Décès de Pierre Simonet, l’un des trois derniers compagnons de la Libération

Pierre Simonet s’est éteint à l’âge de 99 ans. Un parcours hors norme pour celui qui était passé sous la tour Eiffel avec son Piper, le jour de la victoire, le 8 mai 1945.

 En réalisant son rêve de devenir aviateur, il aura réalisé au total 137 missions de guerre en 250 heures de vol. Il s’était vu décerner quatre citations.
En réalisant son rêve de devenir aviateur, il aura réalisé au total 137 missions de guerre en 250 heures de vol. Il s’était vu décerner quatre citations.  AFP

Il était l'un des trois derniers compagnons de la Libération, Pierre Simonet s'est éteint jeudi à 99 ans.

Pour Emmanuel Macron, « il était bien un héros : il avait beau refuser ce titre, il en possédait tous les attributs : le courage, la force morale, le sens du devoir ». « Le pays tout entier se souviendra de son courage, de sa ténacité et de sa modestie », ont réagi la ministre des Armées Florence Parly et la ministre déléguée Geneviève Darrieussecq.

Étudiant en mathématiques à Bordeaux, il entend l'appel du général de Gaulle à la radio le 17 juin 1940. Dès le lendemain, je jeune homme prend la décision d'aller rejoindre l'Angleterre. Le 24 juin, il saute dans le dernier cargo qui, en rade de Saint-Jean-de-Luz, rapatrie les troupes polonaises et les résidents britanniques vers l'Angleterre.

Arrivé à Liverpool, Pierre Simonet s'engage dans les Forces françaises libres (FFL). Il voudrait choisir l'aviation, mais il n'a que 18 ans et cette arme ne recrute que des volontaires ayant déjà le brevet de pilote. Il est donc affecté, en raison de ses études de mathématiques, dans l'artillerie FFL en cours de création.

Rapidement, il est envoyé en Afrique et stationne avec son unité au Cameroun jusqu'en janvier 1941. Il part ensuite pour Damas où est formé le 1er régiment d'artillerie des FFL. Nommé brigadier, il est chargé de l'observation et des transmissions.

Il survole les lignes ennemies

Pierre Simonet va prendre part aux batailles de Bir-Hakeim, d'El Alamein et de Takrouna. Puis à partir d'avril 1944, il prend part à la campagne d'Italie.

Pierre Simonet en 1942/DR
Pierre Simonet en 1942/DR  

C'est à cette époque où il réalise son rêve de devenir aviateur. Il est alors nommé « observateur sur avion léger ». Son rôle ? À bord d'un petit Piper, il va survoler les lignes ennemies pour collecter des renseignements en signalant les emplacements des pièces d'artillerie et des chars allemands.

Dans sa biographie publiée par l'Ordre de la libération, on apprend que pendant la campagne d'Alsace, du 7 janvier au 2 février 1945, il aura un rôle précieux en faisant démolir plusieurs chars et repérant deux batteries.

« Je suggère : et si on passait sous la tour Eiffel ? »

« Dans les campagnes d'Italie et de France, le sous-lieutenant Simonet a effectué au total 137 missions de guerre en 250 heures de vol, et s'est vu décerner quatre citations », précise l'Ordre.

Mais c'est sans doute son exploit, le 8 mai 1945, le jour de la Victoire qui restera comme un formidable symbole. Ce jour-là, les avions doivent se poser sur le terrain d'Issy-les-Moulineaux. Mais « pour nous, les rebelles de la première heure, il fallait faire quelque chose qui sorte de l'ordinaire », se souvient-il dans une interview en 2015.

Une idée trotte dans son esprit. « Je suggère : et si on passait sous la tour Eiffel ? ». Banco ! « Le plan de vol est organisé : prendre en rase-mottes l'esplanade du Trocadéro, le pont d'Iéna, passer sous l'immense voûte de fer, survoler le champ de Mars et redresser sur l'école militaire. Il y a de la place à revendre », poursuit-il. Un peu éberlué un soldat américain immortalisera ce passage en photo. « Il fallait plus de culot que d'adresse, nous n'avions demandé la permission à aucune autorité. »

Un Piper survolant les Champs Elysées le 18 juin 1945/DR
Un Piper survolant les Champs Elysées le 18 juin 1945/DR  

Démobilisé, Pierre Simonet, qui était né à Hanoï où son père était ingénieur des travaux publics, entre en 1946 à l'École nationale d'outre-mer qui forme les administrateurs des possessions coloniales françaises.

Il est affecté en Indochine, puis suit les cours de l'institut de statistique de Paris avant de partir au Cameroun, où il termine sa carrière comme administrateur de la région du Ntem.

Cordier et Germain, les deux derniers compagnons

En 1958, il entre dans la fonction publique internationale : il est envoyé par l'organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) dans le bassin du Mékong. Il entre ensuite à l'ONU, qui l'envoie en 1959 et 1960 en Iran comme conseiller en statistiques économiques.

Il intègre ensuite l'OCDE puis, en 1964, au Fonds monétaire international qui l'envoie en Haïti, au Salvador, aux Comores et au Lesotho avant de prendre sa retraite en 1985.

Désormais, Daniel Cordier qui a été secrétaire de Jean Moulin et a fêté ses 100 ans en août dernier, ainsi que le légionnaire Hubert Germain restent les témoins encore vivants de cette page d'histoire. Il est prévu que le dernier des compagnons qui s'éteindra sera inhumé au Mont-Valérien.