complexes notamment sur le plan constitutionnel. « On sait que le Conseil constitutionnel va être frileux là-dessus. Et il aura raison », souffle un conseiller du gouvernement.

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Autre dossier brûlant, le vaccin. Mercredi soir, le chef du gouvernement a mis la pression à ses ministres sur le mode « il ne faut pas qu'on se rate ». Et demandé des efforts dans les Ehpad, les armées, en vue d'une campagne de vaccination rapide. Outre la logistique, observe un conseiller ministériel, « c'est une bataille de communication, de conviction, d'éthique politique ».

Autant dire que les semaines à venir sont semées d'embûches. Ce mercredi soir, Jean Castex s'est aussi posé en Premier ministre du « bon sens », quand son entourage insiste sur la nécessité de conserver « une cohérence ». Dans pareil contexte, il s'agit là encore d'un défi de taille.